Assassin – L’Homicide Volontaire (Livin’ Astro)

Publié par le 13 février 2015 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

assassinQu’est ce qui a bien pu t’arriver mon bon Rockin’ ? Toi qui étais érigé à juste titre comme l’une des plus fines gâchettes du rap français, faisant preuve d’une intelligence rare dans ce milieu ? Te voilà désormais porte-parole des illuminati convaincu que tout est complot interplanétaire, comme si tu n’étais qu’un jeune facilement influençable en quête de sensations fortes.

Je ne t’en veux pas mon bon Rockin’ car je chérirai toujours tes premières oeuvres et tu ne descendras jamais de mon piédestal personnel du rap français (aux côtés de monstres sacrés comme NTM ou IAM, rien de moins).

Rockin’, c’est Rockin’ Squat, frère de Vincent Cassel et, surtout, pilier du groupe Assassin qu’il a fondé avec Solo en 1985. Assassin qui reste un des premiers groupes de rap français, qui a émergé à peu près en même temps que NTM, qui figure sur Rappattitude, première compilation de rap français. Assassin dont l’engagement en faveur de nobles causes fut constant, Assassin qui fut le premier groupe de rap français à fonder son label indépendant (Assassin Productions) après avoir adressé un majeur aux majors, Assassin auteur d’une des plus fameuses punchlines du rap français (« la justice nique sa mère/ le dernier juge que j’ai vu avait plus de vice que le dealer de ma rue« ), Assassin qui fut à l’origine du projet 11’30 Contre Les Lois Racistes et ainsi responsable d’un des plus grands morceaux de l’histoire du rap français (cadeau)… Question CV, ceux qui peuvent rivaliser se comptent sur les doigts de la main. Question éthique, ceux qui peuvent rivaliser n’existent pas.

Après des premiers EP incendiaires (notamment les 2 volumes de Le Futur Que Nous Réserve-t-Il ? qui peut être considéré comme leur premier album), Assassin déboule dans les bacs avec L’Homicide Volontaire, un disque fleuve qui ne tardera pas à devenir une œuvre culte qui doit trôner chez vous en bonne place entre Paris Sous Les Bombes et L’École Du Micro d’Argent. Ou alors vous n’avez rien compris au film. Rembobinons.

assassin
Pochette glaçante, des gamins alignés en peloton d’exécution, des fusils pointés sur eux… Ambiance.
Rockin’ œuvre désormais en solo depuis le départ de Solo (son ex-acolyte, vous suivez ?). Reste Doctor L aux manettes. Qui se montre plus inspiré que jamais.
Intro en forme de bande-annonce de blockbuster. A l’opposé de ce qui va suivre. Nous ne sommes pas ici dans du putassier ou du grandiloquent mais dans le rap dit conscient à son sommet.

Le flow est agressif, vindicatif. La musique, elle, est plus douce, rendant le(s) message(s) d’autant plus limpide(s). Comme l’incroyable « Shoota Babylone » qu’on pourrait croire venu de Kingston et produit par Lee Perry. Rockin’ garde ses distances avec le tout venant du rap français, il évolue à un autre niveau. « On ne fait pas de copinage avec le gratin musical/ préférant de loin vendre moins mais garder l’impact d’une balle. » Voilà qui est dit.

Après avoir remis les pendules à l’heure vis-à-vis des petits rigolos, Assassin reprend le combat. Et le refrain de « L’Odyssée Suit Son Cours » fait office de chant de ralliement « levez-vous, tout le monde debout/ unissez-vous, combattez, organisez-vous pour/ que l’odyssée suive son cours« …

Rarement on aura écouté, savouré, disséqué avec autant d’attention des textes de rappeur. C’est une habitude qu’il va falloir prendre. La musique passe quasiment au second plan. On écoute les leçons de professeur Squat.

« Légal Ou Illégal » dénonce la répression aveugle, l’implication du gouvernement dans des ventes douteuses du moment qu’elles sont juteuses. « Tous les business sont légaux quand ils sont controlés/L’illégalité dépend de ta place dans la société./Tu peux dealer des kilos si tu es dans l’armée/Mais te faire enfermer 10 ans si tu deales pour ton quartier./Certains dealent de la came, d’autres dealent des armes/Le business illégal est légal quand il sert le patrimoine national. »

Rockin’ n’oublie aucun sujet qui fâche (« L’Etat Assassine » sur les crimes policiers, « Quand J’Étais Petit » sur le formatage des médias, « Entre Dans La Classe » sur l’éducation, « Écrire Contre L’Oubli » sur les prisonniers politiques, « Guerre Nord-Sud » sur les conflits géopolitiques et la domination occidentale, « L’Entrechoque Des Antidotes » sur la faim dans le monde…). On est loin de « pourquoi on a appelé notre album Touche d’Espoir ? / Pour que le hip hop français fortifie ses remparts« … (morceau « Touche d’Espoir » sur l’album du même nom, 5 ans plus tard).
Autre grand plaisir de ce disque (avec le recul des vieux que nous sommes devenus) on reconnaît la voix du jeune Ekoué (« L’Odyssée Suit Son Cours », « Quand J’Étais Petit ») qui était à bonne école et qui deviendra grand lui aussi, en tant que leader de La Rumeur.
20 titres qu’il a ce putain d’album, et pas une trace de remplissage (quelques interludes bienvenues au milieu d’une salve de bombes).

20 berges qu’il a ce putain d’album, et il n’a pas pris une ride. Toujours autant d’actualité, toujours aussi indispensable tant au niveau musical qu’en tant qu’éveilleur de conscience.

JL

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