“Jar Of Flies” d’Alice In Chains a 25 ans. Chronique

Publié par le 8 février 2019 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Columbia, 25 janvier 1994)

C’est de notoriété publique : tout groupe de hard rock/metal se doit d’avoir au moins une power ballad. Mièvre, craignos, ou juste bien clichée, celle-ci n’est pas toujours du meilleur goût (pas besoin de citer d’exemples, vous les connaissez aussi bien que moi). Surtout quand on a un bourrin arracheur de dents comme chanteur qui soudainement se découvre un tempérament de lover, ça ne prend pas. Mais quand on a la plus belle voix du monde qui officie au micro, ce serait quand même con de se priver. En 1994, Alice In Chains met donc au placard la testostérone déployée sur les deux premiers albums et dévoile une facette intimiste (déjà révélée timidement mais brillamment sur le 4 titres Sap). Pas question ici de pondre un single sirupeux pour faire chialer les minettes. Non, Alice In Chains a beaucoup trop de classe pour se vautrer dans ce type de bassesse.

Au lieu de ça, il sort Jar Of Flies, EP de 7 titres, à dominance acoustique, qui en déboussolera plus d’un mais les affirmera pour de bon comme un groupe unique et préparera idéalement le terrain pour un Unplugged faramineux. Le ver était dans le fruit donc mais cette “Rotten Apple” n’avait de pourrie que le nom. Pensez plutôt à un envoûtement prodigué par deux voix ensorceleuses chantant à l’unisson. Le gimmick du couplet (“Hey ah na na“) nous agrippe d’emblée, les ténèbres de Dirt semblent lointaines, les arrangements sont d’une grande finesse, les solos électriques de Cantrell, subtils et raffinés…
Ce morceau se voudrait presque chaleureux (il ne l’est évidemment pas, pensez-vous).

Puis vient un chef-d’œuvre. “Nutshell”. La beauté à l’état pur. Layne Staley arracherait les larmes à un officier de la Stasi, tout son cœur est là-dedans, le nôtre se morcelle. A-t-on déjà entendu un homme aller puiser autant dans le plus profond de son (mal) être ? Sans doute, mais rarement. Et l’émotion traverse chacun de ses mots. En douce, Jerry Cantrell cale du solo mémorable. Ce morceau ouvrira plus tard l’Unplugged (le meilleur Unplugged de l’univers, faut-il le répéter) et clouera tout le monde sur place.

Bien calés dans notre cocon douillet, à l’abri des habituels coups de semonce, voilà qu’un climat jazzy s’instaure sur “I Stay Away”, soulignée par la basse imposante de Mike Inez qui signe ses débuts (remarquables et remarqués) au sein du groupe. Le ciel est dégagé mais s’assombrit peu à peu et le refrain, typiquement Alice In Chains, donne dans le poisseux et l’inéluctable. En arrière-plan, les guitares sont devenues menaçantes. Staley s’égosille sur la fin, l’intensité est montée de plusieurs crans et les violons viennent renforcer le caractère épique de la chose. C’était grand, on en redemande et nous allons être exaucés.

“No Excuses”, autre morceau phare de la discographie du groupe, est un folk plus mid tempo. Reconnaissable dès son intro de batterie martelée par Sean Kinney, mémorable pour son refrain, admirable pour son solo. Vous n’aurez aucune excuse pour snober ce titre. Et vous ne le ferez pas car vous êtes humains. “No Excuses” est sans doute le morceau le plus classique de cet EP, c’est également l’un des plus beaux.

Les guitares gémissement sur “Whale & Wasp”, les violons en remettent une couche. On se croirait invités à un éloge funèbre. Personne n’a cru bon y ajouter sa voix. C’est très bien comme ça. Le temps du recueil.

Cantrell ouvre la voie, ensuite. On ne le dira jamais assez, sa voix est une splendeur, moins unique et marquante que celle de Staley certes, mais on pourrait dire ça de n’importe quel chanteur. Il assure ici le lead de “Don’t Follow”, simplement suppléé par son acolyte sur les chœurs. Une guitare sèche, un harmonica, deux voix majestueuses, l’affaire est dans le sac. Que nenni, à 2’50 l’affaire s’emballe, Staley reprend le lead et son trône. Nous sommes à genoux, nous en voulons encore.

Mais les meilleures choses ont une fin et cette fin-là se nomme “Swing On This”. Nous swinguons donc. La (contre ?)basse mène de nouveau la danse. Le voilà LE morceau jazz de la carrière du groupe. Un groupe qui s’en sort haut la main quel que soit le terrain qu’il emprunte et conclut cette parenthèse aventureuse sans fausse note mais avec notre bénédiction et respect éternel. 

Si vous ne possédez pas cette merveille, après vous être auto-flagellé 110 fois, courez vous la procurer et optez de préférence pour le coffret qui intègre le mini EP Sap, de la même teneur. Y figurent notamment la sublime “Brother”, la fantastique “Got Me Wrong”, la géniale “Right Turn” qui rassemble rien de moins que Mark Arm et Chris Cornell (je sais pas vous, mais moi ça me rend tout chose d’imaginer tous ces gars dans la même pièce) et la très belle “Am I Inside”. Oups, je crois que j’ai cité tous les titres… Pas moyen de faire autrement.

Et ben alors, vous êtes encore là ? 

Jonathan Lopez

LIRE LA CHRONIQUE DE DIRT

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