LANE – Pictures Of A Century

Publié par le 11 juin 2020 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Vicious Circle, 19 juin 2020)

Effet collatéral de la pandémie, cette chronique a été (en partie) réécrite après l’annonce du report de l’attendu deuxième album de LANE, Pictures Of A Century pour ce mois de juin. Et au moment d’y revenir, l’artwork et le titre m’ont paru étrangement prophétiques à l’heure de la distanciation sociale devenue la norme pandémique. Comme m’est revenu en mémoire la pochette rouge sang prémonitoire de Strike, l’album des Thugs sorti en 1995 avant les grandes grèves.

Pour les néophytes, il n’est jamais trop tard pour apprendre que LANE c’est transgénérationnel et familial. Des frères (2 familles différentes, les Belin et les Sourice), un père et son fils, un mélange de deux anciens groupes de deux générations distinctes, Daria et… Les Thugs. Signé chez Vicious Circle, juste un des plus beaux labels de France au passage, le quintet LANE remet donc le couvert, seulement un an après A Shiny Day, plus beau vrai-faux come-back de 2019.

Alors forcément, chronique périlleuse car on aura souvent l’oreille qui frétille et un sourire aux lèvres au détour d’une rythmique où la basse galope derrière une batterie qui cavale. On sera toujours autant bluffé par cette science de l’électricité mélodique. Faut dire qu’un froid 12 décembre 1997, à 17 piges et pour mon premier concert ever, un (très) bon groupe angevin m’a tatoué une belle éthique de la musique qui ne m’a jamais quitté. L’objectivité de cette chronique risque donc (un tout petit peu) de souffrir. En 13 titres, LANE déroule ses fondamentaux. Il n’y aura pas de grosse révolution, c’est vrai. D’abord un premier titre lancé en éclaireur, « Voices » qui va mettre une bonne migraine à la concurrence. La spéciale, le morceau de moins de 3 minutes qui tue le game du noisy-rock mélodique (remember « Winnipeg »). Addictif. Les 4 lignes suivantes résonnent en plus de manière troublante ces derniers jours. Point de bonus.
To see the world, look at the core of your mind/No easy way to delete fakes and lies…/…To hear the world, listen to the vibes of your mind/No easy way to learn and trust a fact.”

Du pur Th… LANE, (pardon, je le ferai plus). Comme les titres court format (2-3 minutes) qui occupent un bon tiers de l’album. Joués pied au plancher, la batterie qui claque, basse en avant avec 3 guitares, ça marche toujours (« Voices » donc, « Black Gloves » et son refrain frondeur, « Sing To The Last », « Family Life », et le moins réussi « Lollipop And Candy Cane »). Ce qu’on attendait (ou pas d’ailleurs), c’est le brin de nouveauté comme sur cette intro furax de « Discovery None ». Que le groupe nous surprenne, nous emmène vers d’autres influences. À l’image de l’excellent « Life As A Sentence » qui ralentit le tempo et convoque un rock hypnotique et métronomique bluffant. French Krautrock. Quand les compos s’allongent, le groupe se laisse aller à quelques escapades instrumentales ou digressions noisy (les belles outros de « Last Generation » et « Electric Thrills », « Homicide ») qui ne sont pas pour me déplaire. Et offrent un bon équilibre à l’album. C’est solide de bout en bout et les quelques discrètes incursions de claviers sont bienvenues. Eric Sourice est toujours capable d’émouvoir comme sur le délicat « It’s Only Love » que d’autres n’oseraient pas. Il y a souvent une pointe de mélancolie, de nostalgie peut-être, dans cette voix (« So Many Loves », « Electric Thrills ») au-delà de l’énergie habituelle. Et toujours cet élan de révolte qui peut éclater au détour d’un refrain bien senti comme sur « Pictures Of A Century » qui clôture en beauté l’album. J’ai beau y être habitué, j’y suis toujours sensible.

C’est donc la constance dans la qualité que je salue à nouveau, plus que l’absence de réelles surprises. Enregistré en 10 jours, sur une console analogique, et sur un label tricolore, retour du local vs globalisation pandémique, LANE nous montre (encore) le bon chemin. Et confirme qu’il faudra (toujours) compter sur eux. 2e (très) bon album en 1 an. J’en connais un paquet qui vendraient leur âme au diable at the crossroads pour avoir la recette.

Sonicdragao

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