Radiohead @ Bercy (Paris), 12/10/12

Publié par le 13 octobre 2012 dans Live reports | 0 commentaire

Je dois admettre que j’avais quelques craintes avant ce concert. Pas parce que c’était Radiohead, non, ça c’était le côté rassurant. Plutôt parce que le concert se déroulait à Bercy… qui n’est pas vraiment une salle de concerts ! J’en veux pour preuve bon nombre d’expériences où on arrivait tout enjoués à l’idée de voir un super groupe qui allait envoyer grave du pâté avant de repartir la queue entre les jambes dégoûtés par un son bien pourri…

Et vu que récemment le bad trip s’était reproduit pour le concert tant attendu de Soundgarden au Zénith (une salle qui ne nous avait jamais fait un coup pareil auparavant), ben j’ai préféré la jouer méfiant et pas trop la ramener.

Confortablement installé au 734e rang du POPB (oui ça se remplit vite…), j’attendais donc religieusement l’arrivée des extraterrestres anglais. Et remarquais au passage qu’au niveau de l’installation ça ne rigole pas : deux batteries, trois grattes ; vaudrait mieux pas déconner au niveau son les gars sinon ça risque de s’entendre…

Et fort heureusement tout commence comme sur des roulettes. Deux petits morceaux du dernier album pour se mettre en jambes avant de vivre (déjà) le premier grand moment de la soirée : « There, There ». Avec sa rythmique tribale (jouée par deux batteries soutenue de deux paires de percus !) et ses accords parfaits, le titre prend toute sa dimension en live. Les inquiétudes sur le son sont vite oubliées.

Comme on pouvait s’y attendre, le jeu de lumière concocté par Andi Watson, qui collabore avec le groupe depuis près de 20 ans, est des plus réussis et colle parfaitement à l’univers Radiohead. Au dessus de la scène, dix-huit petits écrans carrés disséminés retranscrivent les gestes des musiciens cadrés de près sous différents angles. Les tons varient : noir et blanc, sépia, rouge orangée… Le tout peut paraitre désordonné de prime abord mais est finalement fidèle à l’image de leur musique destructurée mais jouée avec une précision d’orfêvre.

Comme on pouvait s’y attendre également, on n’a pas affaire à des grands communicants. Un « salut » au début, des « merci » de temps en temps, Thom Yorke n’est pas là pour tailler le bout de gras et balancer des calembours mais pour faire ce qu’il sait faire de mieux : chanter. Remarquablement bien comme d’habitude.

On amène ensuite un piano à Sir Yorke qui s’exécute et démarre « The Daily Mail », très beau morceau publié uniquement sur le web en décembre dernier et qui mériterait une plus grande exposition. .

Après cet intermède, le groupe se met à jouer la tonitruante « Myxomatosis », la basse fait vibrer tous les gradins (si,si, même au 734e rang) et Thom Yorke gesticule dans tous les sens tel un pantin désarticulé. On enchaîne avec « Bodysnatchers » et son gros riff saturé. La rythmique carbure à bloc, les grattes s’emballent. Ça pulse bien !

Les british calment ensuite le jeu en nous interprétant « The Gloaming » et « Separator », superbe morceau planant un peu trip-hop, les faisceaux rouges vont et viennent lentement ; Bercy est hypnotisé.

Puis démarre la formidable « I Might Be Wrong » avec son riff chaloupé et obsédant. Retour du piano. « Videotape » et « You And Whose Army » sont jouées à la perfection, les effets de lumière nous captivent. L’envoutement opère, comme prévu. Et comme une forme d’apothéose « Nude » vient alors nous subjuguer littéralement. Plus d’effet de lumière, une image figée tristounette, le décor se fait d’un coup minimaliste. On a envie de chanter mais non, ça ne sort pas. On ne peut qu’écouter et savourer. Le public ne s’y trompe pas et réserve une longue ovation à la fin du morceau.

Pour ne pas nous laisser sombrer dans la béatitude, le groupe balance alors le très rock « Planet Telex », ce sera le seul morceau de la soirée de la période avant OK computer. Changement radical par rapport à « Nude », le décor devient tout feu tout flamme, ça clignote de partout. Faudrait pas filer une crise d’épilepsie à Thom tout de même !

Colin Greenwood fait ensuite vrombir sa basse sur « The National Anthem », un des morceaux phares de Kid A, qui remporte immédiatement l’adhésion, en force ! Le genre de morceau qui contredirait sur le champ ceux qui considèrent Radiohead comme un groupe pour comateux sous anesthésiant (bande d’ignares…).

Thom Yorke et ses acolytes nous font ensuite partager leurs  dernières explorations sonores avec un « feral » bien barré mais fort enthousiasmant !

Puis retentissent les premiers accords de « Paranoid Android », sans doute le chef-d’oeuvre ultime de Radiohead. Il y a tout dans ce morceau. Une sorte de montagne russe émotionnelle qui tour à tour nous berce, nous caline, nous apaise, avant de nous trimballer dans tous les sens jusqu’à l’explosion qui nous fait retomber sur nos pattes dans une lente euphorie extatique. Le tout avec une grande fluidité, sans le moindre accroc. C’est aussi l’osmose parfaite entre le chant de Thom Yorke s’accordant d’abord à la douceur puis à la furie des guitares.

L’heure du rappel.

« Exit Music (For A Film) » ! Très touché par l’hommage qui nous est rendu, nous savourons ce morceau atmosphérique qui nous transporte. Comme dans un rêve. « Today we escape. We escape » chante Thom Yorke qui résume parfaitement notre ressenti. Ce sera le second et dernier titre d’OK Computer.

Les quatre suivants sont en effet issus des deux derniers albums. Après un « Reckoner » magnifique (de toute façon l’album In Rainbows EST magnifique), le groupe quitte la scène pour la seconde fois.

« Give Up The Ghost », bien qu’agréable, n’atteint pas des sommets mais ça va venir.

Les notes de synthé suivantes sont immédiatement identifiées par le public qui applaudit en rythme. Thom Yorke, positionné derrière un pupitre orné du drapeau tibétain, se lance « Everythiiiing in its right place« . Après une superbe interprétation et quelques bidouillages sur sa voix, le morceau part dans une rythmique technoïde convoquant Underworld. Thom Yorke se lève et improvise une danse de shaman fou qui lui sied à merveille, avant de quitter la scène.

Le groupe reviendra une dernière fois, concluant le set par une version alternative d' »Idioteque », toujours aussi entrainante et efficace avec un final toutes sirènes dehors.

Et voilà. En 2h20 de concert, Radiohead nous livre une véritable leçon, démontrant qu’il est bien un groupe à part. Un groupe qui peut se payer le luxe de se passer de ses plus grands succès (« Creep », « Karma Police », « My Iron Lung »..) et de la quasi-totalité de son album culte. On appelle ça la classe.

 

JL

 

Line-up : Thom Yorke (chant, guitare rythmique, claviers, piano), Johnny Greenwood (guitare solo, claviers…), Colin Greenwood (basse, claviers), Ed O’Brien (guitare rythmique, percussion, choeurs), Philip Selway (batterie, percussion, choeurs), Clive Dreamer (batterie, percussion, choeurs)

Setlist : Lotus flower, Bloom, There there, The daily mail, Myxomatosis, Bodysnatchers, The gloaming, Separator, I might be wrong, Videotape, You and whose army ?, Nude, Planet telex, The national anthem, Feral, Paranoid android.

Rappel : Exit music (for a film), Staircase, Morning Mr Magpie, Weird fishes/Arpeggi, Reckoner.

Rappel 2 : Give up the ghost, Everything in its right place.

Rappel 3 : Idioteque.

 

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