Ride – Nowhere (Sire)

Publié par le 28 septembre 2015 dans Chroniques, Incontournables | 1 commentaire

ride nowhereAh ces anglais, toujours à la pointe ! Non contents de truster la légende pop avec les Beatles, de lui avoir insufflé un souffle nouveau (choisis ton groupe préféré de britpop), ils ont également proposé leur version alternative : une pop noisy incarnée ici, mais pas que, par Ride.

Souvent rangé dans le même sac shoegaze que My Bloody Valentine (d’autres Grands Bretons), Ride s’en démarque néanmoins par une approche moins radicale. Le brouillard est moins épais que chez la formation de Kevin Shields, le chant moins en retrait, les mélodies moins dissimulées sous les couches de fuzz. Ça fait beaucoup de moins, mais au moins un plus : Nowhere est plus immédiat que Loveless, et tout aussi important.

Après l’appât du groove de basse en intro, de la voix trainante de Mark Gardener, « Seagull » balance du déluge bruitiste sans retenue. Tant pis pour les oreilles fragiles. Tant mieux pour celles averties. Car ce premier morceau est un sacré bijou.

Ride allie sensibilité pop, quasi à fleur de peau et boucan de tous les diables. Les guitares hurlent, la basse laboure et Lawrence Colbert fait feu de tout bois avec un jeu de batterie très inventif. Et un goût certain pour le fracassage de fût.

Sur « Kaleidoscope » ou « Decay », au tempo très soutenu, Gardener semble poursuivi par ses instruments, en fuite permanente. C’est peut-être lui qui est personnifié dans la vague de la pochette, une pauvre petite chose insignifiante au milieu d’un océan. Une pauvre petite vague, éphémère, qui ne tardera pas à disparaître, engloutie par l’immensité des flots.

Moins assourdissante, « In A Different Place » est d’une beauté à pleurer. Son riff qui semble emprunté à Robert Smith, le chant tout en mélancolie… On atteint ici des sommets. Osons dire les choses : ceci est une des plus belles chansons des 90s. Et si vous connaissez un peu mon affection pour cette décennie, vous conviendrez que ce n’est pas peu dire…

Sur Nowhere, Ride invente un truc que peu sauront imiter. Et personne aussi bien. Ride c’est le double visage permanent, des guitares chatoyantes et d’autres très agressives. Des mélodies qui accrochent immédiatement l’oreille, des bourrasques qui viennent les ravager derrière. Un contraste omniprésent qui ne nous permet jamais de nous reposer sur nos lauriers, toujours à la merci d’une déflagration. Pourtant Nowhere est bien un disque envoûtant, qui nous plonge dans un univers particulier, assez irréel (« Paralyzed » où ce mot est répété à l’envi, « Vapour Trail » fantastique voyage).

Comme ces notes de « Dreams Burn Down », en lévitation, après une intro de batterie qui ne laissait en rien augurer une telle délicatesse… bientôt saisie à froid par une explosion de décibels. Un titre qu’on pourrait rapprocher des Jesus And Mary Chain. Ce sont peut-être eux d’ailleurs leurs plus proches cousins…

En tout cas à l’image de ces derniers, Ride a depuis peu repris la route pour donner une suite à son histoire. L’occasion d’une belle session de rattrapage pour ceux qui ne se sont pas penchés – ou trop tard – sur le cas de ce groupe exceptionnel.

JL

1 commentaire

  1. Je fais partie de ceux arrives apres la bataille. Comprenez, qui ont decouvert Ride que tres recemment mais quelle decouverte ! Merci JL.

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