Mr. Bungle – Disco Volante (Warner Music)

Publié par le 25 novembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

bungleY en a qui pensent que ceux qui n’ont pas de Rolex ont raté leur vie. Ba moi je vais te dire, ami lecteur, si t’as une Rolex mais que tu connais pas Mike Patton t’as clairement raté ta vie. Mais rassure-toi tout n’est pas perdu, tu peux encore te rattraper.

Démarre en douceur avec Faith No More (écoute notamment… euh tous ceux avec Patton en fait), prends une bonne tarte et reviens. Ensuite, tu commenceras à cerner un peu le personnage, prends ton courage à deux mains et penche-toi sur un de ses nombreux projets plus déjantés les uns que les autres (tu n’as que l’embarras du choix : Fantômas, Mr Bungle, Tomahawk, Peeping Tom).

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Faith No More n’est pas le premier groupe de Mike Patton. Quand il intègre FNM, Patton est déjà membre de Mr. Bungle formé avec deux potes lycéens (le bassiste Trevor Dunn et le guitariste Trey Spruance) et le groupe a publié d’obscures démos, restées confidentielles. Mais c’est le succès de The Real Thing (deuxième album de FNM) qui va lui permettre de faire connaître Mr. Bungle.

Le groupe profite de la notoriété de Patton pour signer un contrat avec Warner et publie un premier album éponyme, produit par John Zorn, artiste avant-gardiste aussi taré et aventureux que Patton. Le disque est beaucoup moins facile d’accès que ce qu’on a pu entendre de Faith No More. Musicalement c’est tout aussi énorme et les titres de morceaux sont bien déjantés (Squeeze Me Macaroni, My Ass Is on Fire, The Girls of Porn) à l’image du contenu du disque. On va pas s’amuser à classer Mr Bungle ça n’aurait aucun sens. Pour vous donner une idée, le parallèle le plus souvent effectué est celui fait avec Franck Zappa, autre génie à la créativité sans limites.

En octobre 1995, lorsque sort Disco Volante, second opus du groupe, Mike Patton a confirmé son immense talent au sein de Faith No More qui est au sommet après la publication de deux disques majeurs (Angel Dust en 1991 et King For A Day… Fool For a Lifetime, sept mois avant Disco Volante).

La pochette vous rappelle quelque chose hein ? Non, même pas ? Et ben, pour rater votre vie, vous avez pas fait les choses à moitié. Alors après avoir écouté cet album, si vous arrivez à passer l’épreuve, matez vous « Un Chien Andalou », film culte surréaliste de Luis Buñuel et Salvador Dalí. La pochette rappelle un passage assez fameux de ce film où une femme se fait ouvrir l’œil avec un rasoir… Non, ne me remerciez pas…

Bon assez bavassé, écoutons donc ce que l’ami Patton a à nous dire. Premier constat, déjà il ne s’est pas assagi et n’est pas devenu sain d’esprit, encore heureux. L’album est évidemment extrêmement déroutant. Si le premier opus était déjà assez osé (doux euphémisme), le ska et métal faisaient figures de genres dominants, ce qui nous laissait quand même quelques point de repères.

Ici, Mr. Bungle (on va faire comme si c’était un monsieur) mixe quasiment TOUS les genres et n’a jamais peur du grand écart. Ska, tango, death métal, jazz, funk, techno et j’en passe. Au diable la structure, ça part dans tous les sens, les changements de rythme sont brutaux, les transitions inexistantes et c’est pourtant toujours hyper cohérent. Un foutoir généralisé certes mais le talent d’équilibriste de tout ce monde drivé par Mike Patton fait qu’on retombe toujours sur nos pieds.

Comment y font, j’en sais foutre rien mais dieu que c’est bon. On se fend la poire par moments tellement tout est surréaliste et complètement timbré (la jubilatoire « Chemical Marriage » ou la fantastique « The Secret Song », seconde partie du morceau « Carry Stress in the Jaw », où Patton chante comme un papy édenté).

Musicalement, ça envoie du steak comme on dit chez nous, et on s’y connaît en steak.

L’album est dans l’ensemble bien plus sombre que son prédécesseur. À l’écoute de cet ovni, on pense forcément à David Lynch, lui aussi peu frileux en expérimentations. Comme sur l’extraordinaire « Violenza Domestica » qui nous glace le sang par moments (couteaux qui s’aiguisent, voix flippantes, portes qui grincent) et nous cale dans une ambiance presque cosy à d’autres (le petit piano qui va bien) voire champêtres (un coup d’accordéon et roulez jeunesse).

Un univers Burtonien pointe aussi le bout de son nez de temps à autre (« The Bends »).

C’est parfois terrifiant ou jouissif, toujours scandaleusement barré et brillant. Il faut l’entendre pour le croire (« Desert Search For Techno Allah »). Patton se lâche, laisse parler sa folie et nous livre une démonstration de son talent vocal incroyable. Le doux frappadingue chante, hurle, parle, chuchote, bruite… Il suscite émerveillement, émotion, peur, rires…

Sur « Ma Meeshka Mow Skwoz », il nous fait la totale avec ses bruits complètement indescriptibles tant ils sont chtarbés. Il nous emmène faire un tour dans sa cour des miracles et on apprécie le séjour.

Évidemment question samples, on est servis entre voix cartoonesques, bruits de vaisselle qui se brise, de fouets qui claquent, crissements, couinements, on ne sait vraiment plus où donner de la tête.

Le dernier morceau « Merry Go Bye Bye » démarre à la cool avec des vibes reggae fort plaisantes avant de bourriner sévère en mode gros métal qui t’arrache la face et puis après ça se calme d’un coup, Patton fait son crooner et nous fait fondre. Que d’émotions !

Mike Patton est un génie, rien de moins. Mais évidemment, tout le mérite ne lui revient pas. Le trio qu’il forme avec Trevor Dunn et Trey Spruance est un vrai groupe (de tarés). Ses deux acolytes ont d’ailleurs composé la majorité de l’album.

Le disque dure plus d’une heure. C’est assez éprouvant par moments mais il faut s’accrocher, le jeu en vaut la chandelle. Quand Mike Patton se laisse aller, en roue libre, dans un délire total tel que celui-ci, on est d’abord sidérés, puis on insiste pour ne pas passer à côté de quelque chose. Et une fois qu’on a chopé le truc, on en redemande.

 

JL

 

Écoutez « The Secret Song »

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