Last Train – The Big Picture

Publié par le 5 septembre 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Deaf Rock/Caroline International, 13 septembre 2019)

Ah le fameux cap du deuxième album ! Classique écueil pour tout groupe qui aspire à une carrière au long cours. Voici qu’arrive The Big Picture, l’attendu deuxième essai d’un groupe français qui monte : Last Train. Précédé d’une (très) solide réputation scénique et d’un premier disque marquant (Weathering), les alsaciens sont attendus par de nombreux observateurs comme les leaders d’un rock français à nouveau fringant. Le groupe capable de réconcilier les puristes du rock indé et le public rock plus mainstream. Ajoutez à cela que le quatuor, à l’instar des gascons de The Inspector Clouzo, a choisi un fonctionnement do it yourself (du vrai rock indé quoi !) et qu’ils organisent même leur propre festival en septembre du côté de Lyon !

Avant d’aller (re)goûter sur scène l’énergie du groupe et le voir défendre la rage au ventre cet album, penchons-nous sur ces 10 titres. Superbe teasing que les 2 titres déjà dévoilés ces dernières semaines et qui offraient un bon aperçu du talent du quatuor. D’abord l’élégant et délicat « The Idea Of Someone », parfaite bande-son pour l’artwork sobre et monochrome de la pochette. Pas de fioritures, de belles mélodies, chant splendide, un peu d’électricité sur la fin. Sobre. Classe.

Derrière, « Disappointed » met sa bonne claque. Last Train balance sa spéciale : le rock urgent et rageur, qui m’évoque ici les anglais de Royal Blood. Addictif. A l’image de Weathering qui ne choisissait jamais entre rock furieux et mélodies imparables, Last Train creuse le même sillon (« Right Where We Belong »). Avec une dose plus prononcée de mélancolie cette fois-ci. L’album réserve toutefois quelques petites nouveautés comme un instrumental de piano triste (« A Step Further Down ») ou ce « Tired Since 1994 », ballade (presque) acoustique assez sublime. Intro sobre et délicate, mid tempo languissant, bribes de guitares et cette belle envolée finale avec cordes élégantes. La production, un poil (trop) lisse sur les titres les plus apaisés, ne néglige heureusement pas l’électricité plus abrasive. Dès l’inaugural et tubesque « All Alone », le son est ample, guitares en avant, on met quand même plus de volume (on se fait plaisir !) et on compte les jours avant de voir ça sur scène. L’album est solide, sans temps faible (peut-être « I Only Bet On Myself ») et même un « Scars » a priori faiblard à la première écoute finit par convaincre avec un solo inspiré. Et c’est tout ? Non, puisqu’on a aussi droit à deux morceaux de bravoure que le groupe affectionne (remember « Fragile ») et qui vont faire grimper la cote de ce disque. Avec « On Our Knees », Last Train nous refait le coup de la piste 3, comme « Jane » sur le précédent album. Le titre de 7-8 minutes que tu vas t’écouter en boucle chaque fois que tu monteras dans ta bagnole, chaque fois que tu brancheras ton enceinte portable en bossant chez toi. Le titre que tu prendras bien live, en rappel façon apothéose (je dis ça, je dis rien). Petite gourmandise, ça lorgne brillamment vers un post-rock mélodique façon Explosions In The Sky sur le pont instrumental. Même les cordes sur la fin, à la troisième écoute, je les trouve déjà moins « too much ». Frisson ! Pour finir, en guise de clôture dantesque, reste les presque 11 minutes de « The Big Picture ». La claque ! Sobriété, mélancolie déchirante, festival de guitares inspirées et furieuses, une bonne dose de cordes, le groupe impressionne sur le long format. À couper le souffle !

Va falloir s’y faire, Last Train trace sa route. Avec énergie. Avec talent. Même empreint d’une mélancolie troublante qui volerait presque la vedette à leur musique urgente, ce nouvel album confirme tout le bien que ce groupe fait au rock français. Voilà qui annonce un bel automne, avec un Lysistrata et un Mars Red Sky qui arrivent bientôt ! Le rock est mort, qu’ils disent ! Je la sens pourtant bien en ébullition, notre scène française.

Sonicdragao

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