The Folk Implosion – One Part Lullaby

Publié par le 3 janvier 2020 dans Chroniques, Incontournables, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Interscope, 7 septembre 1999)

Si vous n’avez jamais écouté One Part Lullaby, sachez en guise de préambule qu’il s’agit peut-être du disque le plus déroutant auquel ait jamais participé Lou Barlow. N’allez pas pour autant vous imaginer que le musicien pousse à l’extrême les excentricités électriques ou acoustiques déjà tentées avec Sebadoh ou au début de Dinosaur Jr ; non, il n’y a sur ce disque que de la pure pop. Mais de la pop dont tout rappelle les productions les plus radiophoniques des années 90. On y retrouve même une talk box sur « E.Z.L.A. » (pensez « California Love », si vous ne voyez pas de quoi je parle…ou autotune, si vous êtes trop jeune pour connaitre « California Love » !), de quoi se demander si Lou Barlow n’a pas décidé de vendre ses fesses, ou au minimum retourner sa veste pour vendre des disques.

Du coup, quand on lit comme sur la page Wikipedia de l’album que Barlow le considère comme « un désastre », on serait tenté de penser qu’il a honte de cette sortie assez improbable sur le papier. Mais n’allez surtout pas croire ça, puisque lui-même vous répondra « Bon dieu non, c’est un de mes disques préférés ! ». Car ne l’oublions pas, c’est de Lou Barlow et John Davis qu’il s’agit, deux musiciens qui ont prouvé au moins avec les deux précédents disques, mais aussi tout le long de leurs carrières respectives qu’ils avaient du talent et qu’ils faisaient à peu près ce qu’ils voulaient artistiquement.

Ainsi, on peut très bien imaginer que cet étonnant choix de production est totalement volontaire, une manière d’explorer et d’essayer d’autres choses que les grosses guitares ou les grattes acoustiques aux accordages improbables. Et surtout, même quelqu’un de globalement hermétique aux musiques électroniques tel que moi peut succomber à la beauté des compositions. Je dirais même plus, le traitement sonore ne se contente pas d’être un choix esthétique qui pourrait être accepté par défaut sur des titres qui bénéficieraient d’être rejoués dans une formation guitare-basse-batterie classique, c’est un choix artistique qui sert complètement les titres en question et leur donne une teinte, un ton qu’ils n’auraient pas eus autrement.

Pour cela, on appréciera sous cette forme l’ambiance qui se dégage de morceaux comme « Kingdom Of Lies », « My Ritual », « Back To The Sunrise » ou « Mechanical Man ». Et on sera même tenté de dire que le talent des deux compères les rend imperméables à la ringardise, tout rattachés qu’ils soient à la fin des années 90. « E.Z.L.A. » est sans doute le morceau le plus marqué par le passage du temps, et donc le plus difficile à avaler ; pour ma part, étant réceptif à la sensibilité de Lou Barlow de façon irrécupérable, surtout quand elle est portée par le talent musical de John Davis, je réussis même à la trouver très chouette. En revanche, comment ne pas succomber à un titre comme « Free To Go », qui me paraitrait irrésistible sous quelle forme que ce soit ? Ou même aux mélodies de « Merry-Go-Down » ou de « One Part Lullaby » dont le titre est tiré d’une citation d’Oscar Wilde mais colle parfaitement à l’ambiance globale du disque.

Alors pourquoi cet album serait-il un désastre pour l’un de ses créateurs ? Simplement parce qu’il marque la fin de son amitié, et donc de sa collaboration riche et intéressante avec John Davis. Quand on réécoute les disques de The Folk Implosion, et notamment celui-ci qui part d’idées tellement rédhibitoires pour finir sur un album sublime, on est en droit de croire que la fin de cette collaboration est une tragédie méconnue du monde la musique. Et d’une profonde tristesse, en effet.

Blackcondorguy

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