Pearl Jam – Vitalogy (Epic)

Publié par le 10 décembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

VitalogyPearlJamBon ça y est le moment est venu. Le moment de parler de ce groupe qui représente tant pour moi. En créant un site sur la musique, je pensais que j’en viendrais très vite à chroniquer Pearl Jam mais ça faisait pas mal de temps que je repoussais l’échéance. De peur de passer à côté. Alors on va y aller doucement si vous le voulez bien.

Au commencement, il y a Stone Gossard et Jeff Ament, deux potes de longue date respectivement guitariste et bassiste. Deux potes qui vont faire toute leur carrière musicale ensemble. D’abord au sein de Green River, considéré par beaucoup comme le premier véritable groupe grunge, avec Mark Arm au chant et Steve Turner à la guitare, futurs membres de Mudhoney. Doté d’une excellente réputation à Seattle, le groupe ne publiera qu’un album, Rehab Doll avant de se séparer.

Mais Gossard et Ament ont de la suite dans les idées et rebondissent très vite avec le groupe Mother Love Bone porté par le chanteur charismatique Andrew Wood. Le groupe se taille une solide réputation et est promis à un avenir radieux mais connaîtra une fin aussi brutale que tragique avec le décès d’Andy Wood suite à un overdose d’héroïne quelques jours avant la sortie de leur premier album.

Evidemment très marqués, Ament et Gossard enregistreront un disque hommage à Wood, l’exceptionnel Temple of the Dog avec le chanteur de Soundgarden Chris Cornell, ami et colocataire de Wood, un autre guitariste Mike McCready, et Eddie Vedder, rencontrés peu de temps auparavant.

Le destin est parfois troublant. Sans la mort d’Andy Wood, Pearl Jam n’aurait sans doute jamais vu le jour. Bien qu’abattu, Stone Gossard continue à écrire en véritable acharné qu’il est, et met sur bande trois instrumentaux. Entre temps, il a retrouvé Ament son inséparable acolyte et recontré Mike McCready, gratteux surdoué, sans groupe depuis peu. Reste à trouver un chanteur. Ils distribuent ses démos à ses amis en espérant qu’elles finissent entre de bonnes mains.

Un beau jour, Jack Irons, ancien batteur des Red Hot, transmet la précieuse cassette à un ami, Eddie Vedder, jeune surfeur qui bosse dans une station-service à San Diego. Celui-ci écrit et chante trois morceaux qui forment un mini-opéra baptisé Momma-Son, composé de Alive, Once et Footsteps… Quand la cassette leur est retournée, les trois gus n’en croient pas leurs oreilles. McCready se remémore « quand je l’avais entendu pour la première fois sur les démos je m’étais dit ‘qui c’est ce mec ? Il existe vraiment ?’ Pour moi, la façon dont sonnaient Alive, Footsteps et Once, c’était trop beau pour être vrai. » Ils empressent donc Vedder de se joindre à eux. Dave Krusen débarque à la batterie. Le groupe enregistre seize heures par jour cinq jours durant, et donne son premier concert le 6ème. Dans l’auditoire, d’autres zicos de Seattle dont Chris Cornell qui se prend une tarte mémorable « encore aujourd’hui, c’est le meilleur premier concert que j’aie vu de toute ma vie. Haut la main, sans comparaison. (…) ils étaient tellement géniaux que c’en était absurde. (…) je savais qu’on venait de voir un concert incroyable, et que Pearl Jam était un groupe phénoménal. »

Pourtant, le groupe ne se nomme pas encore Pearl Jam mais Mookie Blaylock, en référence à un basketteur des New Jersey Nets. Pour des raisons de droits, il doivent changer et adoptent définitivement Pearl Jam. On ne cherchera pas à livrer d’explication sur ce nom, toutes celles qui ont été données par le groupe étant soit bidons, soit très vagues, soit inintéressantes.

Leurs deux premiers albums Ten (91) et Vs. (93) sont des cartons phénoménaux malgré la volonté du groupe de fuir la médiatisation (pas d’interview, pas de clip). Le monde entier a les yeux rivés sur Seattle et les médias créent une pseudo-rivalité (entretenue dans un premier temps par Cobain) entre les deux groupes monstres Nirvana et Pearl Jam.

Vitalogy constitue un véritable tournant dans la discographie de Pearl Jam. D’un point de vue musical d’abord car c’est la première fois que tout le groupe s’implique dans les compos, autrefois réservées à Stone Gossard, leader naturel. Cette fois, tout le monde apporte sa touche et notamment Vedder qui va progressivement devenir le taulier.

Publié en décembre 1994, le contexte est également très particulier. Kurt Cobain a mis fin à ses jours huit mois plus tôt se faisant sauter la cervelle. Cette mort aussi soudaine que traumatisante est aussi la fin des illusions. Elle sonne le glas de l’insouciance, remet en cause tous les acquis. Pearl Jam, et notamment Vedder en conflit avec lui-même, frappé comme Cobain par une notoriété aussi soudaine qu’incontrôlable, se veut plus noir que jamais. Une noirceur qui va éclabousser tout cet album.

Parallèlement, le groupe vient d’entrer en guerre contre Ticketmaster, grand manitou de la vente de billets de concerts. Sans réelle concurrence, Ticketmaster fixe des tarifs hors de prix ce qui a le don d’exaspérer les membres de Pearl Jam décidant de tout envoyer balader et de se démerder eux-mêmes.

Vitalogy (« l’étude de la vie ») était un livre de référence sur la santé daté du XIXe siècle, chiné par Vedder chez un antiquaire. L’album en reprend le concept et en présente quelques extraits dans sa pochette. Le format de l’album ne correspond pas aux étagères standard qu’on trouve dans le commerce : encore une façon de dire « Fuck l’industrie du disque ».

Voilà le décor est planté. Pour le reste, on s’installe et on s’écoute ça tranquille.

« Last Exit ». Dès le départ, on comprend que Pearl Jam a changé. Après une intro aussi décousue que bordélique, Abruzzese qui vit ses dernières heures au sein du groupe se déchaîne à la batterie matraquant un rythme sec, sans fioritures. Le riff de guitare est nerveux, le chant de Vedder intense. Le morceau se termine sur les cris de Vedder « This is, this is my last exit. »

Mais contrairement à ses dires, ce n’est pas une sortie mais plutôt une entrée de plein fouet dans cet album qui ne fait pas dans la demi-mesure. Les gars sont énervés et le font savoir, quitte à y laisser leurs tripes.

Loin de calmer le jeu, ils enchaînent avec « Spin The Black Circle », joué à fond la caisse, doté d’une énergie punk fulgurante. Les textes sont une ode au disque vinyle. Petite anecdote en passant qui vaut son pesant de cacahuètes : Eddie écoutait la maquette de Stone sur son walkman en vitesse accélérée sans s’en rendre compte. Ayant beaucoup aimé le résultat, il a proposé au groupe de le jouer à cette vitesse, ce qui donne donc ce concentré de fureur.

Et derrière ça déroule. « Not For You » s’adresse aux profiteurs et fait écho à la guerre de Pearl Jam contre Ticketmaster. Vedder explique « on voulait défendre la pureté de la musique, si elle existe, contre ceux qui ne pensent qu’à faire du profit. Ils vendent la musique comme si c’était du savon, vous savez ? J’avais envie de faire passer un message dans cette chanson : ‘cette musique ne vous appartient pas. Vous ne ressentez pas la même chose que nous, vous ne savez même pas ce qui se passe vraiment. Vous n’avez jamais fait la queue pour un concert. Vous n’avez pas acheté un disque depuis des années.’ » Construit sur trois accords, le morceau dépote. La rage n’est pas feinte, elle dégouline. 18 ans après le titre n’a pas pris une ride. Du pur plaisir.

« Tremor Christ », très sombre, est tout aussi fantastique. Morceau méconnu, il n’en demeure pas moins énormissime. Un des morceaux qui illustrent tout le chemin parcouru depuis les deux premiers albums.

Première ballade : « Nothingman ». Et là, on touche au génie. La voix d’Eddie Vedder est absolument incroyable. Frissons à tous les étages. Pearl Jam a écrit quelques-unes des plus belles chansons de l’histoire du rock, et ceux qui ne s’en sont pas encore rendus compte passent à côté de quelque chose de grand. Ressaisissez-vous les amis, vous pouvez commencer par celle-ci.

Allez on sèche ses larmes et on remue la tête sur « Whipping ». Là encore, ça secoue bien et ça fait du bien par où ça passe. Pur Rock’N’Roll !

Après ça, on a besoin de souffler un coup et le groupe a pensé à nous avec un « Pry, to » qui fait figure d’interlude et nous remet à l’endroit à l’heure d’entamer la face B.

Vient alors « Corduroy » et son intro à la gratte qui fait frémir tous les fans lors des concerts du groupe. Le reste c’est du Pearl Jam pur jus. Et hop là un classique de plus dans la musette.

Bon et puis c’est pas tout mais faut pas oublier qu’on a affaire à des mecs en pleine remise en question, remontés comme des pendules contre l’industrie de disque et qui n’en ont donc rien à branler de balancer un morceau où Vedder fait mumuse avec son accordéon et joue au gars un peu atteint entouré d’insectes (« Bugs ») à ne plus savoir qu’en faire (à moins que ce ne soit ses fans envahissants ?).

Assez rigolé, derrière on remet le bleu de chauffe avec un « Satan’s Bed » tendu qui démarre par des coups de fouets, avant de s’appuyer sur un riff très Rock. Très bon morceau, il demeure pourtant un des moins mémorables de l’album tant le niveau est relevé.

Mais derrière « Better Man » vient mettre tout le monde d’accord. Morceau sublime et mélancolique sur une femme qui se résigne à passer sa vie auprès d’un homme qu’elle n’aime pas, faute de mieux (« She lies and says she’s in love with him. Can’t find a better man. »). En entendant ça, on ne peut s’empêcher de penser que Vedder est le plus grand et que ce groupe n’a pas d’égal. Les fans détourneront d’ailleurs le refrain pour en faire un « can’t find a better band. » Futé n’est-il pas ?

« Aye Davanita », en revanche, ne restera pas dans les annales du groupe. Sorte d’impro sans queue ni tête, il s’agit encore d’une interlude dont les membres de Pearl Jam se sont décidément fait une spécialité sur cet album.

Mais il ne nous ont pas encore tout dit. Avec « Immortality », ils nous pondent encore un morceau touché par la grâce. Une fois de plus, Vedder chante comme un Dieu et on finit par croire que ce gars-là n’a rien d’humain. Et ceux qui l’accompagnent ne sont pas des truffes non plus. Le solo de Mike McCready est à se damner tant il est merveilleux.

Le disque aurait pu se conclure là-dessus mais Vedder souhaitait inclure son ami Jack Irons qui vient de remplacer Dave Abruzzese derrière les fûts. « Hey Foxymophandlemama, That’s Me » est donc une impro de 7 minutes jouée par les deux potes. Sans doute le titre le plus bizarroïde jamais enregistré par le groupe, sur lequel vient se greffer des enregistrements audio de patients d’un hôpital psychiatrique répondant à des questions sur leur état d’esprit.

On n’en voudra pas à Eddie pour cette petite facétie puisqu’on rappelle que sans Irons, Pearl Jam n’existerait sans doute pas…

Irons enregistrera les deux prochains albums, No Code et Yield, qui confirmeront le virage radical du groupe toujours prompt à se remettre en question et… à écrire des grands disques.

Matt Cameron, ancien (et de nouveau) batteur de Soundgarden prendra ensuite la place d’Irons et Pearl Jam de continuer de tracer sa route après plus de vingt ans d’une carrière exemplaire, malgré un dernier album (Backspacer) bien décevant. Dernière chose, si ces gens-là passent à moins de 500 km de chez vous, ne tergiversez pas, courez les voir…

 

JL

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