Sage Francis – A Healthy Distrust (Epitaph)

Publié par le 6 novembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

A_Healthy_Distrust_Album_CoverPaul « Sage » Francis n’est pas un rappeur comme les autres. D’ailleurs le définir comme rappeur est déjà bien réducteur. Issu du spoken word (poésie orale proche du slam), Sage a fait ses gammes à Rhode Island dont il est originaire, participant à de nombreuses « battles » qui lui ont permis de percer. Il a débuté sur le label indépendant Anticon Records, apôtre d’un hip hop novateur n’hésitant pas à piocher dans l’electro ou le rock et produisant des artistes à des années lumières du délire bling bling souvent pathétique (Why ?, Alias, Themselves ou anciennement Buck 65, Sixtoo, Sole…). Il a parallèlement fondé son propre label de hip hop indie Strange Famous records (dont fait désormais partie Buck 65).

Preuve supplémentaire de son statut particulier, il rejoint le label Epitaph à partir de son second album, A Healthy Distrust (on y vient). Un label fondé par Brett Guirewitz, guitariste de Bad Religion, fortement orienté punk (L7, social distortion, NOFX, Rancid…). Sage Francis fut d’ailleurs le premier artiste hip hop à y signer.

Pour ce second album, Sage Francis s’est entouré de producteurs de premier choix (Alias, Reanimator, Sixtoo, Dangermouse…). Des producteurs qu’il connait bien et qui ont su lui concocter de remarquables instrus, servant idéalement son propos. Car une des grandes forces de cet album c’est cette osmose entre la musique (pourtant très pointue) et la voix de Sage.

Et Sage sait tout faire, il alterne flow posé avec accélérations meurtrières, paroles déclamées, chantées ou rappées. On comprend très vite qu’on a affaire à un artiste aux multiples facettes, bourré de talent. Ça démarre très fort avec « The Buzz Kill » et son ambiance inquiétante, ses guitares énervées, Sage Francis s’adapte parfaitement et fait preuve d’une grande aisance.

On change complètement de registre avec « Sea Lion », co-écrite avec le chanteur folk Will Oldham, qui vient pousser la chansonnette. Le changement est assez brutal mais ça sonne toujours aussi bien.

Dangermouse tire aussi son épingle du jeu sur « Gunz Yo » avec un beat très travaillé et une instru remarquable. Sage excelle dans la satire en campant un fanatique d’armes à feu.

Il se montre impressionnant d’aisance sur « Escape Artist » où en admirable funambule il jongle entre proses tranquilles et débit mitraillette. Son phrasé demeure toujours impeccable et percutant. Et la qualité de l’instru d’Alias ne gâche rien à notre plaisir d’auditeur.

Là où de nombreux albums hip hop pêchent souvent sur la longueur avec quelques titres largement en-dessous du reste, A Healthy Distrust est d’une homogénéité assez bluffante. D’autant plus qu’il est extrêmement varié et toujours inspiré.

« Dance Monkey » et son refrain hystérique, s’écoute à plein tube. Le travail de Reanimator est saisissant sur « Sun vs Moon ». Les riffs tendus sont hyper addictifs, les transitions pleines de maitrise et les samples apportent un vrai plus à l’atmosphère du morceau. Et comme d’habitude, Sage s’accomode brillamment de chaque changement de rythme qui en dérouterait plus d’un.

Le MC sait aussi se montrer touchant comme sur la trop courte « Crumble » et ses splendides notes de piano, un peu gâchée par un final inutilement apocalyptique.

« Lie Detector Test », morceau hip hop très classique, ne fait pas tâche sur l’album, bien au contraire. Reanimator est toujours au top niveau derrière ses platines.

Comme pour illustrer la grande diversité de cet opus, les deux derniers morceaux sont radicalement différents l’un de l’autre. « Slow Down Gandhi », galvanisante en diable, est peut-être le meilleur morceau de l’album. Francis, gonflé à bloc, chie sur sa nation et déchire le mic comme jamais. Il y démontre son grand talent de songwriter et son engagement permanent en dénonçant la politique étrangère des US ainsi que le choix offert aux citoyens américains entre deux partis bonnets blancs et blancs bonnets « Republicrat-Democran, one party system« .

Et pour mieux se calmer, Mister Francis conclut en beauté en nous offrant une superbe ballade country avec guitare et harmonica en hommage au grand Johnny Cash « Jah Didn’t Kill Johnny ». Après nous avoir tour à tour hypnotisés, galvanisés, révoltés, voilà qu’il nous ferait chialer. Chapeau l’artiste !

 

JL

 

Écoutez « Slow Down Gandhi »

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