Kevin Morby – Singing Saw

Publié par le 17 janvier 2017 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Dead Oceans, 2016)

(Dead Oceans, 2016)

Kevin Morby trace son chemin dans la veine americana (racines de la musique américaine) en livrant de très bons albums aux ambiances folk rock qui évoquent sans conteste certains grands artistes qui ont défriché ce terrain avant lui (Bob Dylan par exemple). Mais Kevin Morby a son propre style, qu’il enrichit au fil des disques. Trois albums solo au compteur depuis qu’il a quitté les deux groupes dans lesquels il officiait auparavant : les Woods (qu’on aime beaucoup ici, cf les chroniques de With Light And With Love, City Sun Eater In The River Of Light et notre interview) en tant que bassiste jusque 2013 et The Babies, formation garage qu’il a créée avec Cassie Ramone (ex-Vivian Girls).

Sur son premier album, Harlem River (2013), dont le titre éponyme est une longue ballade mid tempo sur laquelle il pose voix et guitare acoustique, il annonçait la couleur. Rien de révolutionnaire, il laisse ça à d’autres, mais une ballade sensuelle à travers l’Amérique. Coup d’essai, coup de maître. On comprend mieux pourquoi il voulait s’affranchir des liens qui l’entravaient auparavant chez ses potes. Gêné aux entournures, il voulait voler de ses propres ailes. Quelle excellente idée !

Sans conteste son meilleur album, Singing Saw enfonce le clou. Il évoque ici les grands songwriters américains du genre, l’esprit de Léonard Cohen et de Dylan ne sont pas très loin. Dès la première chanson, la très dépouillée « Cut Me Down », le décor est planté. De sa voix grave, enveloppée de quelques arpèges de guitare et d’une batterie aérienne, « Looking For A Fire, I’m Looking To Burn » nous embarque faire un tour dans l’Ouest Américain.

« I Have Been To The Mountain », beaucoup plus enlevée, à la mélodie immédiate et imparable est pleine de colère. Hymne à la mémoire d’Eric Garner, afro-américain étranglé à mort par des policiers New Yorkais. Ce titre fait évidemment penser à de célèbres chants de révolte de grands maîtres du genre, et démontre la capacité de Kevin Morby à relever le gant, s’engager sur le terrain du combat à l’aide de grandes chansons. L’égal des grands.

La longue ballade « Singing Saw » qui donne ici son titre à l’album est une ode aux paysages sauvages de Californie, tous proches pourtant de L.A, où Kevin Morby vit désormais. Remarquable montée en puissance sur ce titre lancinant, tout en nuances, basse acoustique, percussions, piano bastringue, chant choral et la bien entendue fameuse scie musicale.

Le reste du disque est du même tonneau. Ce type est bourré de talent, et si ce disque ne contient que 9 chansons, elles sont toutes de très grande qualité. « Dorothy » aux réminiscences Velvet (Lou Reed si tu entends), et les ballades classiques aux mélodies qui s’impriment immédiatement dans l’esprit (« Ferris Wheel », « Destroyer », « Black Flowers »).

Pour refermer le disque, Kevin choisit de nous la jouer Dylan sur la géniale « Water ». « If You Find Water, Please Call My Name, Put Me Out Like A Fire, Cover Me In Rain » ce refrain hurlé à tue-tête, d’une voix nasillarde semble échappée de Blonde On Blonde. Ce titre illustre parfaitement ce qu’il aime le Kevin. Un peu de rock, beaucoup de Folk, plein de potes qui s’éclatent avec lui, de chouettes mélodies, une ambiance recueillie, presque « mystique ». Le genre qu’on écoute à la belle étoile, autour d’un feu de camp.

Au final, un grand disque, qui me laisse un regret. Comment ai-je pu le louper dans mon top ten de l’année 2016 ?

El padre

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