Lou Reed – Rock’n’ Roll Animal & Lou Reed Live (RCA)

Publié par le 20 décembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

rock-n-roll-animal-coverLR live 2En 1972, Lou Reed en se faisant remarquer en solo (Transformer) – avec l’aide de David Bowie et de son guitariste Mick Ronson – est pile dans le courant de l’époque. La mode est au Glam Rock, au look travesti, et à la sexualité ambigüe.

Mais l’année suivante, Lou veut viser plus haut avec un autre projet : produire un album concept racontant l’histoire de deux amants dont l’amour périclite à coups de drogues et d’infidélités, allant jusqu’au suicide de la fille (Caroline) dans l’indifférence du garçon (Jim). Le résultat : Berlin (1973), album qualifié de « déprimant » par la presse. Effectivement, l’heure n’est plus aux tubes ‘60s du genre : « She Loves You Yeah Yeah Yeah » ou encore « Love Me Tender ». Non ici les titres sont écrits sous amphets et traitent de choses qui font mal. C’est l’antithèse des autres albums standards de l’époque, dont l’histoire est : « Le mec a la fille, ils s’aiment, et tout va bien. »

L’album sort dans l’indifférence totale, et Lou Reed pris de haine s’en va exhiber cette « œuvre noire » sur la scène. Il emmène dans ses valises un bien bel orchestre, du lourd : Steve Hunter et Dick Wagner – deux guitaristes de Detroit déjà présents sur l’album « Berlin » – ainsi que deux musiciens canadiens : Pentti glann, à la batterie, Prakash John à la basse. Et pour compléter le tout un claviériste : Ray Colcord de New York.

Steve Hunter a fait ses preuves dans le groupe de Mitch Ryder : The Detroit Wheels, et Dick Wagner a fondé le groupe The Frost, à la fin des années 60, produisant un son heavy dans la lignée des groupes comme Amboy Dukes de Ted Nugent, ou de Grand Funk Railroad. Hunter et Wagner viennent tout juste de participer à l’enregistrement du dernier album d’Alice Cooper : Billion Dollar Babies, où l’on découvre ces deux guitaristes bavards et complices, tricotant des solos interminables.

Pour la tournée, le management de Lou avait besoin d’une introduction pour l’ouverture de chaque show. Et c’est Steve Hunter qui est l’auteur de la fameuse intro précédant « Sweet Jane ».

L’orchestration des morceaux joués ces soirs-là, est grandiose. La musique est lancinante, l’orgue rugit, et les guitares sont tranchantes comme des lames de rasoirs. Une véritable messe noire. Les solos de nos deux gratteux excités Hunter / Wagner se croisent, s’affrontent (cf le solo sur « Oh Jim »).

Les morceaux s’enchainent les uns après les autres : « How Do You Think It Feels » écrite en plein bad trip, je vous laisse apprécier : « Quel effet ça te fait / quand tu as pris du speed / et que tu es tout seul / quand tu es debout depuis 5 jours / car tu as peur de dormir ».

« Lady Day », « Caroline Says », etc… Il y aura bien sûr les tubes de Transformer « Walk on the Wild Side » et « Satellite of Love », époussetés de paillettes, mais également quelques morceaux « Velvetiens » : « White Light / White Heat », « Rock n roll », « I’m waiting for my man », customisés en heavy metal, laissant sur le carreau les fans du Velvet de la première heure… A noter également une version de 13 minutes de « Heroin » tout à fait insolite, et plus empoisonnée que jamais (cf Ray Colcord au clavier). Cette version live apparait comme une véritable « Ode à la came ».

Au début de la tournée, Lou est bouffi, et boudiné dans ses fringues en cuir… Il a une coupe afro, cheveux longs bouclés. Après un rythme quotidien ‘Speed-Coke-Valium-Herbe’, il va perdre 20 kg en un peu moins de trois mois (!).
Physiquement, il finit par ressembler à une sorte de personnage blafard au visage émacié. Sa chair pendouille et il adopte dorénavant une coupe très courte – peu en vogue à l’époque -, porte des bracelets et un collier à piques. La pochette de l’album parle d’elle-même, il est devenu une sorte de « fantôme SS transsexuel ». Un « Rock’n’Roll Animal », en somme. Le titre a d’ailleurs été tiré d’un live piraté de Lou à Amsterdam en septembre ’73.

Les gens qui viennent le voir ne le reconnaissent plus. Il est devenu un cadavre. Le public assiste aux performances fragiles de la « star camée », comme on assiste à un spectacle de « Freaks ». D’ailleurs, le show à Bruxelles sera stoppé – après seulement 30 minutes – par des spasmes tachycardiques de Lou. Il circule, dorénavant, en fauteuil roulant.

Lors des concerts, il demande à ses roadies de planquer des flasques dans les amplis, alors que son entourage essaye de le freiner sur l’alcool et la drogue…

Chaque soir Lou titube devant le micro, injurie sa foule venue le voir, crache son venin et fout le camp aussi sec, n’échappant pas aux insultes du public : « Cocksucker ».

On en vient alors au concert à l’Academy of music de New York, le 21 décembre 1973, qui fera l’objet de deux albums live sortis à un an d’intervalle et constituant l’intégralité du show : « Rock n’roll animal » (74), et « lou reed live » (75)

Lou Reed en voyant ses deux guitaristes indisciplinés, et dont la virtuosité se fit remarquer par la presse, se débarrassera finalement d’eux, peu avant la tournée européenne en ’74, qui commença en Mai.

Il redescendra lentement de son trip « Rock-Star-cynique » en envoyant un dernier crachat, en 1975 : « Metal Machine Music » constitué de quatre faces bruitistes avec rien d’autre que des effets Larsen enregistrés à plein volume.

Ah, j’oubliais : « La drogue c’est mal… »

CB

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