Massive Attack – Protection

Publié par le 28 septembre 2019 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Circa, 26 septembre 1994)

En 1994, Massive Attack passe le fameux cap du 2e album. Cap d’autant plus difficile que les anglais avec leur premier effort, Blue Lines, sorti en 1991, ont carrément inventé un nouveau vocabulaire musical : le trip hop. 25 ans après, retour sur cet album, le dernier avant un virage sonore radical.

Avec le recul, ce Protection marque une fracture dans la carrière du groupe. Composé à l’origine de Robert Del Naja aka 3D, Grant Marshall aka Daddy G et Andrew Vowles aka Mushroom entourés de nombreux collaborateurs plus ou moins réguliers, ce disque est le dernier qui réunira les 3 membres historiques. 3D prendra ensuite le lead à mesure que le groupe opèrera une mutation de sa musique hybride vers des influences new wave et post-punk, notamment sur Mezzanine et 100th Window, ses 3e et 4e albums. Virage pas du goût de tous et qui conduira à d’inévitables tensions et départs plus ou moins définitifs des 2 autres acolytes de 3D.

Mais en 1994, on n’en est pas encore là. Tricky traîne toujours dans le coin (au chant sur « Karmacoma » et « Eurochild ») avant de poursuivre sa carrière solo, et Horace Andy, fidèle collaborateur jamaïcain sur les 5 albums du groupe, prête sa voix au timbre reconnaissable entre mille (mais seulement sur « Spying Glass » et sur une étrange cover live du « Light My Fire » des Doors !). Le groupe dans la foulée d’un Blue Lines acclamé par la critique, continue de déployer son talent. Musique hybride, crossover pointu et novateur de styles divers, le groupe est d’abord expert en mise en ambiance sonore. Et il sait s’entourer. De musiciens en devenir ou chevronnés. À la production aussi, avec Nellee Hooper (Soul II Soul). Avec des vocalistes de talent notamment féminines, une de leurs marques de fabrique (et souvent pour des titres somptueux).

Dès l’inaugural et électro « Protection », il convoque ainsi la voix sublime de Tracey Thorn (Everything But The Girl) pour un titre apaisant et cotonneux de 8 minutes. Lyrics sublimes au passage. Vous vous sentiez en sécurité ? Tricky et 3D vous secouent direct dans un trip reggae-dub inquiétant avec l’incroyable et hypnotique « Karmacoma », titre assez bluffant même 25 ans après la première écoute. Si cet album a finalement comme unique tort de se placer entre 2 monstres (Blue Lines et Mezzazine), on est loin du simple disque de transition. Plutôt la confirmation du talent hors normes d’un collectif qui trace sa route vers la postérité. Au croisement du hip hop (« Eurochild » avec Tricky au chant), de l’électro (l’ambient « Three »), du dub (« Better Things » avec Tracey Thorn derrière le micro) ou du reggae. Moins organique et plus synthétique que Blue Lines, le son est épuré (l’instrumental et ambient « Weather Storm », au piano élégant, « Heat Miser ») et presque mutant parfois (le reggae-dub spatial de « Spying Glass » !). Avant l’abrasif et plus sombre Mezzazine lézardé d’électricité furieuse, le groupe a creusé une voie différente, plus électronique, presque atmosphérique. « Heat Miser », instrumental superbe avec son gimmick de respiration assez génial (!), en est un parfait exemple. Sans pour autant oublier cette capacité à se sublimer au détour d’envolées de cordes ou de sublimes voix féminines comme sur le magnifique « Sly ». A l’écoute (ça faisait longtemps pour ma part), ce qui frappe aussi, c’est cette qualité de la production. Tout semble simple, presque froid et austère, et pourtant tout les éléments – électronique, voix, cordes – s’imbriquent comme par magie pour créer cette musique puissante et évocatrice.

Metteurs en son de génie, les 3 acolytes, toujours bien entourés, enfoncent le clou après le mythique Blue Lines. Sans faiblir ni se répéter. Pas mon préféré de Massive Attack, vu que j’ai subi un de mes plus gros chocs musicaux avec leur Mezzanine dantesque. Et même si ce n’est pas leur album que l’on cite le plus spontanément, il reste une des sorties majeures de 1994, et au-delà, de cette riche décennie des 90’s.

Sonicdragao

PS : pour les fans hardcore ou les curieux, il existe un album de remixes dub sortis en 1995 par le DJ Mad Professor intitulé No Protection (NdRC : et il est excellent !).

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