Interview – Saul Williams

Publié par le 18 avril 2016 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

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C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de rencontrer Saul Williams. Et en ce dimanche 27 mars, jour d’un concert à La Manufacture 111 (Paris), j’ai craint que l’opportunité ne me passe sous le nez. Des balances qui s’éternisent, l’heure du show qui se rapproche dangereusement et une interview finalement reportée à l’après-concert…

Mais le poète, rappeur, slammeur, acteur, activiste, écrivain (ça va ou je continue ?), auteur d’un dernier album très convaincant, est un homme de parole. Et, bien que légitimement éreinté par un concert d’une intensité folle, il a continué à donner, à se livrer sans filtre mais avec passion.

Interview d’un homme qui rappe plus vite que son ombre mais qui, face à un interlocuteur, pose le jeu.

 

« La politique ? Je pourrais peut-être y songer à nouveau quand j’aurai 70 ans. » 

 

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© Geordie Wood

Je t’ai vu jouer à l’Elysee Montmartre il y a 11 ans et j’avais été très impressionné, presque hypnotisé par ton charisme, ta présence scénique. J’avais l’impression que tu étais quasiment en transe par moments… Tu arrives vraiment à te retrouver dans ce genre d’état ou tu es juste un très bon acteur ?

C’est toujours le but. C’est ce qui m’intéresse quand je suis sur scène, ou même quand je joue dans un film. Le moment idéal c’est quand tu oublies que tu joues. Tu deviens le personnage. Tu as pas mal de choses en tête durant un concert, mais avec un peu de chance tu parviens à oublier tout ça parce que tu es dans ton truc (« in the zone »). Et sur scène, tu es aidé par la musique. Sa présence peut t’aider à oublier tout ça. Je ne dirais pas que je fais l’acteur sur scène, bien sûr c’est difficile d’être dans cet état au début du concert mais il est rare que je finisse le concert dans le même état que quand je l’ai commencé.

 

C’est plus facile avec un public vraiment concerné ?

Oui bien sûr mais ça ne dépend pas de ça. Si le public est bizarre, s’il y a peu de monde, je pourrais atteindre cet état de transe plus tôt. Parce que c’est alors la seule chose sur laquelle je peux m’appuyer. C’est toujours l’objectif. Sinon si ça devient mécanique, ce n’est pas aussi amusant.

 

Tu y es parvenu ce soir ?

J’ai passé un bon moment ce soir. Le son n’était pas comme je l’aurais souhaité, il était peu puissant. Mais l’énergie du public était forte. J’ai ressenti cette sensation oui, notamment quand j’étais au centre de la salle bien sûr (Saul a joué plusieurs morceaux au milieu du public, invitant une partie de la salle à inverser les rôles, en allant sur scène tandis que lui se mêlait au public ndlr).

 

Je me rappelle qu’un ami avec qui j’étais au concert (qui ne parle pas très bien anglais) m’avait dit que tu étais si convaincant quand tu parlais que tu devrais être candidat à la présidence !

(Il se marre)

Tu y as déjà réfléchi ? 

J’y pensais quand j’étais plus jeune. C’était dans un coin de ma tête, maintenant j’ai mis ça de côté. Je suis trop impliqué dans les arts maintenant. Je pourrais peut-être y songer à nouveau quand j’aurai 70 ans. Comme Bernie Sanders. Quand j’aurai 75 ans, je pourrai me dire (il prend une voix de vieux) « Ah! Peut-être que c’est le moment » (rires)…

 

« Maintenant que j’ai tout vu« …

Oui ! Si ça devait m’arriver, je préfèrerais quand je serai vieux, dans 30 ans…

 

Ok on verra ça… Quand tu écris tes textes c’est quoi ton inspiration principale ? Les gens que tu rencontres, les infos que tu lis… ?

Tout ça oui, les conversations, les trucs que je lis, auxquels je pense. Beaucoup de conversations…

 

J’ai lu que pour « The Noise Came From Here », tu venais d’assister aux manifestations de Ferguson…

Je crois que pour « The Noise Came From Here », ce n’était pas à Ferguson mais à New York (le clip, lui, se déroule dans les rues de Ferguson, d’où le micmac ndlr). Je crois que c’était pour Eric Garner, le « I Can’t Breathe* ». Il y a deux morceaux que j’ai écrits après des manifestations. En rentrant des manifs, je rentrais et écrivais avec toute l’énergie accumulée. « The Noise Came From Here », où j’étais bien plus conscient de ce que je voulais écrire et « Ashes », où je suis rentré, j’étais excédé…

 

Et il fallait que tu l’écrives…

Oui !

 

J’imagine que Public Enemy et d’autres groupes de rap très engagés politiquement ont été tes plus grosses influences au début… (Il fait non de la tête) Peut-être pas (rires).

Pas au début. Mais continue…

 

Il y a des groupes de rap que tu apprécies qui ne sont pas spécialement engagés ou le genre doit-il rester revendicatif selon toi ?

C’est ce que je veux dire. Il y a une incompréhension autour de Public Enemy. Je ne serais sûrement pas en train de parler de Public Enemy s’il n’y avait pas eu le Bomb Squad (l’équipe de production du groupe ndlr). Sans la production musicale qu’avait Public Enemy… Il y avait beaucoup d’autres rappeurs intelligents politiquement mais Public Enemy avait un son. Du bruit, de l’agressivité…

 

Il faut les deux aspects.

Non il n’y a pas besoin des deux. Il y a des tonnes de rappeurs que j’adore qui n’ont rien à dire. J’adore Young Thug, par exemple. J’aime Odd Future, j’adore Earl Sweatshirt. OK j’apprécie certains de ses textes mais c’est aussi son flow. Mon premier rappeur préféré était LL Cool J, il n’a jamais été engagé politiquement. Mais j’aimais la production de Rick Rubin, et j’aimais sa façon de rapper. Ça ne doit pas être nécessairement politique, c’est un mélange entre les beats, la musique et la voix.

Quand je dansais dans les clubs, avec Public Enemy j’ai trouvé que le beat était incroyable ET les textes t’amenaient plus haut. Tu pouvais passer une nuit géniale sur le dancefloor et prêter attention aux textes. J’ai compris que la formule indispensable était de faire ça avec son coeur… C’est le cas du Wu Tang, il y a plein de leurs trucs où on sent qu’ils ont mis leur coeur dedans. C’est vraiment authentique.

Avec le hip hop, je ne vais pas simplement m’asseoir et dire « oh oui, ce qu’il dit est cool ». J’écoute Gang Starr, Guru est inteligent ok mais Premier est un beatmaker d’enfer…

 

« Sur le premier album, Thief Dawg chantait sur quatre morceaux et on se disait « tiens je sais pas trop ce que vaut ce mec » et puis Low End Theory est sorti, et là on s’est dit « PUTAIN DE MERDE ! » ! »

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Puisqu’on parle de groupes rap importants, Phife Dawg est une perte énorme. A Tribe Called Quest, c’était très important pour toi ?

Oui, très important. J’adore tout le collectif Native Tongues. J’étais à fond dans De La, puis Tribe (De La Soul et A Tribe Called Quest ndlr), j’aime aussi beaucoup les premiers Jungle Brothers, j’adore les Leaders of the New School. Je suis un gros fan de Native Tongues. Ce qui est cool à propos de Phife, c’est qu’on l’a vu éclore. Sur le premier album, il chantait sur quatre morceaux et on se disait « tiens je sais pas trop ce que vaut ce mec » et puis Low End Theory est sorti, et là on s’est dit « PUTAIN DE MERDE ! » ! Je me rappelle très bien de la première fois où j’ai entendu cet album… L’album démarre déjà puissamment mais quand t’arrives au deuxième morceau, c’est dingue ! Phife était très subtil et hyper cool. Et je connais aussi sa mère, parce qu’elle était poète, une prof d’anglais. Je l’ai rencontré à des lectures de poème.

 

Une sacrée famille ! Tu es aussi très connecté avec le rock, tu as samplé Rage Against The Machine, tu as travaillé avec Zack De La Rocha, Trent Reznor, tu viens d’emprunter un lyric à At The Drive-In**, tu as beaucoup d’influences diverses, de genres variés… Tu regrettes que la plupart des rappeurs ne soient pas très cultivés musicalement, qu’ils ne piochent pas suffisamment dans tout ce que la musique a à offrir ?

Non, ce n’est pas quelque chose que je regrette. Ce n’est pas ce que je vais critiquer sur un morceau. Des mauvais lyrics par exemple, oui… Mais je ne suis pas fâché contre le manque de références. Mais c’est vrai que si je devais conseiller un rappeur, je pourrais lui dire « tu sonnes comme si tu n’écoutais que du hip hop », et parfois c’est évident. Mais je faisais les mêmes reproches aux premiers Lady Gaga. Je me disais « elle est bourrée de talent, ce serait bien qu’elle ait de meilleures références », et maintenant je la vois chanter des trucs musicaux et je trouve ça cool. Au début je me disais qu’elle devait enrichir ses goûts musicaux. J’ai compris qu’elle aimait Madonna, mais ça n’allait pas plus loin. Je trouve que les meilleurs groupes hip hop, et notamment dans les 90s avaient des références éloquentes.

 

Oui, je pensais surtout aux rappeurs d’aujourd’hui.

Mais ça ne m’énerve pas parce qu’il y a toujours de l’inventivité. J’adore le drill rap par exemple, le Footwork, il y a beaucoup de bons rimes…

 

C’est quoi le futur qu’on peut envisager pour le rap ? Le rap noisy ?

Il y en a déjà, Death Grips, Blackie que j’adore. C’est un de mes artistes noise préférés en ce moment. Ça existe, c’est là. Je suis sûr qu’il y en aura de plus en plus. Mais je ne suis pas énervé contre ceux qui n’ont pas beaucoup de références, bien sûr les trucs un peu pop, bon c’est pop… Mais il y a des gens intéressants, des trucs un peu bizarres comme Gonjasufi ou Odd Future. Kendrick (Lamar) et ses références un peu jazz, il y a du nouveau là-dedans aussi. C’est vrai que si les gens écoutaient plus de trucs ça pourrait améliorer ce qu’ils font… Il y a des trucs que je trouve très banals mais il y en a de supers originaux et intéressants… et aucun n’a de bons lyrics ! Mais c’est excellent ! (rires)

 

On s’en fout maintenant des lyrics ! (rires)

Non, comme je te l’ai dit, ça a toujours été le cas pour moi ! Je mets les lyrics de côté, tu aimes ce que je dis, alors tu aimes ce que je lis. Mais ce que j’écoute, c’est autre chose. Je connais énormément de rappeurs qui ont de supers trucs à dire mais il n’ont pas de bonnes façons de le faire. Je préfère écouter quelqu’un qui n’a rien à dire mais qui le dit de façon géniale, comme Propject Pat de Three 6 Mafia. (Il le chante) Je l’écoute toute la journée parce qu’il a le flow ! Young Thug aussi, alors qu’il n’a rien à dire mais (il chante encore) c’est pareil je peux l’écouter non stop ! Ça a toujours été comme ça, De La Soul était très expérimental, ils ont ajouté du jazz, etc. Je comprends ce que tu imagines que je suis mais ce n’est pas moi du tout ! Je n’en veux pas aux gens de ne pas être comme moi ! (rires)

 

Et tu aimerais collaborer avec Lady Gaga ?! Je ne savais pas que tu aimais !

Je l’adore ! Oui, ce serait top.

 

Demande lui ! Bon, parlons un peu du nouvel album. MartyrLoserKing est évidemment une référence à Martin Luther King et tu dis de façon plus générale que ça englobe ceux qui ont donné leur vie à un mouvement, une cause ou au service de l’humanité. Tu penses à qui d’autre qui appartient à cette catégorie ? Les lanceurs d’alerte ?

Des gens comme Benazir Bhutto, au Pakistan. Ce ne sont évidemment pas forcément des gens qui sont morts, je pense aussi à Chelsea Manning, Edward Snowden, qui ont fait des choix forts. Je pense que Snowden ne s’attendait pas à être en vie ou à éviter la prison. Il ne devait pas penser qu’il arriverait à rejoindre la Russie.

 

Oui, il savait qu’il serait seul face à ça…

Oui, et Chelsea Manning je pense qu’elle savait clairement qu’il y aurait des ramifications, mais elle l’a fait quand même. Ce sont des choix forts. Et il y a des gens inattendus comme Michael Brown qui est mort ou Malala (Yousafzai) qui est vivante. Malala s’en est sortie genre « rien à foutre, je suis le dalai lama » (rires). Elle est incroyable ! Je pense aussi à Thomas Sankara…

Quand j’étais en Turquie, j’ai rencontré des kurdes qui sortaient tout juste de prison mais essayaient de rester actifs et résistants. Il y a ceux qui ont consacré leur vite à un engagement et ceux qui sont devenus engagés parce que quelque chose les a affectés. Le personnage que j’ai créé, MartyrLoserKing, est un hacker, ce n’est pas un activiste, c’est comme un hacker grey hat***, il fait des trucs marrants et des trucs à la Robin des Bois… Ce sont les types de personnes auxquelles je pense, mais il y en a bien d’autres.

 

Cette catégorie peut inclure des artistes, comme David Bowie par exemple ? Même si ça n’a rien à voir avec la politique mais ne serait-ce que pour l’exemple qu’il a montré, et prouvé par exemple que tu pouvais être cool en étant bizarre ?

Exactement ! David Bowie est dedans ! Banksy aussi. Bowie ne montrait pas simplement qu’on pouvait être bizarre, mais aussi spontané, poser des bases et montrer l’exemple. Mais ce que fait Banksy est aussi incroyable. C’est un phénomène.

 

Sur certains textes, j’ai le sentiment que la rage parle avant la poésie… Quand tu dis « Fuck you understand me« , « dancing on the corpses’ ashes » ou un morceau comme « Down For Some Ignorance »… Tu continues à combattre l’injustice, à essayer de répandre un message, à dénoncer l’horreur, tu soutiens activement Bernie Sanders… Te sens-tu parfois désespéré, ou du moins frustré, de voir tout ce qui se passe dans le monde, genre « il n’y a rien à faire… pourquoi je me bats ?! » ?

Oui, oui tout le temps. J’éprouve toujours ce sentiment. Mais mes textes ne sont que le reflet de ce qu’il se passe dans ma tête, il n’y a pas de filtre et c’est ce que j’aime dans la musique. La musique, le métier d’acteur, ce sont des vecteurs puissants. Je vis ces frustrations mais la créativité c’est ce qui me permet de respirer et la plupart de mes écrits sont des messages pour moi ou ce que j’aimerais entendre.

 

A l’inverse t’arrive-t-il que des gens viennent te voir pour te dire que tu leur as ouvert les yeux, que tu leur as été utile dans le cheminement de leur conscience ?

Oui. Ça a débuté avec la poésie. Pas seulement ça mais le plus fréquent c’était « merci d’articuler quelque chose que j’essayais d’articuler et sur lesquelles je n’arrivais pas à mettre de mots. » C’est ce que j’entendais régulièrement au début quand j’ai débuté la poésie. Je me suis approprié cette idée : « articuler un truc auquel on pense tous ».

Je me rappelle quand je travaillais sur « Not In My Name » en 2003 j’ai décidé de le sortir en vinyl car je me disais « les DJs ont besoin de passer quelque chose qui correspond à ce qu’ils pensent. » Je sais que certains DJ étaient dans l’état d’esprit « Not In My Name », et que s’ils avaient l’opportunité de relayer cette idée, ils le feraient ! Les gens ont besoin de pensées bizarres, alors j’essaie de subvenir à leurs besoins !

(Des fans nous interrompent et montrent toute leur admiration à Saul Williams. Il les remercie, en français)

 

« Ma frustration avec Obama c’est qu’il n’a pas été un dictateur pour la gauche. C’est ce qu’on voulait après Bush, un dictateur de gauche. Mais il a été diplomate… »

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© Geordie Wood

 

La présidence d’Obama s’approche de son terme. Je suppose que tu faisais partie des enthousiastes quand il a été élu, maintenant tu es dans le camp des déçus ?

Mon enthousiasme quand il était candidat était dû au fait qu’il faisait ce que j’espérais. Il disait ce qu’on avait besoin d’entendre, « cette guerre, c’était des conneries », avec l’impression qu’il le pensait vraiment…

 

Ton enthousiasme n’avait rien à voir avec le fait que c’était le premier président noir ? C’était un symbole fort !

C’était COOL ! Mais Jesse Jackson qui lui était opposé, est noir aussi… mais il est républicain. Plein d’idées de merde ! Obama n’était pas seulement noir, il était le meilleur candidat. Mais c’était cool que le meilleur candidat soir noir !

Ma plus grande déception est aussi due au blocus constant, auquel personne n’avait dû faire face dans la politique américaine. Auparavant jamais l’ensemble des républicains disaient « surtout pas ça, NON ». Tout le monde dit non ! Avant c’était des choix individuels au congrès, au sénat. Cette fois, tout le monde disait « rien à foutre de ce qu’ils veulent, on vote tous non ». Donc c’est difficile de juger car c’est incroyable… Mais ma frustration avec Obama c’est qu’il n’a pas été un dictateur pour la gauche. C’est ce qu’on voulait après Bush, un dictateur de gauche. Mais il a été diplomate…

 

C’est possible de faire ça aux Etats-Unis ?

Avec ce qu’il s’est passé, maintenant c’est le moment pour Bernie Sanders. Bernie Sanders est un candidat beaucoup plus prometteur qu’Obama ne l’a jamais été. Sanders est COMPLETEMENT TARÉ ! (rires) Etre socialiste, c’est déjà fou aux Etats-Unis ! Sanders c’est quasiment comme comme si Noam Chomsky était candidat à l’élection, c’est complètement dingue !

 

Et c’est fou aussi qu’autant de gens votent pour lui !

Tout à fait, c’est incroyable ! Ce moment est génial, je pense que c’est dû à la présidence d’Obama. Obama est plutôt centriste. On sentait tous depuis le début, qu’il pourrait parfois dire « rien à foutre ! », on l’aimait bien quand il racontait des vannes… Mais dès qu’il a dit « je suis un chrétien », j’ai pensé « ok c’est de la politique ». On sentait que c’était un truc de politicien. C’est pour ça que Bernie est génial, il dit « rien à branler ! », il est bien plus radical… Il y a beaucoup de raisons légitimes d’en vouloir à Obama, il a continué la guerre, les drones, Guantanamo… J’imagine qu’il était parfois frustré lui-même et devait parfois penser à envoyer se faire foutre tous les républicains. Je crois que personne ne réalise ce que signifie être diplomate à ce niveau, de devoir écouter tout le monde… C’est pour ça que je ne peux pas être candidat ! Sur scène, je ne suis pas comme ça, mon groupe n’est pas une démocratie ! C’est comme James Brown « allez vous faire foutre, on fait comme ça ! » mais en tant que président tu dois dire « oh tu veux jouer du clavier ? OK on va s’arranger… ». Ça doit être très compliqué. Mais Obama n’a jamais été à gauche, c’est un centriste. Donc on est frustrés, on voulait un dictateur de gauche !

 

En Europe, et particulièrement en France, on vit une période très difficile avec cette peur omniprésente, une montée générale de la haine de l’autre, des communautés divisées, le Front National très haut… Selon toi, quelle est la meilleure façon de réagir face à ça et d’enrayer cette spirale très négative ?

Peut-être que tout le monde devrait se convertir à l’Islam ! (il éclate de rire) Il faut dire “on emmerde la peur” ! Il ne faut pas se tromper, ce jeu de la peur n’a pas débuté avec le terrorisme actuel, mais avec l’impérialisme américain. Avant cela, il y a eu les Chrétiens, il y a toujours eu cet usage de la peur, pas uniquement par les religions, mais les gouvernements eux-mêmes. En ce moment on parle du Moyen-Orient, mais ça a démarré avec le gouvernement, Israël par exemple, que ce soit justifié ou non. Il ne faut pas évoluer dans un contexte de peur, mais dans un contexte d’amour et d’espoir. Ce mur que Trump veut construire…*** Il existe déjà ! Il nous faut trouver un moyen en tant qu’humains de briser ce mur, de casser les frontières… Le seul moyen est d’ignorer la peur en nous, individuellement et collectivement. C’est un énorme travail.

Je ne veux pas me focaliser sur le terrorisme, parce qu’on en a toujours entendu parler, comme si des pubs nous rabâchaient « vous savez qu’il y a des terroristes ?! C’est pour ça qu’il faut voter le patriot act ! », etc. C’est de ces conneries qu’il faut avoir peur, il faut mettre en place un espace humanitaire centralisé dans le monde entier. C’est la seule façon de reprendre la main sur les endroits où nous détestons ce qu’il se passe, on ne peut pas leur tirer dessus, les bombarder. Tout ce qu’il faut faire, aussi cliché que ça paraisse : répandre de l’amour ! C’est tout ce qu’on peut faire. Mais je comprends, j’étais en Belgique, à Anvers quand c’est arrivé, et à New York quand c’est arrivé à Paris et je me suis dit “ok quelques mecs tentent de répandre la peur… » Mais c’était le cas avant, il y a eu Bush et tous ces enculés du gouvernement qui ont essayé de s’appuyer sur la peur des gens, on emmerde tout ça, on emmerde la peur !

 

Interview réalisée par JL, photos ET et Geordie Wood

Un grand merci à Emmanuel Lartichaux d’avoir organisé cette interview.

 

*Eric Garner est mort d’étranglement et aurait répété à plusieurs reprises au policier « I can’t breathe » (« je ne peux pas respirer »). Cette phrase a ensuite été scandée à maintes reprises lors des manifestations qui ont suivies.

**Sur « The Noise Came From Here », Saul répète à plusieurs reprises « Dancing on the corpses ashes », emprunt au morceau « Invalid Litter Debt » de At The Drive-In.

***Dans le monde informatique, « grey hat » (« chapeau gris »), désigne un hacker qui agit parfois avec une éthique (« white hat »), parfois non (« black hat »).

****Trump souhaiterait construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique afin d’empêcher l’immigration clandestine.

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