Suicidal Tendencies – Lights… Camera… Revolution!

Publié par le 23 juillet 2020 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Epic, 3 juillet 1990)

Le punk hardcore et le thrash metal ne sont pas franchement les premiers styles que j’évoquerais si je devais décrire mes goûts à une personne engageant une discussion musicale avec moi. Le côté toujours plus vite, plus fort, plus fou, c’est rarement mon délire. Je n’ai jamais fait de skate non plus (mes chevilles me remercient), encore moins porté de bandana (mon style a déjà été assez malmené comme ça) et pourtant, dès l’instant où j’ai posé mes oreilles fragiles sur Suicidal Tendencies, j’ai rejoint leur secte – ou devrais-je dire leur armée (les vrais savent). Il existe même des preuves de mon implication sur les tréfonds du dark net où l’on peut me voir beugler comme un goret « ST » après avoir investi la scène aux côtés de quelques illuminés heureux.

Pour m’initier, il fallut attaquer par le nec plus ultra, l’immense The Art Of Rebellion, sixième album sorti en 1992 et qui faisait suite à ce Lights… Camera… Revolution! qui n’a pas grand chose à lui envier. Pourquoi eux ? Qu’est-ce qui m’a poussé à tomber dedans à pieds joints (hormis un pote bien intentionné qui, à quelques semaines d’intervalles, m’initiait à ST et NIN, il se reconnaitra) ? Et bien, c’est tout con. Ce groupe, à son sommet comme ici, mêle brillamment les qualités du punk et du metal, ne sombre ni dans le goth clicheton ou la roulette débile et a donc de quoi réconcilier les skaters à patchs et les metalleux à crête. Ou l’inverse.

Pourtant, ce n’était pas gagné d’entrée pour ces excités qui eurent l’insigne honneur d’être désignés « pire groupe/plus grands connards » par le fanzine Flipside en 1982. Ils ne l’avaient peut-être pas complètement volé même si, dès leurs débuts, on se doutait qu’ils n’étaient pas voués à évoluer en troisième division du punk (vous vous êtes déjà mangés « Institutionalized » en pleine face ? Non ? Il est temps alors) et ont vite bifurqué vers un mélange des genres audacieux qui ne sent pas l’arrivisme, et encore moins l’approximation. Non, ce sont bien les personnalités de chacun qui ont conduit à ce crossover fameux, débordant d’enthousiasme et de spontanéité.

Pourtant ce n’était pas gagné (bis), Suicidal Tendencies ayant subi autant de changements de line up que les effectifs de l’OM et du PSG réunis dans les années 2000, mais il a su conserver son éternel leader ô combien charismatique, le doux dingue Mike Muir, sans qui il aurait probablement perdu sa raison d’être. Mike Muir qui, en concours de mots débités à la minute, pourrait presque donner des sueurs froides à Eminem et est également capable de pondre des mélodies vocales formidablement contagieuses (« Alone » ou « Lovely » ici, bien d’autres partout ailleurs).

Mike était donc là, toujours là, pour tenir la baraque et il amorce ici cet album par un taquin « what the hell is going on around here? » avant de tout envoyer valdinguer et nous coller au Muir sur le bien nommé et monumental “You Can’t Bring Me Down”. De quoi nous mettre d’emblée le feu au derche et la flamme est toujours aussi vivace trente ans plus tard. Entre headbangings demeurés qui mettent la nuque au supplice et pogos incontrôlés, ce disque est un appel au lâcher prise, à l’abandon de soi, à la démence accueillie avec délectation.
Un ensemble ahurissant où chaque morceau semble balayer le précédent dans une orgie de riffs mortels (Rocky George dans le rôle du tueur à gage), de cris libérateurs, de solos extravagants sortis de nulle part, de harangues ahurissantes (cessez donc de vous caresser sur Joe Talbot d’Idles les jeunes, ce bonhomme l’enterre sans forcer). Déjanté, hystérique, ST semble ne jamais vraiment se prendre au sérieux mais empile les bombes à un rythme effréné, laissant parfois s’exprimer davantage sa fibre metalleuse (“Lost Again”, “Give It Revolution”) et se montrant aussi à l’aise en sprint (“Get Whacked” ou le furieusement barge “Disco’s Out, Murder’s In”) qu’en demi-fond (“Send Me Your Money” qui fait chuter les bpm de moitié sur le refrain mais certainement pas la dose d’euphorisant, nous inciterait presque à nous exécuter sans broncher, pourvu qu’ils continuent de nous arroser au napalm).

Ça dégouline de partout, ça empile les notes de façon inconcevable mais ça transpire le feeling et évite ainsi soigneusement de sombrer dans l’insupportable tripotage de manche. Avec le recul, ça s’écoute bien mieux que certains fusionneurs cultes comme les Red Hot qu’on a bien du mal à se repasser aujourd’hui sans arborer un sourire moqueur en coin. Et puis, le groupe, porté par le riffeur fou et le chanteur azimuté susnommés, dispose d’une nouvelle arme de distraction massive en la personne de Robert Trujillo fraichement débarqué l’année précédente et franchement inspiré sur cet album (notez bien que c’est ici la seule fois que vous me verrez parler de ce type. Quand je vous dis que je me cogne du thrash…). Sa basse slappée sur “Lovely” et son groove démentiel sur “Send Me Your Money” sont à ce titre absolument irrésistibles et il ouvre un nouvel horizon au groupe*. Lui et R.J. Herrera aux fûts s’entendent ici comme larrons en foire et nous font guincher plus que de raison. C’est ça LE son Suicidal, il est ici à son apogée.

Si le groupe est toujours immanquable sur scène, le retour en studio – après un long hiatus entre 2000 et 2013 – n’est pas aussi glorieux et, trente après, c’est toujours vers l’increvable Lights… Camera… Revolution! (ou son successeur The Art Of Rebellion) que l’on préfèrera se tourner lorsque nos tendances suicidaires nous appellent.

Jonathan Lopez

*Les amateurs de basse en furie peuvent se ruer sur le side project de Muir et Trujillo, Infectious Grooves, tout aussi violent et carrément funky (les vrais savent, bis. Les faux comprendront ici).

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