« Mon David Bowie à moi » par la rédaction

Publié par le 17 janvier 2016 dans Articles | 2 commentaires

Bowie

Comme il ne meurt pas tous les deux jours des musiciens de la trempe et de l’importance de David Bowie (encore heureux), et comme sa gigantesque carrière a marqué chacun de nous à des degrés divers, et que nous avons chacun des souvenirs liés à ses albums, ses chansons, ses costumes, ses clips, chacun nos préférences dans sa discographie… Nous avons décidé de vous raconter notre Bowie à nous.

 

 

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Je me sens si petit pour parler du grand David Bowie. Qui suis-je pour faire couler mon encre en sa mémoire ? Tant de gens l’ont fait et continueront à le faire… Certains l’ont fréquenté de près, d’autres ont découvert la musique grâce a lui… Ce n’est pas mon cas.

Je ne suis qu’un modeste mélomane, qui a vibré maintes fois à l’écoute de ses disques et éprouve donc la simple envie de remercier ce grand artiste pour ce qu’il m’a offert. Bowie était grand, oui indubitablement. Bowie a côtoyé les plus illustres musiciens de ce siècle, a touché à tous les genres, a influencé le monde entier. Bowie a traversé les époques, les courants, les générations. Il a tout fait, tout vu, tout vécu. Mais ça vous l’avez lu et relu et donc à force vous vous en cognez pas mal, pas vrai ?

Bercé par les albums de Bowie durant toute mon enfance (merci padre), j’ai d’abord écouté d’une oreille distraite, sans doute en jouant aux camions, puis aux jeux vidéos, puis en fumant des spliffs, sans en retenir plus que ça. A part sans doute inconsciemment. Ado, j’étais plutôt groupes des 90s, la scène de Seattle (merci frangin) puis les trucs de métalleux pour kids, la rebelle attitude (plutôt « fuck you i won’t do what you tell me » que « Rebel Rebel »). Et puis au fur et à mesure, le hip hop, l’électro, le reggae, le dub… Des découvertes fondamentales, merveilleuses, quelques merdes aussi qui n’ont pas résisté au poids des années. Mais les 60s, 70s, toutes ces musiques de vieux, je connaissais vaguement, je respectais « pour la forme », conscients de leur importance, mais je n’écoutais pas encore vraiment.

Et puis, un jour forcément, comme pour les Doors, Led Zep, Pink Floyd, j’ai voulu creuser le truc. M’attaquer à la bête. J’ai commencé par un best of forcément, je suis humain. J’aurais dû demander conseil au padre pour le coup. Mais vous savez ce que c’est quand on est ado, la communication avec les parents c’est pas toujours notre fort. On se rattrape avec l’âge.

A l’écoute du best of, ça ne m’a pas échappé que le monsieur avait quand même écrit pas mal de tubes. Et qu’un certain nombre d’entre eux étaient carrément cool (forcément j’en connaissais déjà quelques-uns et notamment « The Man Who Sold The World », grâce à un certain Unplugged..)

Et au fil de mon éducation musicale, j’ai creusé plus franchement la discographie colossale du sieur Bowie. Très vite, il y en a un qui s’est imposé au milieu de tous et n’est jamais redescendu de mon panthéon personnel : Ziggy Stardust. Désolé pour l’originalité.

Mais ce Ziggy je ne m’en lasserai jamais. Et comme je regrette souvent de ne pas avoir été en âge de suivre assidûment (comprendre d’assister à tous les concerts) les grands groupes 90s, je regrette parfois de ne pas avoir vécu la mort aussi soudaine qu’incroyable de Ziggy Stardust avant un « Rock N Roll Suicide » d’anthologie… suivi d’un nombre sans fin de résurrections sous de nouveaux costumes.

Je dois bien admettre que, pendant pas mal de temps, tel un journaliste de BFMTV, j’avais tendance à passer « Let’s Dance » en soirée. Le blaireau ! Choisir le tube pupute à paillette quand tant d’autres étaient à portée de clic. Tous ces moments où j’aurais pu me trémousser sur « Moonage Daydream ». Merde quoi.

Mais c’est pas très grave au fond, je me suis bien rattrapé depuis. L’essentiel est d’avoir fini par cerner à peu près la carrière du monsieur (j’ai encore du boulot..), avoir pu grandir en écoutant Bowie souvent, très souvent, me forger une opinion personnelle sur son œuvre – à l’heure où celles bien consensuelles fleurissent -, avec mes classiques indétrônables (Ziggy, Aladdin Sane) et mes chouchous inégalables (Station To Station ou Earthling).

J’ai juste loupé le coche pour le voir en concert, quel dommage. Mais il me reste le live/film de Ziggy à écouter fort, très fort pour saluer sa mémoire (et se prendre une énième claque en passant)… Et un passage de témoin à effectuer, quand ce sera à mon tour de transmettre à mon/mes enfant(s). Nulle doute que l’éducation musicale occupera une place de choix dans mes priorités et que la case Bowie sera un passage obligé.

Je m’en veux un peu, j’ai l’impression d’avoir raconté ma vie, plutôt que celle de Bowie. La mienne est beaucoup moins intéressante pourtant. En tout cas, sans lui, elle aurait été beaucoup moins palpitante. Et parmi le concert de louanges, une phrase me semble la plus juste et correspond bien aujourd’hui à ce que j’éprouve (ou à ce que je m’efforce d’éprouver) : « Si jamais tu es triste, souviens-toi seulement que le monde a 4.543 milliards d’années et que d’une certaine manière, tu as réussi à exister au même moment que David Bowie »*.

 

JL

 

*Il s’agit d’un tweet posté très peu de temps avant sa mort…

 

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Bowie, pour moi, c’est de nombreux souvenirs, et des images imprimées à jamais dans ma mémoire, moments heureux ou douloureux.

1973 : Un mercredi après-midi. Pop Music à la télé. Une bande d’énergumènes dans de drôles de fringues et au look excentrique : coiffures, fringues, breloques, ahurissant pour un gamin bien sage de la France Pompidolienne. Le groupe envoie un morceau au riff stonien qui déchire. Et ce chanteur aux cheveux orange, arborant une énorme boucle d’oreille (une seule) qui fixe la caméra d’un regard étrange, et entonne le refrain avec le guitariste aux longs cheveux blonds en costume de pirate. « The Jean Genie lives on his back, The Jean Genie loves chimney stacks… » Quelle claque pour le gamin que j’étais ! Ce jour-là je découvre David Bowie et cette apparition a changé ma vie pour toujours. Je serai Rock et Fuck Off.

1980 : Le punk a frappé et tout fracassé et laissé la place à de nouvelles vagues dans lesquelles je me suis plongé avec délice. Mais, un samedi tristounet dans un centre commercial, déambulant dans le rayon TV, je découvre un vidéo clip (nouvelle tendance) qui met en scène un pierrot lunaire sur une mélodie méchamment accrocheuse « Ashes to ashes, funk to funky, We know Major Tom’s a junkie… » Le Major Tom déguisé en clown flippant. Putain je l’avais laissé de côté celui-là, en gros depuis la mort de Ziggy (RIP), et du coup passé au travers de quelques années fastes. Ce coup-ci je ne le lâche plus, et rattrape le temps perdu. Évidemment, je réalise qu’il avait quelques longueurs d’avance et a inspiré une bonne partie de la meute… notamment une bonne partie de ces nouvelles vagues. Il ne me quittera plus.

1983 : Bowie a disparu des radars depuis quelques années. En Provence, les vieux albums tournent régulièrement sur la platine, c’est une idole à la maison, mais comme la planète rock ne s’arrête jamais, d’autres artistes tentent de lui piquer la place de « number one » chez nous. Imaginez un peu l’état de nerfs dans lequel je me trouve, quand je reviens tout excité à la maison. Putain, tu devineras jamais, un nouveau Bowie. Let’s Dance que ça s’appelle, ça doit déchirer. Bon, passée l’excitation de la découverte, force est de constater que ça vaut pas tripette par rapport au passé, mais bon le matraquage MTV aidant, ce disque est la bande son de l’été. Et « China Girl », d’abord c’est un titre de l’iguane, et en plus dans ma vie personnelle elle est tout pour moi, mais ça c’est une autre histoire. Mais les années 80 vont être bien longues ….

1995 : Depuis quelques années le vent nouveau est venu des US et de Seattle en particulier mais les anglais ne sont pas en reste dans un style différent. Bref le rock revient en force après la décennie de tous les dangers. Putain d’années 80, quelle torture ! Le retour en grâce de Bowie, c’est Outside l’album génial avec Brian Eno. Compliqué, torturé, comme ses plus grands disques. Ce disque je l’ai écouté beaucoup avec un ami disparu depuis, grand fan de Bowie aussi, et collègue de virées rock’n’roll inoubliables. Avec souvent Bowie en bande son. C’est le second album que je me suis repassé depuis ce lundi de merde.

2013 : Le miracle ! Bowie malade, disparu de la scène et de la vie publique. Plus de disques, plus de concerts depuis dix ans. Traversée du désert, bien triste pour les fans. Quand l’annonce a filtré, ouah la claque. Je me précipite forcément et y trouve mon compte forcément. La flamme rallumée, même si elle ne s’était jamais éteinte. Moins de souvenirs long terme avec ces quelques chansons, mais une ou deux soirées « dance » au cours desquelles « The Next Day » a coulissé à merveille avec le reste.

2014 : Séjour à Berlin pour aller au concert de Pearl Jam. Fabuleux, man ! Temps génial et le gang d’Eddie au sommet. La cerise sur le gâteau, l’expo « David Bowie Is ». Quel pied ! Mister Bowie sous tous les angles : photos, textes, affiches, costumes, vidéos historiques : « Starman » of course, l’apparition télévisée qui a révolutionné le/les genres. Berlin où Bowie a enregistré les trois albums marqués par son virage électronique et son virage krautock. Grand souvenir partagé avec mes gars fans de Rock. Et l’album The Next Day résonnait parfaitement dans ce périple berlinois.

11 janvier 2016 : Jonathan m’a demandé une chronique du dernier Bowie, je m’y colle évidemment avec plaisir. Blackstar dans les oreilles, installé dans un train de banlieue, je vais au boulot, et je m’imprègne de l’album que je viens juste de recevoir (sorti le 8). Vibration dans ma poche. Je regarde le texto (fucking texto), « Bowie est mort … » ! Un coup de poing au foie ne m’aurait pas plus séché. Je suis abasourdi, et Bowie qui continue de chanter dans mes oreilles : « Lazarus », tristement prémonitoire. Trop triste, je change de disque, j’envoie Hunky Dory, et je pleure comme une madeleine. Putain de lundi 11 janvier 2016. Le plus dur, c’est que c’est fini, il n’y aurait plus jamais de nouveau Bowie.

El Padre

 

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Bowie c’est cette K7 enregistrée en 1997 par une amie de 10 ans mon aînée avec en face A une compilation maison période Ziggy et en Face B Earthling, l’album électro (pas en entier parce que pas la place sur la K7). « Ça va te plaire ». Et en effet, on peut dire que ça m’a plu. Ça a même été une révélation totale, le choc prenant la relève de Nirvana.

S’en est suivie une longue période d’écoute monomaniaque partant du coffret The Singles Collection (commandé par correspondance sur catalogue, putain… !) avant d’aller à l’essentiel, de The Man Who Sold The World jusqu’à Pin Ups, avec quelques incartades vers Diamond Dogs, Scary Monsters (And Super Creeps) et Earthling donc.

A cette époque on n’osait même pas imaginer Youtube mais bien heureusement certaines réjouissances ont pimenté le programme : le live Santa Monica ’72, Bowie At The Beeb, la réédition du Hammersmith ’73… Ce dernier reste mon préféré. Concert ultra rock’n’roll, setlist phénoménale, avec une alchimie totale entre les Spiders From Mars et surtout entre Bowie et Mick Ronson, le plus grand de tous ses guitaristes. Et pourtant c’est là qu’il suicide Ziggy et met donc fin à ma période préférée, à mon Bowie.

Pas de Youtube donc, ce qui me rappelle un passage de Bowie un vendredi soir sur TF1 dans une émission de Jean-Pierre Foucault que j’avais enregistrée sur VHS. Toute la soirée à attendre son passage et me taper Lara Fabian, Notre Dame de Paris et consorts pour un mauvais play-back de « Thursdays Child ». Grosse loose. Je repense aussi à cet emprunt à la médiathèque de Nice du seul album que j’avais trouvé : Never Let Me Down. Très grosse loose.

Bowie c’est aussi les boums au collège (toujours pas de Youtube) où on tentait de placer entre deux Yannick (« à gauche, à droite ») la K7 d’Aladdin Sane pour mettre « Time » sous les quolibets. Super dansant pourtant, Time… J’ai compris plus tard que « Let’s Dance » fonctionne bien mieux dans ces circonstances.

Encore au collège, quand j’avais enfin trouvé le Graal : un t-shirt Aladdin Sane chez Hit Import à Nice. 250 francs, taille XXL, extrêmement mal imprimé, le rouge tirant au rose. Il passait magnifiquement au milieu des survêtements Lacoste jaune fluo et autres doudounes Tacchini.

Bowie c’est également mes excuses aux agents d’entretien du collège Raoul Dufy à Nice pour tous les éclairs rouges et bleus et autres messages cryptiques du type « Je suis un alligator » gravés sur les tables.

Bowie c’est quand même la frustration de ne jamais vraiment l’avoir vu en concert. « Vraiment » parce ce que je l’ai entendu de l’extérieur à la Pinède de Juan-les-Pins le 30 juillet 1997 sans être parvenu à entrer.

Et puis Bowie ça m’a également ouvert à plein d’autres réjouissances, du Velvet aux Stooges, et permis de redécouvrir le glam rock : Gary Glitter, T-Rex, Slade, Sweet, Suzi Quatro…

Bowie c’est le seul mec classe avec une coupe mulet. Se mater le play-back de « Rebel Rebel », période Halloween Jack suffit à s’en persuader.

Bowie, c’est le père de Duncan Jones dont t’apprécies les films aussi parce que c’est le fils de Bowie.

En fait Bowie, c’est quand même une bonne part de mon adolescence. Bowie c’est un peu comme quelqu’un de la famille. Ce 11 janvier a donc été bien triste. Mais en même temps on a tous écouté du Bowie toute la journée. Et ça c’était parfait.

M.A.

PS : Lemmy, la bise aussi.

 

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Bowie. Depuis le jour de ma naissance il a toujours été présent dans ma vie. Il était même PARTOUT. C’est sûrement la conséquence d’être la fille d’une fan passionnée par cet homme aux milles visages. Pour tout vous dire, ma mère avait même appelé son chien Ziggy !

Forcément avec une mère qui idolâtre l’homme caméléon et un père fan d’Elvis, mon éducation musicale partait du bon pied. Quand j’ai débarquée dans la vie de ma mère elle n’avait que 20 ans, on était en 1985 et le tube « Let’s Dance » sorti en mars 1983 continuait de faire danser le monde, même les jeunes femmes habitant dans le fin fond de la Creuse ! Elle était dans cet âge où indéniablement un mec comme Bowie ne pouvait la laisser indifférente. Ce regard… Qu’est ce qu’il était beau !

Quand nous sommes parties vivre chez mes grand-parents, elle a récupéré sa chambre d’adolescente, et là omniprésent sur ses murs, Bowie. J’étais tellement contente quand elle mettait la version de « See Emily Play », repris sur Pin Ups. Je suis sûre que le choix de mon prénom ne tient pas uniquement de cette comédie musicale « Emilie Jolie », il y a forcément une influence Bowiesque dissimulée secrètement dans ce choix. Ma mère était vraiment folle de lui. Elle écoutait toujours ses disques et s’amusait à remplacer les paroles de Ziggy Stardust par « Emilie play guitar », moi du haut de mes 4 ans, je me trémoussais joyeusement sur ces riffs de guitares.

Ce qui m’a toujours fasciné, c’est ce grand portrait qu’elle avait peint chez elle. Quand je venais la voir les mercredis après-midi pendant les années collège, il y avait cette énorme toile représentant Aladdin Sane qui en imposait dans son salon. Cette peinture était aussi extraordinaire que le personnage représenté. Bowie et son éternel éclair rouge sur le visage. Trop classe.

Avec l’influence qu’avait inconsciemment David Bowie sur mon quotidien, c’était évident que je me laisserais tôt ou tard tenter par des looks improbables. Et c’est à l’age de 13 ans que j’ai débarqué chez ma mère avec un tube de coloration rouge en lui demandant si je pouvais me teindre les cheveux. Of course elle a trouvé ça cool, et c’était parti pour une année aux cheveux rouge flamboyants suivi de nombreux autres styles mémorables… Je peux vous assurer qu’en Creuse un tel look « ça en jette !» Comme une évidence, moi aussi j’avais mon idole androgyne, Ville Valo, chanteur du groupe finlandais HIM (de merde, NDRC). Il aura moins marqué le monde musical que Bowie ça c’est sûr, mais on ne peut pas nier que son style glam était forcement inspiré par l’icône rock en la matière.

On regardait souvent MTV, et elle ça lui faisait plaisir de voir que mes groupes à moi aussi reprenaient du Bowie. « The Man Who Sold The World » était bien évidemment ma chanson préférée du trio de Seattle. Petite anecdote au passage, Nirvana aussi aura eu son influence sur ma vie personnelle puisque c’est un portrait de Kurt collé sur l’agenda de Monsieur JL qui fut le top départ de notre belle histoire. Je rencontra donc par la suite El Padre, GRAND FAN de qui ? De Bowie évidemment ! Nous sommes en 2005, j’ai tout juste 20 ans, et me revoilà replongée dans cet univers musical intemporel que j’exploite désormais avec plus de mâturité. « Moonage Daydream » deviendra mon morceau incontournable et à chacune de mes soirées, il y aura toujours une session Bowie.

En 2014 on a eu la chance d’être à Berlin lors du passage de l’exposition « David Bowie Is ». Quel bonheur de voir toutes ses images si familières, comme des souvenirs d’enfance, et pourtant c’est bien de la vie de Bowie qu’il s’agit.

Quand cette exposition est ensuite arrivée à Paris en mai 2015, on y est tous retournés encore plus excités que la première fois. On avait hâte de tout revoir. Moi je ne pensais qu’à cette salle du fond projetant un extrait du live de Ziggy Stardust and The Spiders From Mars. Ce morceau « Rock’n’Roll Suicide » plus bouleversant que jamais m’a toujours beaucoup ému. Quelle performance inoubliable.

Et puis arriva ce triste jour. Comme une étrange coïncidence, ma mère était hospitalisée lorsque la douloureuse nouvelle est tombée, aussi brusque qu’un coup de poignard dans mon cœur. Le 10 janvier 2016, Bowie est mort. La tristesse que je ressens aujourd’hui est immense. Rest in Peace amazing Starman.

ET

 

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Mon Bowie à Moi

 

BCG

 

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L’ange noir de la pop, fin comme un duke, a trouvé bon d’orchestrer sa propre mort (« Lazarus »). Il a toujours su étonner tout le monde, faire un croche-pied aux pronostics..

S’il avait claqué en 2004, comme nous le laissait penser les médias, on n’aurait pas eu le droit à ce dernier opus. « Blackstar » !
L’urgence de la création ultime d’un artiste pressé par la mort.. C’est porteur de belles pépites. Sept au total. Le « 7 », chiffre mystique symbolisant la totalité.

Quant à l’effet que nous a fait Bowie, au réveil de notre vie, c’est l’affaire de chacun.
Pour ma part, il m’a permis de m’intéresser à Eno, au Krautrock, à Iggy Pop, etc..
Il a fait partie des personnalités dans ma vie (parmi d’autres) qui m’ont permis d’épaissir ma culture musicale (et non-musicale) en la rendant éclectique, à élargir ma vision, à aiguiser mon esprit critique dans un éco-système (le lycée) où pour affirmer sa différence, tout le monde devait s’habiller pareil, en écoutant la même musique (Les gothiques, les métalleux, les rappeurs.. et chez les filles, les Beyoncés).

Les mecs que je fréquentas méprisaient Bowie, Eno, Robert Wyatt.. que je découvrais à l’époque. Ils ne juraient que par la musique en rapport à leur look. Des monomaniaques que nous pouvons ranger avec les « Footeux » et les « geeks Playstation ».. Ils sont passés à côté de Low, Heroes, tant pis pour eux.

Pour moi, la période créative de Bowie s’est arrêtée à Scary Monsters (1980) pour reprendre avec l’apocalyptique Outside (1995) jusqu’à Heathen (2002), et finir en un come-back (après 10 ans d’absence quand même), avec The Next Day (2013) et l’apothéose Blackstar (2016) !

Il a su rendre rendre artistique sa personnalité complexe et aux multiples facettes. L’ambiguité sexuelle (Ziggy Stardust), la mystique Kabbaliste (Station to Station), la musique cosmique allemande (Low/Heroes).. Ch-Ch-Ch-Ch-Changes !

Il était aussi une éponge, ne l’oublions pas. Il l’avoue d’ailleurs : « Il y a une mouche dans mon lait.. C’est un corps étranger.. qui boit beaucoup de lait ! C’est ce que je ressens… »
Tout en piochant et triturant le son des autres, il a rendu tout cela accessible aux masses. Je pense, par exemple, que pas mal de gens sont passés par Tago Mago de Can, Zuckerzeit de Cluster, ou encore Trans-Europe Express de Kraftwerk, en prenant la navette Bowie/Eno.

Bowie fait partie de ces personnages qui ont contribué à me « déniaiser » (comme disait Jacques Brel) dans un monde de plus en plus réduit dans l’inculture crasse..

Pour finir sur une anecdote, j’ai pu voir le grand Dave, au mieux de sa forme, à sa dernière tournée. C’était à Bercy, le 20 Octobre 2003. J’y suis allé avec mon père, avec dans le lecteur K7 de la bagnole (ne riez pas les jeunes, c’était il y a 10 ans) Santa Monica, le concert du 20 Octobre 1972 (toujours la force des symboles).

Tout était électrique, ce soir-là ! Les gens, la musique, sauf les (pompeux) Dandy Warhols en première partie, mais ce n’était pas grave..
Je me souviens, le groupe arrivait sur scène… Et alors que je m’attendais au single de son dernier album en date, à savoir « New Killer Star », Bowie se pointe, sort son harmonica, et Earl Slick, en deuxième ligne, brutalise sa gratte sur les accords de « Jean Genie », bien joué !
Il y aura aussi le paranoïaque « I’m Afraid of Americans », une version exhumée de l’échec « Tonight » (1984), mais ici retravaillée, « Loving the Alien » (Gerry Leonard à la guitare). Des titres inquiétants, gris comme des nuages un soir d’automne : « Hallo Spaceboy » et « The Motel ». Et puis, retour au calme avec le duo Bowie/Mike Garson sur « Bring Me The Disco King ».
On a remué nos culs sur « Fashion » et « Let’s Dance », avec au final, « Suffragette City » (Wham, Bam !), et « Ziggy Stadust ». Bowie les bras en croix : « Ziggy playyyed.. Guitaaarrrr ! » (clin d’oeil à Mick Ronson décédé 10 ans plutôt).

Au dernier moment, au dernier coup de cymbale, j’avais les yeux braqués sur l’bonhomme, en pensant que ça serait l’unique fois pour nous, mon père et moi.. Just for one day..

15 jours avant sa mort, j’étais en train de préparer une sélection de ses meilleurs titres allants de 1995 à aujourd’hui, une petite playlist que je vous fais partager :

CB

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2 Commentaires

  1. Beaucoup de souvenir ressurgissent quand je te lis Émilie !!! Ce tableau j’en ai un bon souvenir, pour moi c’était juste un OVNI… Moi qui baignait dans la chanson française ce genre là m’étais parfaitement inconnu. Et même après qu’on se soit perdu de vue, quand j’entendais David Bowie je pensais à toi inévitablement. Et tes cheveuowiex rouges… M’en souviens aussi et en effet au fin fond de la Creuse ça en jette. Tu avais un style et je t’enviais pour ça moi qui étais si quelconque…. Bref je repense à plein d’autres choses encore, de bons souvenirs… Alors merci pour ça et non je ne suis pas une fan de Bowie mais il a quand-même marqué ma vie d’une certaine façon 🙂 souvenirs souvenirs!

  2. Coucou Myriam! Ton message me touche beaucoup. Que de bons souvenirs au collège Jean Monnet ^^ merci de nous avoir lu

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