Interview – The Madcaps

Publié par le 21 mars 2016 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

On vous parle régulièrement des groupes de Howlin Banana, et désormais on n’est plus parmi les seuls à le faire. La renommée grandissante de ce label français garage pop est tout sauf imméritée et bientôt il faudra peut-être se battre pour décrocher une interview des Madcaps.

Cette fois on a réussi, et ça valait le coup tant l’échange avec Thomas Dahyot, leur chanteur-guitariste, fut instructif et passionné.

 

« Je suis pas très bon à la guitare, j’ai aucune théorie musicale. Je vois ça comme une faiblesse qui est une force. Avec les contraintes tu écris des choses que tu aurais pas faites si tu as 50 000 possibilités… »

Brighton - 2

 

Vous venez de Rennes. Il y a une scène rock assez vivante en Bretagne, non ?

Toute la Bretagne je sais pas mais Rennes c’est certain. Surtout depuis 4-5 ans il y a une chouette émulation, des groupes qui ont démarré, d’autres qui ont suivi. Y a eu une première vague, une deuxième, là une troisième avec des petits groupes qui démarrent, des mecs qui ont 17, 18 piges. Dans le milieu un peu garage rock c’est une grosse bande de copains, ça peut être aussi pas mal incestueux, pas mal de gens ont des groupes avec d’autres gens… C’est une ville très agréable à vivre pour son côté esthétique et culturel (beaucoup de concerts s’y passent) et pas mal de groupes avec une idée de scène quelque part. Pas que du garage, même si nous forcément ça nous touche un peu plus parce que c’est notre came mais tu vas y trouver de la pop music, des choses un peu plus électroniques… C’est assez bien pourvu.

 

Tu peux nous faire un peu de name-dropping ?

Alors pour les gens de ce label, qui devient un peu un label rennais d’ailleurs, il y a les Kaviar Special qui sortent un album en avril et sont des bons copains, les Sapin qui vont sortir un album aussi, eux sont plutôt dans un espèce de country garage, les Kaviar Special plutôt dans un garage un peu plus punk. Toujours chez Howlin Banana, nous avons les Baston qui font un truc un peu plus psyché/shoegaze. Dans un registre un peu plus psychédélique les Sudden Death of Stars qui sont pas sur le même label. Y a les darrons aussi, les Bikini Machine qui ont plutôt genre 45 piges et qui eux sont ces derniers temps dans une espèce de soul music de blancs becs. Et puis les vétérans du garage, encore chez Howlin Banana : les Combomatix.

 

C’est cool ça nous fait pas mal de groupes à écouter… Pour parler un peu du petit dernier, Hot Sauce, il est super bien produit et d’ailleurs pour le coup vous aviez fait appel à un crowdfunding pour pouvoir vous payer l’enregistrement au studio Kerwax. Qu’est-ce que ça vous a permis de plus concrètement d’enregistrer là-bas ? 

Déjà ce qui était très bien, c’était d’être loin de chez soi. J’avais jamais fait ça, en 10 ans que je fais de la musique. C’était à 2h30 de la maison, donc évidemment le soir tu ne rentres pas.

Et ce qui est très bien dans ce lieu qui est très grand, un ancien pensionnat pour jeunes filles, c’est que t’as de la place pour tout. T’as une grande salle pour faire des prises où t’as des jolis instruments, t’as une salle de régie, une partie du pensionnat où habitent les gens qui bossent dans le studio et une partie pour les musiciens avec un salon, une cuisine, un dortoir… Donc on y a été pendant 10 jours et ça c’est extrêmement plaisant et ça amène une grosse cohésion.

Et puis c’est un studio qui est assez récent (ça fait deux ans que ça a ouvert) et qui est extrêmement pourvu en matériel des années 40 jusqu’aux années 70 donc y a vraiment beaucoup de choses très belles esthétiquement et puis qui sonnent !

Y a des compresseurs des années 40 de la deuxième guerre mondiale, des micros à rubans des années 50, des guitares des années 50-60, des vieux amplis, des enregistreurs à bandes, une table de mixage, on dirait un truc de science fiction des années 50 mais ça a vraiment servi, c’est le genre de truc sur lequel les Beatles ont enregistré leur premier disque. T’as une énorme table de je ne sais pas combien de pistes, un truc des années 70 sur lequel y a eu par exemple Melody Nelson enregistré…

 

Classe !

Ouais ouais, du beau monde a utilisé ce matériel et probablement des gens qu’on connait pas. Et puis surtout y a un type qui maitrise bien ce matos-là, qui a de très bonnes oreilles, c’était vraiment une très agréable rencontre. On est tellement content de comment ça s’est passé avec ce type qui s’appelle Christophe, de comment ça sonne qu’on a très envie d’y retourner et on va probablement faire ça. C’est quasi sûr, d’ici six mois environ pour enregistrer un autre album.

 

J’allais y venir, maintenant que vous avez enregistré dans un tel studio, il doit être difficile d’envisager retourner dans un truc plus basique…

Pas nécessairement, en fait. A partir du moment où t’as des chansons, ton matos… Si tu l’enregistres avec ton ordinateur ou un truc pourrave, après tu pourras un peu bricoler derrière pour que ça sonne correctement mais…

 

T’auras pas cette chaleur…

Ouais c’est sûr que là le fait d’enregistrer sur bandes, d’enregistrer avec des pré-amplis à lampes, des vieux micros à rubans ça apporte une certaine chaleur. Tu peux rentrer dans le rouge, t’as une distortion qui est très chaude, pas du tout agressive et c’est le genre de choses que tu peux pas du tout avoir avec du numérique. C’est pas forcément la « meilleure » façon d’enregistrer mais c’est une façon qu’on aime bien, on y a goûté et j’ai assez envie de refaire ça mais ça nous empêchera pas dans les années à venir de faire comme on a fait pour le premier disque, de m’enregistrer avec un 8 pistes dans notre local de répèt’, je n’exclus pas du tout ce genre de choses.

Là pour l’instant ça marche bien, on fait pas mal de concerts, on commence à avoir un peu des ronds donc on peut se permettre ça. Peut-être qu’à l’avenir on n’aura pas ces sous et on va pas faire des demandes de financement participatif sans arrêt. On l’a fait une fois, on a réussi à avoir trois milles balles, on a mis autant si ce n’est plus de notre poche pour finir le disque. Mais déjà demander une fois… moi je m’autorisais pas a priori ce genre de trucs…

 

Oui ça fait pas très do it yourself, rock’n roll (rires)

Non mais en tous les cas tu peux pas trop faire de la musique grâce à tes ventes de disques en 2016. Avec les concerts tu te fais un peu de ronds mais si tu veux enregistrer dignement dans un studio, il faut allonger un peu de maille. Là a priori en 2016, l’argent il est là et a priori y a des gens qui sont quand même prêts à mettre des tunes puisqu’on a réussi à en avoir. J’aime pas trop le côté porte à porte, VRP genre « héhé salut vous voulez pas nous laisser genre 20 ou 30 balles ». Bon après la plupart des gens ont mis 30€ et ils ont reçu un disque. Sur le coup t’as l’impression d’avoir de l’argent et puis après tu te dis « ah ba non mais en fait, faut leur renvoyer un disque y a les frais de port, mince… »

« … On en a perdu, on a fait un mauvais calcul à la base » 

(Rires) ouais ba on a ptet été trop généreux, je sais pas…

 

Il y a eu un changement de line-up tout récent dans le groupe, ça n’a pas trop compliqué les choses pour les tournées ? 

Effectivement on a changé de membres ces derniers mois. Il y en a un qui est parti vivre à Bruxelles et un autre joue aussi dans Kaviar Special et les deux groupes commencent à prendre un peu d’ampleur et il arrivait pas à jongler avec tout ça, c’est assez chronophage de faire de la musique… Donc il a décidé de quitter le groupe et ça s’est fait un peu conjointement, ces deux personnes sont partis quasiment au même moment.

Ça nous a foutu un coup au moral à moi et Bastien genre « oh merde tu viens d’enregistrer un disque, il est pas encore sorti et les mecs se cassent », c’est un peu un drôle de moment. Mais bon on s’est mis à faire de la musique avec des types qu’on connaissait et ça marche très très bien. Ça a un peu ralenti le processus habituel pour faire de nouvelles chansons… Bastien qui était à la basse s’est mis à la guitare donc tout est nouveau sauf moi qui suis resté à la même place de guitare-chant. Il a fallu un peu rôder cette affaire, faire des répétitions, que chacun ait les chansons dans les pattes. On vient de faire une tournée de deux semaines donc là je pense que c’est bon. On va pouvoir se remettre véritablement au travail, d’autant plus qu’on n’a plus de lieu de répèt’ depuis décembre donc on a mutualisé un studio à plusieurs groupes dont certains mentionnés tout à l’heure, les Kaviar Special, les Sudden Death Of Stars… Et on a quasiment fini les travaux à l’intérieur donc je pense que d’ici une semaine-dix jours, on va pouvoir investir les lieux et se remettre au boulot. Et j’ai assez hâte !

 

« Y a pas beaucoup de papiers où les mecs foutent leurs tripes sur la table. Il y en a beaucoup, c’est une espèce de resucée du communiqué de presse, t’as pas vraiment l’impression que la personne a écouté le disque. » 

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Toujours à propos de Hot Sauce, je le trouve quand même un peu plus assagi, avec moins ce côté garage, agressif, les mélodies sont vraiment au premier plan…

Je suis pas tout à fait d’accord avec ça. Parce que si tu réécoutes le premier album, y a pas beaucoup de chansons rapides, garage, un peu énervées…

 

Ouais mais un petit « High School Trouble Maker » par exemple, y avait ce côté très… « trouble maker » ! Sur Hot Sauce y a aussi ce côté très surf music, vraiment à la cool…

Oui, oui. Mais je trouve pas ça très éloigné d’un disque à l’autre, c’est assez cohérent, y a des chansons mid tempo un peu groovy, y a des ballades, des morceaux un peu plus énervés. Je trouve même que quelque part il est un peu plus énervé, c’est un album qu’on a beaucoup joué sur scène avant et qui ont eu plusieurs vies. D’abord l’écriture dans son salon, puis en salle de répèt’ puis en concert. Au bout d’un moment ça commence à devenir le produit d’un groupe. Et on a enregistré tous en live, et le fait d’enregistrer sur du matériel comme on l’a fait tu peux te permettre de vraiment rentrer dans le rouge, et que ce soit un peu énervé sans être agressif. Y a une certaine agressivité mais ronde. Peut-être que le travail d’écriture s’affine un peu. La mélodie c’est vraiment un truc qu’on aime bien, on est des gros fans de pop music, on aime bien les chansons à guitare un peu tranchantes mais on aime surtout aussi les mélodies donc y en a dans les gimmicks de guitare, dans la voix, y a beaucoup d’harmonies vocales donc c’est un peu ces deux pendants-là. Alors de là à dire que ce soit moins garage : oui, non (sourire). C’est un peu entre les deux. Mais après tu entends ce que tu veux toi !

 

Ouais c’est comme ça que je l’interprète mais je dis sans doute des conneries !

Pas nécessairement (rires). Je pense pas qu’il y ait de vérité absolue là-dessus.

 

Tu me disais que les morceaux ont finalement eu une maturité assez longue, du moins ils existaient depuis pas mal de temps avant de vraiment les coucher sur bandes…

Pas mal de temps, c’est pas non plus complètement fou, je dirais que c’est entre huit et deux mois pour certains…

 

A côté de ça, on a quand même l’impression que vous composez super vite. Comme tu disais ça a été enregistré quasiment dans la foulée du premier. Parce qu’il y a cette envie de refuser de cogiter trop sur un morceau ?

Comme on fait de la musique assez directe, c’est des morceaux simples, du couplet-refrain, un pont. On va pas faire des trucs compliqués. C’est moi qui écris la plupart des morceaux et je sais pas faire des trucs compliqués. Je suis pas très bon à la guitare, j’ai aucune théorie musicale, y a des trucs que je fais à la guitare je sais même pas ce que c’est. Non c’est vrai, sans déconner. Ça m’intéresse finalement pas tant que ça, je vois ça comme une faiblesse qui est une force, tu vois. Je pense que dans les contraintes tu t’amènes à écrire des choses que tu aurais pas fait si tu as 50 000 possibilités… Pas mal de gens disent que c’est rapide mais finalement il s’est passé quasiment un an entre l’enregistrement du premier et du second.

 

C’est un peu la moyenne des groupes garage finalement. Quand tu regardes King Gizzard ou les groupes comme ça…

En dehors de la France c’est certain. Aux Etats-Unis, ou tu parles de King Gizzard en Australie, ça c’est des mecs ultra prolifiques, ils arrêtent jamais.

 

Ils viennent encore d’en annoncer un nouveau, le dernier est sorti en novembre…

Exactement. Le précédent était une parenthèse pour l’autre qui était un peu dense à enregistrer et exigeant. Ils se sont dits « on va faire un truc différent avant de revenir à ce qu’on fait habituellement. » Moi j’adore écrire des chansons, je trouve ça trop bien. J’ai un métier qui me donne du temps pour le faire et là je dois dire que c’est un peu frustrant, ces derniers mois j’ai pas eu trop le temps, mon métier est devenu un peu plus prenant, le changement de personnel, la sortie du disque…

Là on est à peu près au moment où tout retombe un petit peu et on va avoir du temps, j’ai hâte de revenir vraiment dans le travail. On a deux chansons nouvelles ce soir et d’autres sont en gestation. Le boulot d’écriture pour le troisième album va vraiment arriver dans les semaines à venir et on a de nouvelles personnes, je vois que ça va aller vers des directions un peu nouvelles et je suis très curieux de voir ce que ça va donner…

 

IMG_8186Y a déjà eu des nouveautés avec des cuivres, du piano… C’est aussi une volonté d’aller de l’avant ?

En tout cas de ne pas faire le même disque parce que finalement si tu regardes dans les chansons  c’est pas radicalement différent. Et au sein du groupe on a Bastien Bruneau qui tenait la basse et aujourd’hui la guitare, un garçon qui écrit moins de chansons mais qui a plein d’idées et qui est très très bon sur les arrangements. On avait envie de mettre des cuivres, des pianos, pianos électriques, y a du mellotron aussi. Les trucs étaient là sur place ça aurait été trop bête de pas les utiliser. Pour les cuivres ils n’étaient pas sur place, il a fallu les faire venir mais il fallait écrire les arrangements. Je sais pas si j’aurais été capable de faire ça, peut-être en les sifflotant, mais lui sait faire ça et on a fait venir les copains. Ils ont fait des enregistrements pendant une après-midi. Et je trouve ça bien, ça amène une autre couleur à certains morceaux, t’as un spectre un peu plus large. Je me mets dans la peau d’un auditeur et je trouve ça assez plaisant d’avoir un peu de surprise, tu te dis « tiens voilà un groupe à guitare », d’un coup y a une trompette qui arrive. Moi c’est un truc que j’aime bien dans la musique, être un peu surpris mais après c’est pas non plus la grosse grosse surprise. On a une section cuivre sur un morceau, on n’a pas inventé le fil à couper le beurre.

 

Oui vous ne faites pas encore de krautrock… Tu mentionnais déjà un peu votre label Howlin Banana. J’ai l’impression que Tom, le fondateur, a un fonctionnement très DIY, il fait un peu tourner la boutique tout seul…

Oui complètement.

Et globalement le label monte quand même en puissance, fait de plus en plus de presse…

Ouais et tant mieux parce qu’il fait du super boulot, je suis vraiment fan de ce qu’il fait et très content de son travail. Ça reste DIY, et c’est aussi le travail d’un seul homme, c’est assez impressionnant l’investissement qu’il met là-dedans et les retombées qu’il y a. Pour toutes ses sorties, beaucoup de chroniques sont faites, les groupes font de plus en plus parler d’eux, ils font des tournées. Des concerts de plus en plus importants. Là on se retrouve au café de la danse…

Sur une soirée étiquetée Howlin Banana en plus…

Ouais tout à fait. Je trouve ça vachement cool d’être soutenu par un lieu comme ça qui mette en avant trois labels (Howlin Banana, Teenage Menopause et Born Bad Records, ndlr), certains plus connus que d’autres mais c’est vachement chouette de donner une espèce de carte blanche à un label mais je pense que c’est mérité parce que ses sorties sont de qualité, c’est quelqu’un qui fait du bon boulot. Tu disais que c’est un label qui fait de plus en plus parler de lui et c’est cool, forcément on en bénéficie et je pense que c’est aussi un truc qui se nourrit. Nous on essaye d’écrire des chansons, d’être assez actifs, de faire des concerts. On fait un peu parler de nous, lui il fait parler de nous, on fait parler de lui, c’est un truc un peu conjoint, ça se nourrit. C’est une chouette histoire de copains, tous les gens dans le label se connaissent et s’apprécient. C’est un peu une espèce de famille du garage rock. Donc ouais je suis très content d’être sur ce label.

 

Tu me parlais des chroniques assez récurrentes, c’est vrai vous avez même eu Les Inrocks, France Inter qui ont parlé de vous, un peu de presse anglaise… J’ai vu que vous aviez aussi relayé une chronique plutôt négative, plus ou moins la seule, assez mitigée sur l’album. Pourquoi ? Ça vous a fait marrer ou c’était dans l’idée de se remettre en question ?

Honnêtement c’est sûr que quand tu lis ça une première fois, ça fait forcément un peu mal à ton ego. Mais elle est pas si négative que ça en plus. Elle est en demie-teinte cette chronique, elle dit des trucs qui peuvent chagriner et d’autres choses qui vont dans le sens du groupe. Elle casse pas fondamentalement le groupe. Moi j’entends ce que le mec dit et y a des choses que je trouve tout à fait fondées, d’autres moins mais moi je trouve ça vachement bien des critiques négatives. Y a pas beaucoup de papiers où les mecs foutent leurs tripes sur la table. Il y en a beaucoup, c’est un espèce de resucée du communiqué de presse, t’as pas vraiment l’impression que la personne a écouté le disque, mais plutôt d’entendre une reformulation un peu aseptisée d’une phrase écrite ailleurs. Moi j’aime bien les chroniques où la personne a écouté le disque et dit fondamentalement ce qu’il pense. Que ce soit bien ou pas, tout avis est bon à prendre mais surtout s’il est sincère. Et là a priori ça avait l’air sincère donc ouais ça a raison d’exister.

 

« Depuis 4-5 ans, j’achète quasiment plus de trucs des années 50-60 parce que ce qu’il se passe aujourd’hui est ultra excitant. Je sens vraiment la vague de gens qui ont grandi avec internet et qui ont pu digérer 50 années de musique en 5-10 ans. »

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On évoquait la scène garage tout à l’heure. Au-delà de Howlin Banana j’ai l’impression que ça bouge pas mal en ce moment, qu’il y a une sorte de frémissement. Malgré tout vous restez très ancrés dans une tradition anglaise. Vos références premières c’est plutôt le swinging London, la pop sixties, c’est toujours ça que vous gardez à l’esprit ?

C’est sûr qu’en 2000 – 2010 il se passe plein de trucs. Je trouve ça ultra excitant, je suis un gros gros fan de musique et pendant très longtemps j’étais complètement coincé dans les années 50 et 60. Et je dirais que depuis 4-5 ans, j’achète beaucoup moins de trucs de ces décennies voire quasiment plus parce que ce qu’il se passe aujourd’hui est ultra excitant. Y a des très bons groupes partout dans le monde, en Europe, aux Etats-Unis, en Australie où y a une scène incroyable… Je sens vraiment la vague de gens qui ont grandi avec internet et qui ont pu digérer 50 années de musique en 5-10 ans, quelque chose comme ça. Ils en font une espèce de synthèse à leur sauce et tu sens des gens vraiment assez érudits qui ont réussi à digérer les choses et les ressortir d’une autre façon et ça c’est vachement cool.

Pour ce qui nous concerne, je suis effectivement un gros fan des années 60. Forcément on se refait pas, j’ai grandi là-dedans, depuis que j’ai 8 ans j’écoute ce genre de trucs donc ça sort un peu comme ça mais y a pas de réflexion derrière genre « je vais faire un truc rnb anglais 64 ». Absolument pas. Ça doit s’entendre parce que c’est le genre de trucs qu’on écoute, mais pas que ça. Dans les 4 personnes qui seront sur scène tout à l’heure y a un gros gros panel qui va du jazz au metal et dedans y a la pop anglaise, le garage rock, la soul music, le rythm’n blues, de l’afrobeat, des trucs asiatiques… Je sais pas si tout s’entend là-dedans mais y a forcément des bouts de trucs…

 

J’ai un peu de mal à percevoir le côté metal mais ptet que ça viendra (rires)

Là c’est tout nouveau, le bassiste joue aussi dans un groupe de metal. Je sais pas s’il portera sa veste en jean avec des clous et des patchs de metal mais sinon je pense pas que ça s’entendra franchement dans son jeu parce que c’est aussi un gros fan de pop anglaise…

 

Pour parler un peu des formats des albums, vous faites l’effort de sortir des versions vinyles et même K7. Ça se vend ça ou c’est avant tout un kiff perso ?

Pour ce qui est de la K7, c’est assez récent et y en a vraiment pas des masses qui sont sortis. Je sais même pas dans quelle mesure elles sont vendues mais de tous les copains qui ont des K7 je sais qu’ils les vendent parce qu’il y a pas mal de gens qui vont à des concerts, qui n’ont pas forcément beaucoup d’argent et achètent ça plutôt pour l’objet. Je suis pas sûr que beaucoup qui en achètent ont les lecteurs K7 mais pour le côté un peu fétichiste, c’est un peu mieux que sur l’ipod ou le téléphone.

Pour ce qui est du vinyle, j’écoute de la musique quasiment que sur ce format. Il y en a beaucoup chez moi, depuis que je fais de la musique je sors toujours tout au format vinyle. Quand tu fais le genre de musique qu’on fait, ce serait un peu débile de pas le sortir en vinyle. Surtout quand t’as enregistré sur du matos analogique des années 40-50…

 

Vous devez même vendre plus de vinyle que de CD non ?

Et bien détrompe toi. Tout le monde n’a pas de platine vinyle et la grosse grosse blague c’est que ce sont les jeunes qui achètent des vinyles et les gens qui ont grandi avec, c’est rare qu’ils en achètent. C’est d’ailleurs pas forcément des gens qui achètent des CD au quotidien parce que finalement quand tu discutes avec tonton, tata et compagnie, tu leur demandes « c’est quand la dernière fois que t’as acheté un CD ? », ils sont même pas capable de répondre, ils s’en souviennent plus. Mais voilà c’est un objet, ils peuvent le mettre dans leur voiture, dans leur cuisine, parce qu’il y a encore un lecteur CD à la maison. Et c’est moins cher et les gens qui achètent des CD sont un peu plus nantis, c’est pas des jeunes de 20-30 piges qui ont un SMIC+. Ils peuvent se le permettre.

En tout cas, le dernier album est sorti en janvier – c’est de toutes petites économies hein, on est un groupe très très indépendant, y a 500 vinyles qui sortent, 500 CD – et on a écoulé plus de CD sur la tournée que de vinyles. On a dû en vendre une centaine, c’est pas gigantesque mais en tout cas on en a vendu plus que des vinyles. Pas tellement mais un peu plus.

 

Ça va peut-être venir parce que les courbes ont des trajectoires assez opposées, le vinyle continue de grimper… 

Oui mais après faut voir les proportions. C’est une courbe ultra ascendante et quasi exponentielle pour le vinyle mais en termes de chiffres c’est un pourcentage minime de l’industrie du disque.

 

« Les Beatles faisaient partie des premiers mecs qui étaient dans la régie à dire ce qu’ils voulaient. D’habitude c’est l’ingénieur du son qui faisait le boulot. Eux se sont dit « nous on a le droit, c’est quand même nous les artistes, on va décider de comment ça sonne. » Ce qui est quand même ultra logique ! »

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Et tu évoquais le problème à demi-mot, il y a beaucoup de jeunes qui ont envie de s’y mettre mais ça reste hyper cher, souvent abusé même…

Surtout depuis deux ans ça a grimpé franchement, avant tu pouvais trouver des trucs à moins de 20 balles, aujourd’hui à part les Born Bad ou Howlin Banana, t’en as pas (rires).

 

Et si tu veux la belle réédition des Beatles, tu mets 30-40 balles !

Là c’est complètement abusé parce que leur disque a été payé et repayé, les mecs ont eu des royalties à fond la caisse. Pourquoi t’as Sgt Pepper’s vendu à 29€ ?!

 

Alors que tu peux le trouver avec un peu de chance à 10 balles en brocante avec un meilleur son…

Plus difficilement maintenant parce que le dernier ou avant dernier remastering des Beatles où ils ont fait toute leur discographie, ils ont fait du super boulot et ils l’ont fait en mono. Parce que tous les disques des années 60 ont des stereo complètement zinzin parce que c’est le début de la stereo, ils s’amusaient à faire des trucs mais c’est les disques des années 60 qui ont été réédités après. Mais quand c’est sorti à l’époque tous les disques des Beatles, Revolver, Sgt Pepper’s… sont sortis en mono. Ça faisait partie des premiers mecs qui étaient dans la régie à dire ce qu’ils voulaient, comment ils voulaient. La plupart des groupes faisaient leur musique et c’est l’ingénieur du son – un vrai « ingénieur », habillé avec sa blouse blanche – qui faisait le boulot. Eux avaient rien à foutre là-dedans. Mais comme c’était la poule aux oeufs d’or, ils se sont dits « nous on a le droit, c’est quand même nous les artistes, on va décider de comment ça sonne. » Ce qui est quand même ultra logique (rires) ! Ça l’était pas à l’époque. Donc ils participaient énormément au mix mono et une fois que c’était fait, ils rentraient chez eux et l’ingénieur du son faisait le mix stereo. Ils en avaient rien à foutre. Donc ce qui est important pour ces disques-là, c’est comment ça sonne en mono. Là c’est vraiment la grosse discussion de geeks… (rires)

 

(Rires) Oui tout le monde va décrocher mais c’est pas grave, on est passionnés ! Pour rester sur le côté industrie du disque j’ai vu que vous exhortiez aussi les gens à acheter via votre bandcamp. C’est un réflexe que le public a du mal à acquérir pour le moment ?  

Ça dépend des sphères. Les gens qui vont dans des endroits comme la mécanique ondulatoire ou l’espace B et qui écoutent les groupes qu’on a cités, c’est des gens qui sont habitués à aller sur des plateformes indépendantes de type Soundcloud ou Bandcamp mais c’est pas connu du grand public. Et quand t’as des gens qui sont pas habitués à ça, leur réflexe c’est d’aller où ils vont habituellement donc ça va être iTunes, Deezer, Spotify, la Fnac, Amazon et compagnie… Ils ne sont pas forcément au courant. Quand on balance un message comme ça en disant « achetez sur notre bandcamp, l’argent nous revient directement », combien de personnes on touche je sais pas ? C’est très bien d’être disponible sur tous types de plateformes, comme ça les gens tapent ton nom et te trouvent facilement. C’est vachement bien parce que j’ai plein de copains qui font de la musique et les gens vont là-dessus, ils trouvent rien. Pour eux ça n’existe pas. Donc là t’es référencé, par contre en termes de tunes, tu touches rien ou vraiment que dalle. Notre premier disque sorti y a presque un an, on n’a toujours pas eu une thune. Et Tom nous dit : « vous allez en avoir mais ça va être des clopinettes »…

 

Vous avez quand même des chiffres, vous savez que vous avez été pas mal écoutés via ces plateformes mais que ça rapporte rien ?

J’ai vu seulement des chiffres accessibles à tous. A la fin du mois de janvier, on était genre le 40eme album le plus téléchargé sur iTunes mais qu’est-ce que ça veut dire ? Combien de fois ? Forcément t’as Rihanna, Beyoncé et compagnie en numéro 1.

 

… Et vous juste derrière ! (rires) 

Pas juste derrière mais ça veut dire qu’il y a combien, 5 personnes, 10, 20, 100, 200 ? J’en sais rien du tout…

 

En tout cas, c’est un beau chiffre à mettre en avant ! (Il se marre). Pour conclure, ça n’a un peu rien à voir mais… C’est quoi votre trip mexicain et votre passion pour les tacos (cf le clip de « Taco Truck ») ?

Et bien moi, j’ai beaucoup de choses qui me passionnent dans la vie. J’aime particulièrement la nourriture. Et en l’occurrence beaucoup la nourriture mexicaine. C’est un truc qui remonte à depuis que je suis tout gamin, la bouffe mexicaine que je mangeais à la maison faite par maman, les fajitas du salon c’est très éloigné de ce que c’est réellement mais ça me plaisait déjà énormément quand j’étais petit. Et en voyageant – pas au Mexique car je n’y suis pas encore allé – mais aux Etats-Unis et particulièrement en Californie où y a une grosse communauté mexicaine, tu peux bouffer des trucs absolument dingos, et notamment des tacos. C’est pas du tout de la junk food pour le coup, c’est super bon, plein de fraicheur, c’est piquant, parfumé et ça coûte que dalle. C’est ultra frustrant quand t’as goûté ça de… Enfin à Paris y a un peu plus de choix, genre El Nopal qui est pas trop trop mal, pas très loin du Point Ephémère, je sais pas si vous connaissez ?

 

Non mais on échangera les adresses à la fin !

Moi je suis pointu sur la bouffe mexicaine ! A Rennes, par exemple, bouffer mexicain, c’est inintéressant. C’est du gros tex-mex avec des tacos rigides, pas piquants pour un sou, c’est pas frais, c’est vraiment nul à chier (rires). Donc la seule façon de pouvoir assouvir ses besoins et envies c’est de se le faire soi-même donc ouais cette chanson est écrite sur l’idée d’avoir une envie gigantesque de bouffe mexicaine et… Pfff, mince y a rien autour, je peux pas… Donc c’est ultra frustrant (rires) !

 

Donc le rêve ultime c’est de faire une tournée au Mexique ?!

Je pense qu’on en aurait ras le bol au bout d’un moment… Quoique je pense que je pourrais bouffer des tacos tous les jours, c’est trop bien ! Et tu peux en manger plein différents. Ouais c’est bien cool, un peu de citron vert, de la coriandre, du porc mariné, de l’ananas… (rires)

 

Arrête tu nous donnes faim… (rires)

 

Entretien réalisé par JL, photos ET

Merci à Tom de Howlin Banana

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