Les Thugs – I.A.B.F. (Vinyl Solution)

Publié par le 14 janvier 2015 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

iabfIl est une idée reçue qui a la vie dure : Noir Désir serait le seul et unique groupe majeur du rock indé français.

Ceux qui pensent ça n’ont sans doute jamais (ou pas suffisamment) écouté Les Thugs.

Loin de moi l’idée de minimiser l’importance du groupe bordelais. Mais plutôt de rendre l’hommage que méritent les Thugs, eux qui sont toujours restés confinés dans un relatif anonymat eu égard à leur talent.

Les Thugs c’est d’abord deux frangins de la fratrie Sourice : Eric à la guitare et au chant, Christophe à la batterie. Un troisième, Pierre-Yves, bassiste, viendra se greffer en 1988 alors que le second guitariste Thierry Méanard a toujours fait partie de l’aventure.

I.A.B.F. – pour International Anti Boredom Front – paraît en 91, c’est déjà leur 5e album.

Intro rentre-dedans, cela va de soi. Tout en tension, l’instrumentale, « N.6 » pose les bases. Attention ça va péter…

Puis vient « I Love You So ». Dès le riff introductif le titre s’impose comme un hymne. Mené comme un contre-la-montre, « I Love You So » ne laisse guère le temps de réfléchir. Il embarque l’auditeur dans une cavalcade effrénée. Et à mi-morceau il y a ce pont fantastique. Où les saturations s’entrebriquent, où les guitares s’envolent. Un contre-la-montre qui s’achève en sprint. Un sprint interminable. Interminablement jouissif.

Noir Désir a « Tostaky », Les Thugs ont « I Love You So ». Et I.A.B.F. a bien d’autres choses encore. « Power Race » et ses hurlements de guitare, « Good Friends » et ses choeurs hystériques. Tout ceci pue le Rock’n’Roll à des kilomètres.

Cette énergie vorace, cette rage palpable (et les textes vindicatifs qui vont de pair)… Pas étonnant que Les Thugs aient tapé dans l’oeil de Sub Pop chez qui ils ont sorti leurs 3 albums précédents (ce qui au passage est quand même la classe internationale). Les Thugs auraient pu émerger à Seattle. Et non ils sont d’Angers. Soyons fiers.

Les amplis sont dans le rouge tout au long de ces 10 morceaux. Comme si un incendie s’était déclaré dans le studio d’enregistrement. Comme s’il fallait aller toujours plus vite.

La tension ne redescend qu’entre chaque piste. Ça fait court pour se remettre de ses émotions.

Les mélodies sont de qualité premium, entre punk (jamais bas du front) et power pop (toujours surpuissant). Pas étonnant non plus qu’ils aient été adoubés par Jello Biafra himself qui a distribué « Stop The War » (classe internationale bis) et produits plus tard par Steve Albini (classe internationale ter).

I.A.B.F. c’est aussi la ligne de basse démentielle en ouverture de « And He Kept On Whistling », les sifflets so cool du refrain. Quelques titres un peu à part comme « Is It The Right Way ? », totalement instrumentale hormis des choeurs évanescents qui lui donne une tonalité shoegaze. Ou « Welcome To The Club » sans chant mais avec un sample d’une dame révoltée qui « ne rentrer(a) pas là-dedans » alors que les guitares l’encerclent et font tout pour l’y pousser (là-dedans). Brillante conclusion d’un album absolument indispensable pour tout amateur de rock au sens large.

Comme souvent, le seul regret qu’on pourrait émettre est la durée relativement courte du disque. Néanmoins, il est parfois préférable d’avoir 10 titres exceptionnels, parfaitement agencés, que 12 titres dont 2 moyens*.

I.A.B.F. est peut-être la porte d’entrée la plus évidente dans la longue discographie des Thugs (à coupler avec le documentaire Come On People !). Après cela vous ne pourrez qu’être un Thug vous aussi.

 

JL

 

*d’autant que la réédition offre 7 morceaux live et deux bonus pour prolonger le plaisir.

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