Moaning – Moaning

Publié par le 30 juillet 2018 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Sub Pop, 2 mars 2018)

L’intérêt des vacances, hormis le fait de ne rien branler, c’est de pouvoir rattraper le temps perdu. Un bouquin jamais fini, une série à « binge watcher », ou un disque qu’on s’était promis d’écouter finalement happé par le flot des sorties…

Je viens donc de m’offrir une séance de rattrapage avec Moaning, premier album de Moaning, sorti en mars dernier. Les mauvaises langues diront qu’il aurait pu sortir en 1982, et on ne pourra pas leur donner complètement tort sur ce point. Doit-on blâmer le revival pour ne pas faire avancer le shmilblick musical, ou doit-on le saluer quand il est bien fait, que les influences sont suffisamment digérées et que le produit est de qualité ? Pour Moaning, comme pour bien d’autres avant eux, on serait tenté de pencher pour la deuxième option.

Donc oui, Moaning a dû bouffer jusqu’à l’indigestion du post punk, Joy Division en tête. Et pour remonter moins loin, c’est à Interpol ou Viet Cong qu’on pense souvent, avant que ces derniers ne perdent une partie de leur inspiration en même temps que leur nom d’origine.

Même s’il gagnerait à s’émanciper davantage de ses glorieux ainés et des talentueux héritiers, Moaning fait montre ici d’une palette finalement assez large entre shoegaze rêveur avec une présence synthétique prépondérante mais pas irritante (« Tired », « For Now ») et post punk abrasif quand il dégaine l’artillerie lourde (les imparables « Artificial » et « Don’t Go » qui y vont bille en tête avec une basse en éclaireur qui fait le ménage).

La voix grave charismatique de Sean Solomon, la mélancolie couplée à une envie d’en découdre sont autant de repères très identifiés années 80 (la ligne de basse de  « The Same » semble même empruntée à Simon Gallup durant la période cold wave de Cure). Mais la présence du groupe dans les rangs de Sub Pop n’a rien d’incongrue non plus tant la guitare a elle aussi son mot à dire, et préfère le crier que le murmurer (le riff gras sur le refrain de « Somewhere In There », le pont noisy jouissif de « Don’t Go », ou « Does This Work For You » et son mur de guitare que n’aurait pas renié My Bloody Valentine).

Alors, au moment de conclure, constatant qu’on s’est prêté plus que de raison au jeu souvent tentant du name-dropping, nous reviennent comme un boomerang nos éternels questionnements sur le revival. La qualité indéniable de Moaning prime avant tout et l’emporte sur les éventuels reproches mais, puisque la force mélodique, l’énergie, l’osmose entre les membres sont d’ores et déjà présents, ne nous reste plus qu’à souhaiter que sur son prochain album le groupe développe davantage sa propre personnalité et ne cesse d’avoir l’œil rivé sur le rétroviseur.

Jonathan Lopez

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