Robert Plant – Lullaby And…The Ceaseless Roar (Nonesuch)

Publié par le 15 septembre 2014 dans Chroniques | 0 commentaire

Robert-Plant-lullaby-and-The-Ceaseless-RoarCe type est une légende, et les fées du rock se sont penchées sur son berceau, c’est sûr. Dieu du rock dans sa jeunesse, leader d’un des plus grands groupes de l’histoire, l’ancien grand fauve hurleur a mené sa carrière au fil de ses inspirations et de ses rencontres depuis qu’il a quitté le fameux dirigeable. Rencontres avec la musique d’Afrique du Nord, le folkflore celte, le rock bien sûr, mais également le blues, le bluegrass, voire le rockabilly. Rien ne l’arrête, il s’est aventuré sur tous les territoires musicaux, et toujours avec classe et bonheur.

Alors que son célèbre compère Jimmy Page se contente de recycler éternellement les (certes) sublimes albums de Led Zeppelin, en y intégrant des inédits, des bouts de concerts, des prises alternatives de leurs plus grands titres… Bref, en ressassant à l’infini une musique qui date déjà de 40 ans, preuve qu’il n’ a plus rien de neuf à livrer, ou alors rien qui ne sera jamais à la hauteur de ces fulgurances, Robert Plant, compose encore de très belles chansons, en s’ouvrant à de nombreux musiciens, et continue d’explorer, car pas encore rassasié. Du coup, il produit encore de bons disques, qui, certes peuvent dérouter les fans purs et durs du Zep, je veux parler de ceux qui attendent uniquement sa reformation, mais ça franchement, Robert il s’en fout, et nous aussi.

Dans cet esprit, ce tout dernier disque, ne fait pas tâche dans son œuvre, bien au contraire. Après un long intermède, il retrouve ici de fidèles acolytes et brillants musiciens. Autrefois « Strange Sensations » devenus ici les « Sensational Space Shifters », avec qui il avait enregistré le déjà remarquable Mighty Rearranger, il y a presque dix ans. Ils officient aux claviers (John Baggott), percussions et guitares (Justin Adams), basse (Skin Tyson), avec un renfort de grand talent, le musicien gambien Juldeh Camara aux instruments à cordes traditionnels africains, notamment le ritti – violon arabe à une corde -. Certains titres ici semblent des réminiscences du superbe disque No Quarter, enregistré avec des musiciens marrakchis.

L’apport génial de Juldeh Camara, donne à l’ensemble le son que cherchait Plant sur ce disque. Premier aperçu et vraie réussite, avec « Little Maggie », véritable mixte de musique celte et africaine, et superbe entrée en matière. Ce n’est pas un violon irlandais mais bien le fameux ritti qu’on entend, et l’illusion est étonnante. De plus, Plant ne cherche plus à épater la galerie par des rugissements bestiaux, comme à l’apogée de Led Zeppelin, mais explore, ici, la palette vocale très riche qui est la sienne. Tout à tour sa voix peut être douce, caressante (« Little Maggie », « Pocketful Of Golden »), scintillante et joyeuse (« Poor Howard »), ou carrément lumineuse sur la très belle « Rainbow ». Il reste un immense chanteur, qui ne court plus après sa jeunesse et assume son âge, avec une grande classe et un immense talent.

L’univers sonore du disque, navigue entre l’Afrique et l’Occident, l’Orient et la magie Celte, créant une ambiance musicale qui oscille entre oasis saharienne, delta du Mississipi, et bar de Dublin. Robert Plant, musicien intemporel et universel, réussit le mélange des genres et la fusion des styles. Son groupe y est évidemment pour beaucoup. Outre Juldeh Camara (déjà cité), coup de chapeau à Justin Adams musicien inspiré, aussi à l’aise à la guitare qu’au Bendir (percussion du maghreb), qui démontre tout son savoir-faire, sur le titre le plus électrique du disque « Turn It Up ».

Pour la séquence émotion, écoutez « The Stolen Kiss », sur laquelle Robert Plant, seul accompagné au piano, sans artifice, et loin de la fureur, a rarement chanté aussi bien. Magnifique.

Il y a des musiciens, qui au fil des ans deviennent pénibles, lourdingues, usent des mêmes ficelles, et n’ont plus grand-chose à offrir. La liste est longue, et je ne vais pas m’y risquer ici. Avec Plant, c’est tout le contraire, ce mec qui a tout connu, continue à se bousculer et n’a qu’un credo : musique et découverte, et tant que le feu divin l’anime, et qu’il livre de si beaux disques, franchement pourquoi arrêter ?

 

El Padre

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