Rock En Seine @ St-Cloud (92), 28/08/15

Publié par le 12 septembre 2015 dans Live reports | 1 commentaire

Cela fait maintenant deux ou trois ans que ça dure. Derrière atours clinquants et noms ronflants, Rock en Seine fait désormais de l’oeil aux amateurs de rock indé le dimanche en leur concoctant une programmation au poil, plus « pointue », avec des artistes qu’on a plus l’habitude de voir au Point Ephémère ou à la Maroquinerie que dans de gros festivals. Une fois de plus on s’est donc laissé tenter.

Kadavar sont les premiers à entrer en piste à 14h30 sur la grande scène. Les trois gonzigues rendent à la fois hommage à ZZ Top, avec leur barbe king size, et à Black Sabbath, avec leur son maousse. Le soleil de plomb nous procure tout de même un besoin d’air après avoir subi quantité de riffs d’acier. Kadavar (pas loin d’être) exquis mais un poil répétitif.

 POND

C’est au tour des illuminés australiens de Pond de nous filer des picotements dans les guiboles avec leur pop foutraque et alambiquée, souvent sautillante. Il faut quand même un peu de temps pour capter complètement le délire mais une fois qu’on y parvient, on est plutôt bien. Et le long titre final vient clore cette chouette parenthèse dans une humeur enfumée toute floydienne.

fuzzFuzz avait pour mission d’enflammer le parterre de la scène de la cascade, là où Cloud Nothings avait globalement échoué l’an passé, la faute à un son particulièrement miteux. De ce point de vue-là, c’est mieux sans être tout fait foudroyant non plus. L’impression d’ensemble est toutefois bien plus convaincante et ce malgré la batterie de Ty qui se fait la malle, les cordes et pédales de Mootheart qui font tout pour lui pourrir la vie… C’est toujours marrant de voir Ty beugler assis derrière sa batterie et c’est toujours sacrément bon d’entendre « Loose Sutures » s’allonger encore et encore, tant le morceau (comme beaucoup d’autres) est propice au jam. Les nouveaux morceaux se défendent très bien aussi et on scrutera comme il se doit le nouveau bestiau quand il daignera s’approcher de nos platines (fin octobre).

 fuzz 2

 

Après un petit break bienvenu, Marietta vient prouver à tous, notamment à ceux qui ne le savent pas encore, que son album est bien un des meilleurs de l’année. Ses morceaux, délaissent ici leur côté bricolo intimiste pour gagner en énergie et en fougue. Sa joyeuse et talentueuse troupe propulse le tout dans des versions plus garageuses, voire – osons le mot – punk par moment. « Chewing Your Bones » cartonne aux mariettasuffrages et le final tonitruant de « NBA Conspiracy » laisse tout le monde sur le carreau. Parmi les convaincus, un certain Ty Segall qui semble s’être pris au jeu et vient tailler le bout de gras avec Marietta à la fin, un vinyle à la main.

Ensuite, étaient opposés en duel Tame Impala (à la hype considérable malgré un dernier album bien vilain) et Mark Lanegan (à la carrière monumentale malgré un dernier album pas folichon). Pour ma part, ce duel n’en est pas un. Les petits australiens rigolos ne font pas un pli face à la légende de Seattle. La foule est toutefois assez clairsemée pour voir le bonhomme et sans doute beaucoup plus dense devant la grande scène. Ces jeunes n’ont aucune éducation.

Mark, lui, s’en tamponne pas mal et enquille les perles qui parsèment son immense discographie. Malgré son air livide et sa dégaine de clodo qu’on serait allé chercher dans le 92, aux abords du parc de St-Cloud, sa voix, elle, est toujours là. Unique, incomparable, à vous filer de longs frissons derrière la nuque. Son allure générale peut laisser quelques doutes sur son état de forme (de santé ?) mais sa prestance et son charisme semblent vissées à ses bottes. Le type a la classe, indéniablement.

laneg 2

Il a en plus visiblement compris que son dernier album n’était pas à la hauteur de son chef-d’oeuvre Bubblegum, ni même de son incroyable prédécesseur Blues Funeral et « snobe » donc (toutes proportions gardées) son dernier bébé. Dès le début de son show, Mark nous réserve un enchaînement absolument parfait « The Gravedigger’s Song », « ‘Gray Goes Black », « Hit The City », « One Way Street » qui écrase non seulement les petits rigolos australiens, mais carrément toute la concurrence du festival.

Surprise (miracle ?), en fin de set, une reprise inattendue du grandiose « Atmosphere » de Joy Division qui déclenchera des clameurs de ma part et de quelques « collègues » alentours sous les regards ahuris d’autres festivaliers n’ayant pas tout à fait saisi le pourquoi de notre agitation. Reprise très fidèle mais superbement exécutée avec un Lanegan à la hauteur de la légende Curtis. Excusez du peu.

parquet courtsHeureux, nous partons rejoindre Parquet Courts qui ne nous a pas attendu. Trop tard pour entendre « Bodies », leur meilleur morceau. La vie est faite de joies soudaines et de cruelles désillusions…

Les jeunes parquets de taille réduite en veulent. Et en ont. On ne peut s’empêcher de penser régulièrement au grand Velvet, ce qui au fond n’est pas très gênant. Les morceaux parfois torchés à la vitesse de la punkitude font mouche et le set nous paraît par conséquent bien vite expédié. Voilà ce qui arrive quand on passe du bon temps.

La tâche revenait aux Chemical Brothers de clore le festival. Une tâche insurmontable pour certains… de la rigolade pour eux. Les anglais en ont vu d’autres et vont nous en faire voir de belles. Le son de la grande scène est souvent décevant voire faiblard quand on se situe loin. Cette fois c’est un éloge à la surpuissance qui nous est offert. chemic 3

« Hey Boy Hey Girl » annonce la couleur en début de mix et des centaines de bidouillages, de beats torturés, de basses semblables à des secousses sismiques, de montées insensées plus tard, nous voilà lessivés et bientôt achevés par les imparables « Galvanize » et « Block Rockin’ Beats ». Entre temps, l’heure était à la fête, à la bouche ouverte, aux cris déments, à l’émerveillement visuel (robots, lasers, moult bizarreries se succèdent dans les écrans), à la joie d’être présent à ce moment-là pour vivre ça. A la satisfaction éprouvé devant un mix époustouflant de maîtrise, à la confirmation que ce sont toujours eux qui règnent en maître sur le monde de l’électro.

Et qu’une grosse tête d’affiche – si son statut est légitime – n’est jamais une mauvaise idée pour boucler un festival en laissant à tous un grand sentiment de satisfaction.

JL

Photos Ryad Jemaa, Lisa Raymond et JL

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1 commentaire

  1. Oui oui. Parquet courts au top et Chemical animateurs d undancefloor gigantesque. Great fun !

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