Sebadoh – Act Surprised

Publié par le 23 mai 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Dangerbird/Fire, 24 mai 2019)

Pour un groupe qui a une aussi longue carrière que Sebadoh sans jamais se fourvoyer ni exploser auprès du grand public, il y a deux manières d’aborder un nouvel album. Soit vous faites partie de ceux qui s’en foutent (Seba-quoi ? Connais pas !), soit vous faites partie de ceux qui y prêteront de l’intérêt, voire qui attendent fébrilement de pouvoir l’écouter. Car, si le groupe n’a jamais eu trop d’exposition, ceux qui l’écoutent ne tarissent pas d’éloges à son sujet ; à tel point que je ne pense pas avoir lu un seul avis négatif au sujet d’un de leurs disques (hormis chez Pitchfork, mais depuis quand leur avis nous intéresse-t-il ?)…

Cette chronique ne dérogera pas à la règle, donc si vous vouliez lire quelqu’un leur casser du sucre sur le Seba-dos (ok, ce jeu de mot est minable), il faudra chercher ailleurs. On pourra, à la limite, parler du fait divers de leur changement de label de dernière minute, qui a fait couler un peu d’encre. Pour résumer, Joyful Noise leur a reproché d’être partis chez Dangerbird Records sans les prévenir et sans leur faire de contre-proposition. Lou Barlow s’est justifié en interview : le choix était démocratique au sein du groupe, la somme proposée par Dangerbird Records bien plus importante, et il n’avait pas envie de faire monter les enchères auprès de Joyful Noise qui est un petit label avec peu de moyens. Bref, en terme de saloperie croustillante, vous pouvez également passer votre chemin.

Maintenant, si ce qui vous intéresse, c’est d’écouter un album de Sebadoh, alors là, vous pouvez y aller les yeux fermés. Ça se met dans la platine, ou ça se lance dans le lecteur mp3, et c’est partie pour une collection de morceaux Barlow-Loewenstein de grande qualité, à la fois sincères, mélodiques et efficaces. N’oublions pas Bob d’Amico, qui signe un “Leap Year” hyper bien troussé. Même si chacun a toujours sa patte identifiable, et une façon de chanter à lui, le tout est remarquablement cohérent et ce n’est pas un hasard puisque pour une fois les musiciens ont travaillé ensemble l’album de bout en bout (d’habitude, chacun vient avec ses morceaux, ils enregistrent le tout et c’est plié). Si on y perd peut-être, en conséquence, la capacité des précédents disques à partir dans de multiples directions (sans jamais vraiment s’égarer, ce qui est très fort), on y gagne en contre-partie leur album le plus…”album”, dans le sens où le tout semble bien construit pour aller ensemble. Et franchement, ça fonctionne tout aussi bien. Je pourrais vous faire la liste de mes morceaux préférés (et je vous citerai au moins “Reykjavik”, qui clôt le disque en beauté), mais autant que vous trouviez les vôtres vous-mêmes, d’autant qu’il y a de quoi faire.

Dans l’ensemble, je ne suis pas sûr que ceux qui s’en foutent seront séduits en écoutant ce disque. Qu’ils essayent, ils auront peut-être une bonne surprise. Pour les autres, je pense qu’il n’y aura pas de quoi tarir leurs éloges, et que Sebadoh restera un de leurs groupes cultes. Ceux qui savent le savaient, mais faites comme si vous étiez surpris quand même…

Blackcondorguy

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