The Beatles – Revolver

Publié par le 10 septembre 2016 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Revolver

(Parlophone, 1966)

Le 5 août 1966, une déflagration sans précédent secoue le juvénile monde du Rock. Il ne s’agit pas d’un coup de Revolver mais quasiment d’un coup de canon. Le 7ème album des Beatles parait et ce disque, non seulement enfonce toute la concurrence (ok il y a également Blonde On Blonde de Bob Dylan qui paraît cette année-là), mais il marque l’entrée du Rock dans l’âge adulte, et invite les Beatles à la postérité.

Je vous remets dans le contexte. Printemps 1966, les Beatles sortent exténués et ahuris de leur dernière tournée. Elle sera (ils ne le savent pas encore) la dernière de l’histoire en tant que Groupe. Ils ne supportent plus le cirque délirant qui accompagne leurs prestations sur scène : hurlements des fans, sonos pas à la hauteur de leur désormais très haute ambition sonore. Sans oublier la police omniprésente, et désormais les menaces qui font suite à quelques déclarations sorties de leur contexte comme « on est désormais plus célèbres que Jesus Christ », ce trait d’humour de John Lennon qui n’amuse pas les connards du Ku Klux Klan. Les Beatles vont donc tourner la page de la première partie de leur carrière et s’attacher à faire exploser les genres en studio (leur nouvel univers) et enregistrer quelques albums qui marqueront l’histoire de la musique.

Nous sommes juste un an avant le « Summer Of Love », et la salve de disques essentiels qui le précèdent ou l’accompagnent. Je vous livre en vrac, quelques exemples pour donner une idée du bouillonnement musical de l’époque : Surrealistic Pillow (Jefferson Airplane), Are You Experienced (Jimi Hendrix), The Piper At The Gates Of Down (Pink Floyd), The Doors (The Doors), The Velvet Underground And Nico (Velvet Underground), et bien entendu le génial Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band...

En 1966, donc les Beatles découvrent le LSD, et Revolver est le reflet et le résultat de quelques-uns de leurs trips. Le titre qui transpire le plus l’acide est bien entendu le fantastique « Tomorrow Never Knows ». Intro martelée par une batterie lourde noyée dans l’écho, voix de Lennon qu’on jurerait sortie d’une cabine téléphonique immergée, solos de guitare passés à l’envers, synthés imitant des oiseaux, et ces textes totalement barrés (« Listen to the color of your dreams »), à mille lieues des « she loves you yeah yeah ». Cette première incursion dans le psychédélique est sans doute le morceau où les Beatles flirtent le plus avec le mystique et leur quête d’au-delà. Une pièce majeure à ranger à côté des « Within Without You » ou « A Life In A Day ». Très loin des petites rengaines rock n’roll de leurs débuts et évidemment injouable en concert (à l’époque). D’ailleurs le plus remarquable avec Revolver est que tous les titres ont été écrits et enregistrés avec une évidence : ils ne seraient pas joués en concert. Trop éloignés du format classique « rock band » et de l’attente du public de l’époque.

Revolver est une passe d’armes entre John et Paul qui rivalisent de génie dans l’écriture, livrant ici onze chansons aux sonorités très diverses, auxquelles il faut ajouter trois titres écrits par George Harrison. Deux autres titres vont être gravés durant cette période, « Paperback Writer » et « Rain » qui paraîtront en single deux mois avant Revolver. Le disque est enregistré au cours d’un marathon de plus de trois mois durant lesquels ils restent enfermés dans les studios d’Abbey Road, avec le sorcier George Martin à la production mais surtout Geoff Emerick, un très jeune ingénieur du son (19 ans !) aux manettes qui répondra à toutes leurs attentes, voire au-delà.

En ouverture, Harrison balance un « Taxman » ironique. Comme les Stones quelques années plus tard, les Beatles, évidemment sont très taxés par le fisc britannique, ce qui semble inspirer George. Boosté par une basse très funky et un riff de guitare agressif, le morceau très puissant, quoique classique dans sa conception, ouvre le disque de manière diaboliquement efficace.

Mc Cartney compose quelques merveilles de délicatesse, dans une veine classico/pop ; quatuor à cordes sur la sublime « Eleanor Rigby » (chanson de l’année 1966), cors et hautbois sur « For No One », « Here, There And Everywhere » à la mélodie éthérée accompagnée de chœurs angéliques, et la très soul « Got To Get You Into My Life » au beat souligné par des giclées de cuivres et un chant très punchy. Lennon réplique avec quelques classiques immédiats, à la rythmique évidente « She Said, She Said », « And Your Bird Can Sing » ou « Doctor Robert ».

Et comme George Harrison s’es mis au diapason, il empile en plus de « Taxman », « I Want To Tell You », mélodie piano/guitares/voix au niveau du reste du disque, même si on reste en territoire déjà balisé. « Love You To » est une incursion dans les musiques aux sonorités indiennes (sitar, tablas) ramenées de ses premières expériences avec Ravi Shankar qui va l’initier au sitar, surprend tout le monde, puisque pour la première fois les Beatles s’éloignent des musiques occidentales et enregistrent ce titre « world », ce qui est encore une fois une première.

Même l’anecdotique blague potache qu’est « Yellow Submarine », au départ bande son d’un dessin animé du même titre, arrivera quand même à être numéro 1 des deux côtés de l’Atlantique. Un comble ! Comme quoi, tout ce qu’ils touchaient se transformait en or !

La pochette du disque, œuvre d’un de leurs vieux potes de l’époque Hambourgeoise, est un génial collage pop art, noir et blanc qui mêle photos des 4 larrons dispersées dans la chevelure de leurs propres portraits dessinés. En rupture totale avec les classiques portraits de groupe qui ornaient tous leurs disques jusqu’à présent. Envolée psychédélique assumée.

Revolver est l’album de la rupture, véritable tournant de leur carrière, dont les dernières années vont être si riches sur un plan artistique. C’est aussi le début d’une lente agonie en tant que Groupe avec l’éloignement progressif de ses membres, autrefois si proches.

Dès sa parution, Revolver fait l’objet de critiques dithyrambiques de la part des professionnels, comme du public. L’album dépasse tous leurs autres disques en termes de ventes. Carton phénoménal, ce disque qui a failli s’appeler Abracadabra ou Pendulum, entre dans l’histoire et s’inscrit dans l’éternité. Ce n’est pas la rédaction des Inrocks, dont le tout récent hors série « Les 100 meilleurs albums du Rock Anglais » l’a classé d’ailleurs Numéro 1, qui dira le contraire. Une référence et un hommage intemporels.

El padre

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