Bob Marley & The Wailers – Live ! & Babylon By Bus (Island)

Publié par le 24 mars 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

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L’excellent film de Kevin MacDonald, sobrement intitulé Marley, vient rappeler avec beaucoup d’émotion quel artiste génial était Bob Marley et l’importance de son leg au genre humain. Il  a sans conteste bouleversé le paysage musical à son époque, exportant des rivages de Jamaique et des faubourgs de Kingston la musique jamaïcaine, et faisant du Reggae un genre majeur de la musique populaire moderne. C’est l’un des artistes les plus connus au monde, et les concerts qu’il a donnés restent gravés dans le cœur des chanceux qui ont pu voir cela à l’époque.

Robert Nesta Marley fonde le groupe The Wailers en 1963 avec Neville O’Riley Livingston (alias Bunny Wailer) et Winston Hubert McIntosh (alias Peter Tosh). La musique de leurs débuts est le ska, genre populaire à l’époque en Jamaïque (qui connaîtra une seconde jeunesse avec les groupes anglais comme Madness et The Specials fin des années 70), et le rocksteady aux influences soul et RnB. Aucun succès durant près d’une décennie, jusqu’au virage Reggae pris au début des 70’s, au moment où Bob Marley se tourne vers le Rastafarisme.

La rencontre avec Chris Blackwell (patron d’Island Records) s’avère déterminante. Il signe les Wailers, qui enregistrent les deux albums Catch A Fire et Burnin’ sur son label. Blackwell leur recommande de remixer les disques dans les studios d’Island à Londres. Il ajoute des solos de guitares et des parties de claviers, afin de séduire le public occidental. Ces deux albums fantastiques sortent à quelques mois d’intervalle en 1973. Ils contiennent une flopée de classiques instantanés : « Concrete Jungle », « Slave Driver », « Stir It Up », « Kinky Reggae », « Get Up Stand Up », « I Shot The Sheriff », « Burnin’ And Lootin' », qui deviendront des titres emblématiques de Marley, qu’il défendra ensuite sur scène.

Après une première tournée en Angleterre en 1973, Bunny Wailer est le premier à lâcher le navire, pour se lancer dans une carrière solo. Il le commente aujourd’hui sans aucun regret (dans le film de MacDonald) et se montre d’ailleurs assez cynique envers Blackwell qu’il renomme Chris Whitewell. Pas besoin de sous-titres ! Les Wailers enchaînent une tournée aux USA, qui donnera bien des années plus tard, le témoignage fantastique Talkin’ Blues enregistré dans les studios d’une radio de San Francisco. Au retour en Jamaïque c’est Tosh qui lâche l’affaire, n’appréciant guère la tournure que prend leur orientation artistique. Marley veut devenir célèbre et conquérir le monde, pour cela il fait des concessions, notamment lors des enregistrements avec Blackwell. Tout ceci n’est pas du goût du rebelle Peter Tosh qui entame une riche carrière solo dans la foulée.

Bob Marley est maintenant seul aux commandes, les Wailers deviennent son groupe. Un band taillé pour la scène, Les I Threes (dont Rita Marley) aux « backing vocals », les frères Barrett à la basse et à la batterie, Tyrone Downie et Earl Lindo aux claviers, Alvin Patterson aux percussions, Al Anderson à la guitare.

Le groupe enregistre six albums studio en six ans. De l’indispensable Natty Dread, peut-être le plus grand disque de Marley, qui contient notamment « No Woman No Cry », au plus commercial Uprising doté de l’énorme tube « Could You Be Loved » et « Redemption Song », dernière chanson enregistrée de son vivant, qu’il interprète seul à la guitare acoustique. Entre ces deux jalons, deux albums essentiels Rastaman Vibration et Exodus, qui leur ouvrent les portes du succès mondial, et font de Bob Marley la première star du tiers-monde. Un véritable phénomène universel qui donne au Reggae une autre dimension.

Marley et les Wailers sillonnent les routes et livrent des concerts d’anthologie un peu partout dans le monde. Le premier témoignage live qu’ils donnent à leurs fans est l’extraordinaire Live ! qui paraît en 1975. Marley prouve qu’il est un grand performer et le groupe qui l’accompagne se déchaîne sur les titres issus de Natty Dread et Burnin’.

Un speaker annonce : « From Trenchtown Rock Jamaica, Bob Marley and The Wailers, Come on ! ». Les Wailers lancent « Trenchtown Rock », dans un complet délire. La foule qui connaît le répertoire par coeur est en transe, le groupe maîtrise désormais parfaitement la scène, et Bob en sorcier Rastafari mène la danse. La machine roule gentiment, rythme chaloupé de « Burnin’ And Lootin' » sur lequel les chants conjugués de Bob et des I Threes font merveille. Al Anderson à la guitare est étincelant sur tout l’album, livrant notamment de superbes solos sur « Them Belly Fully » et « Lively Up Yourself ».

La face B condensée en trois titres est géniale, une très belle version de « No Woman No Cry » ouvre le bal, la foule est littéralement bercée sur le refrain, la mélodie est portée par l’orgue quasi religieux de Tyrone Downie. Ce titre à l’époque est le premier succès de Bob Marley et l’interprétation qu’il livre ici est sublime. Le rythme s’accélère lentement, jusqu’au premier break où tout le monde s’accorde à crier « Everything’s gonna Be Alwright » ! L’ensemble est remarquable de cohésion et de douceur, presque d’une sonorité gospel.

« I Shot The Sheriff » et « Get Up, Stand Up », titres phares et hautement politiques de Marley concluent le disque. « Get Up, Stand Up », chanson écrite par Tosh et enregistrée par les Wailers est livrée ici dans une version très punchy. « Don’t give up the fight » scande Marley, avant de faire chanter et danser tout le monde.

Ce disque enfonce le clou du succès. Bob Marley devient une immense star, et continuera de tourner jusqu’au bout.

595ryxpniynaksmdax4x1z0eh0fk6iTrois ans plus tard, Bob et les Wailers sont devenus une véritable machine de guerre sur scène. Ils sont dans la forme de leur vie, le groupe s’est renforcé d’un second guitariste : Junior Marvin qui prend la plupart des solos, et dispose désormais d’un répertoire riche dans lequel il puise tous les soirs. Ils enregistrent un double album qui va faire date, Babylon By Bus, composé essentiellement de concerts donnés à Paris au cours de la tournée Kaya. Tous les concerts sont sold out, la tournée est un succès phénoménal, et les concerts que donne le groupe souvent extraordinaires.

« Jah Rastafari ! Yeah ! Yeah ! Yeah ! » lance Marley à la foule avant de lancer « Rastaman Vibration ». Ça roule et ça coule de source, le Reggae c’est lui, il est devenu le lion des rastas, et le groupe qui l’accompagne est fantastique. « It’s a new day, it’s a new time, it’s a new feeling« , il n’y a plus aucun doute !

Le groupe enchaîne les titres joyeux comme « Punky Reggae Party », « Stir It Up », « Is This Love » sur lequel le groove de l’ensemble fait plaisir à attendre, et les titres explosifs comme cet « Exodus » d’anthologie, sur lequel Marley se lance dans une sarabande effrénée. La basse de Family Man emmène tout le monde dans son sillage, les guitares wah-wah, les claviers, les percussions sont à l’unisson sur un rythme époustouflant. Fantastique morceau qui donne toute sa mesure en concert, et dont cette version est restée dans les annales.

La version de « Concrete Jungle » livrée ici est magnifique. Chant puissant et envoûtant de Bob qui laisse le terrain à Junior Marvin pour l’un de ses premiers numéros de funambule. La musique lorsqu’elle est de ce niveau-là est tout simplement magique, la spiritualité dégagée par Marley fait le reste.

« Lively Up Yourself » met littéralement le feu à la salle, le public reprenant le refrain d’une seule voix. Groove infernal des frères Barrett, avant que les deux grattes déclenchent l’incendie, emmenant les spectateurs à l’extase. Un très grand moment du disque et de la discographie de Marley tout court. Un autre grand classique de Bob est revisité ici, le medley « War/No More Trouble » qui ressort totalement décoiffé après être passé entre les pattes des Wailers 78. La basse ronde d’Aston Barrett semble inviter Bob et les I Threes à l’amour « What we need is Love » clament-ils tous ensemble.

« The Heathen » dégage un mysticisme incarné par Marley. L’ensemble des musiciens frappe encore un grand coup, mention spéciale à Junior Marvin au jeu de guitare inspiré. Le disque s’achève sur le très festif « Jamming » qui embarque tout le monde dans une sarabande folle et joyeuse. Une vraie fête s’achevait, et malheureusement pour tous ses fans, Bob Marley rejoindra le dieu des rastas à peine trois ans plus tard, fauché à 36 ans par un cancer qu’il n’avait pas voulu soigner à temps, s’estimant sûrement à l’abri bienveillant d’un divin protecteur.

Que dire de plus ? Bob Marley parti bien trop tôt, demi-dieu en Jamaïque, musicien universel célébré à travers le globe, apôtre de l’amour et de la musique nous a laissé un héritage musical considérable et intemporel. Malheureusement tout ce qu’il combattait : guerres, racisme, intolérance, font toujours notre quotidien 32 ans après sa disparition, mais sa musique n’est pas prête de se démoder, et son message de paix et de fraternité plus que jamais indispensable. Peace, Love and Ganja Bob !

 

El Padre

 

Écoutez « Lively Up Yourself » (extrait de Babylon By Bus)

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