Pink Floyd – The Endless River (Parlophone)

Publié par le 24 novembre 2014 dans Chroniques | 0 commentaire

endlessLe retour de Pink Floyd est aussi inattendu qu’émouvant avec ce disque dont le thème (il y en a toujours sur les disques du Floyd) est l’incommunicabilité entre les musiciens de ce groupe légendaire. Pour évoquer ce malaise qui a fait voler en éclat le groupe il y a fort longtemps, les titres des chansons sont éloquents : « Things Left Unsaid » en ouverture, « Lost Art Of Conversation » ou « Louder Than Words » en clôture. Disque hommage à Rick Wright, clavier du groupe, disparu en 2008 qui réunit «en studio » le guitariste mythique David Gilmour et le batteur métronomique Nick Mason, ainsi que Rick Wright revenu d’outre-tombe, pour jouer sur ce qui sera forcément leur dernier album ensemble. Pas de Roger Waters à l’horizon, puisque le divorce est prononcé depuis belle lurette, et qu’ils ne se parlent plus que par avocat interposé.

Alors, pompe à fric, ou élan de créativité ? Pour la créativité, ou l’invention, c’est clair qu’on repassera. Pour le pognon, il est évident que les ventes (à la hauteur de ce qu’elles peuvent être en 2014) vont cartonner. Côté musical, on est ici en territoire balisé et reconnaissable immédiatement : nappes d’orgues ou de claviers, notes de guitares cristallines (Gilmour toujours aussi aérien), batterie au tempo alangui. Si on ne savait pas qu’il s’agissait d’eux, on s’insurgerait sur un plagiat évident de Pink Floyd. Mais bon, on ne va pas leur reprocher de se ressembler et de parcourir encore une fois cet univers sonique si particulier, qui les a propulsés au sommet de la pop music au début des années 70 avec une poignée d’albums légendaires (en gros de Ummagumma à The Wall en passant par Dark Side Of The Moon).

Cet album est un ensemble de 4 pièces musicales estampillées Pink Floyd et pas autre chose (aucune prise de risque), au son  identifiable dès la première écoute. Une seule chanson au format classique, « Louder Than Words » (elle ferme le disque), sur laquelle Gilmour clame « it’s louder than words, this thing that we do, louder than words, the sum of our parts, the beat of our hearts ».  Ce titre répond en écho, au premier titre de ce disque « Things Left Unsaid ». On ne s’est pas expliqué mais nos liens étaient plus forts que les mots. Un pas vers la réconciliation avec Waters ? Pas sûr ! En tout cas, la boucle est bouclée, et pas besoin de beaucoup de mots pour expliquer le lien fort qui unissait Wright à Gilmour. Pas plus qu’il n’en faut pour décrire la distance irrévocable désormais entre Gilmour et Waters, leader autoritaire et paranoïaque qui a réduit ses comparses à de simples faire-valoir au fil du temps et des albums.

Cette rivière sans fin, est donc un dommage au clavier disparu, qui était, les premiers fans le savent, une des pièces essentielles dans l’alchimie de ce groupe unique, quoiqu’en pensait Roger Waters qui l’avait dégagé sans ménagement, juste après The Wall.

L’album est construit sur la base de chutes enregistrées durant les sessions de The Division Bells, dernier album produit à ce jour en 1994 (pas un sommet). Titres co-écrits par Gilmour et Wright, sur lesquels ont été plaqués de nouvelles partitions : guitares, batteries, cuivres. Longues ambiances claviers-guitares, avec Mason en soutien discret mais efficace (« Skins »). Gilmour montre qu’il est toujours un guitariste inspiré (on n’en doutait pas).

Il est accompagné aux guitares par Phil Manzanera (guitariste de Roxy Music) qui l’accompagne régulièrement depuis des années sur ses aventures solo, également co-producteur sur ce disque.

Ce collage sonore du musicien mort et de ses anciens complices (prouesse technique  désormais « facile » à réaliser), n’est ni surprenant, ni bouleversant, même si l’ensemble n’est pas déplaisant. Certains titres, qui rappellent irrémédiablement les grandes heures du groupe, sont même assez réussis (« It’s What We Do », « On Noodle Street », « Allons-Y », « Talking Hawkin ») d’autres sont plus faiblards (« Anisina » avec ses notes de clarinette geignarde). En synthèse, rien à la hauteur d’un Meddle, Atom Heart Mother ou Ummaguma.

En revanche, aucun doute, ce disque pourra combler les fans ou les nostalgiques d’une certaine époque et fera certainement fuir les autres. S’il permet de faire découvrir Pink Floyd à une nouvelle génération d’auditeurs, toujours ça de gagné, mais il n’ajoutera plus rien à la légende de ce groupe dont la musique était bien plus forte que les mots.

 

El Padre

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