Nine Inch Nails – Bad Witch EP

Publié par le 27 juin 2018 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(The Null Corporation, 22 juin 2018)

J’ai depuis peu élaboré une théorie pour le moins fumeuse à propos de Trent Reznor : quand il était au fond du trou, il pondait des chefs-d’œuvre et depuis qu’il a retrouvé la joie de vivre, il nous livre des bouses. J’ai un peu grossi le trait mais vous voyez l’idée.

Point d’orgue de la démonstration : en 2009, Trent et Mariqueen Mandig se marièrent, vécurent heureux et les auditeurs de NIN n’eurent plus grand chose à se mettre sous la dent. Un seul véritable album, le plutôt dégueulasse Hesitation Marks.

Mais depuis fin 2016, l’espoir renait. Avec Not The Actual Events et (surtout) Add Violence, les deux premiers de la série de trois EP promise, Trent renouait avec l’aspect sombre et tourmenté qui lui sied le mieux et qui nous rend tout chose. C’était imparfait mais ce retour en arrière était finalement un pas en avant. Trent avait prévenu : sur Bad Witch, il a laissé libre cours à ses envies et le lien avec les deux EP précédents n’est pas évident. Bad Witch serait, selon ses dires, à considérer comme un véritable album, et c’est, selon les nôtres, sans doute le premier vrai bon album depuis un bail (With Teeth ?).

Pas de véritable single à se mettre sous la dent pourtant (même si “God Break Down The Door” était présenté comme tel, il n’a rien d’un titre easy listening) mais des sons agressifs, viciés, torturés. Je vois vos sourires carnassiers prêts à mordre à pleines dents dans cette mauvaise sorcière mais ce n’est pas aussi simple, pensez-vous.

On pouvait regretter que les deux précédents aient le cul entre deux chaises, tenaillés entre une volonté de noircir un tableau devenu trop propret et celle d’y accoler des mélodies réellement marquantes (ce deuxième point étant souvent supplanté par le premier). Elles ne sont pas plus présentes ici (en tout cas, elles sont bien planquées) mais Trent semble avoir tranché et se tient à son choix, aussi osé soit-il. Tranché en faveur de la prise de risques : de l’ambient halluciné (“I’m Not From This World”, “Over And Out” où la patte d’Atticus Ros, son acolyte, se fait plus que jamais sentir), de l’indus pur et dur, de la saturation sans modération (“Shit Mirror”), de la drum’n’bass métalleuse qui savate à tour de bras (“Ahead Of Ourselves”). Clairement Reznor est de retour, et pas pour sucrer les fraises. Nouveauté au programme, la présence de saxos qui s’intègrent à merveille et sonnent parfois comme un hommage appuyé au mentor Bowie période Black Star (“Play The Goddamned Part” où les saxos luttent pour leur survie au milieu de beats écrasés) et Outside (la fascinante “God Break Down The Door” où même les intonations hantées semblent avoir été empruntés au grand David quand les boucles électroniques, les saxos menaçants pourraient illustrer sans peine une œuvre d’un autre grand David, Lynch ce coup-ci).

Une chose est sûre, cette série d’EP ressemble fort à une renaissance, et Bad Witch à son point d’orgue.
La doublette Reznor/Ross est encore capable de surprendre, sait encore se montrer créatif et en osant pousser les expérimentations et radicaliser son propos, nous propose un EP/album extrêmement aride mais qui a le mérite d’offrir davantage à chaque écoute. Et de nous redonner foi en Nine Inch Nails.

Jonathan Lopez

LIRE LA CHRONIQUE DE THE DOWNWARD SPIRAL

LIRE LA CHRONIQUE DE HESITATION MARKS

LIRE LA CHRONIQUE DE NOT THE ACTUAL EVENTS

LIRE LA CHRONIQUE DE ADD VIOLENCE

LIRE LE REPORT DU CONCERT AU ZENITH EN 2014

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