Interview – Night Beats

Publié par le 15 février 2016 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

Night Beats a le vent en poupe en 2016. Récemment signés chez Heavenly Recordings, ils viennent de sortir un enthousiasmant troisième album, Who Sold My Generation, produit par Robert Levon Been des Black Rebel Motorcycle Club.

Fin janvier, nous avons pu rencontrer les Night Beats avant un concert fiévreux devant une Maroquinerie comble. Malgré des conditions pas toujours idéales, de nombreux sujets ont pu être abordés.

Si le dernier album et la scène psyché étaient forcément incontournables, nous avons pu constater qu’ils avaient aussi des choses à dire sur la politique, David Bowie… et Star Wars. Interview.

 

« Ce qu’Elvis faisait peut être considéré comme psychédelique, Chuck Berry, Little Richard… A partir du moment où tu ouvres une nouvelle porte, empruntes un nouveau chemin… »

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Vous jouez régulièrement à l’Austin Psych Fest, devenu le Levitation. Qu’est-ce que ça vous fait, vous qui venez d’Austin, de participer à cette grande mecque de la musique psychédélique ?

Lee Blackwell (chanteur – guitariste) : il y a beaucoup de bons groupes dans ce festival, beaucoup de gens qui font tourner le truc. Ouais c’est un plaisir de s’y rendre.

Jakob Bowden (basse) : C’est un honneur de le voir grandir. La première fois qu’on y a joué c’était à cet endroit appelé le Mohawk, c’était sa troisième année. Maintenant ça ne cesse de grossir, il y a Brian Wilson cette année… Ouais c’est un super festival, on a beaucoup de chances de pouvoir y participer.

 

Cette année vous n’y serez pas ?

Jakob : on fera une pre party cette année, trois jours avant.

 

Malgré tout vous ne vous considérez pas comme un groupe psyché. Pourquoi, parce que vous revendiquez une appartenance à plusieurs genres ou vous en avez simplement assez d’être étiqueté, mis dans des cases ?

Lee : à un moment donné il faut accepter la façon dont les gens t’appellent. Nous on fait juste notre truc… Le terme psychédélique a été beaucoup utilisé à tort, ça existe depuis tellement longtemps c’est compliqué de le définir vraiment. Ça peut déteindre un peu partout. Ce qu’Elvis faisait peut être considéré comme psychédelique, Chuck Berry, Little Richard… A partir du moment où tu ouvres une nouvelle porte, empruntes un nouveau chemin… Mais oui on pense s’apparenter à plusieurs genres, du rnb au rock’n’roll…

 

Vous avez tourné avec les Black Angels, les Black Lips, les Growlers, participé à différents projets avec leurs membres. C’est arrivé comme ça, comme une opportunité saisie ou y a-t-il une vraie réflexion ou volonté de fédérer autour d’une scène comme on peut le voir à San Francisco par exemple ?

Lee : c’est super naturel, on trouvait ça marrant. On passait du temps avec Christian (Christian Bland, chanteur-guitariste des Black Angels ndlr), on a évoqué l’idée. Ça s’est fait vraiment naturellement, on s’amuse bien aussi avec les mecs des Black Lips, ce sont des personnes sympas avec qui passer du temps et c’est toujours marrant de faire de la musique avec d’autres artistes. Ce sont des collaborations naturelles, c’est enrichissant de réunir plusieurs compositeurs si l’entente se passe bien.

 

Vous avez de futurs projets avec eux ?

Lee : Le UFO Club (avec Christian Bland ndlr) est un projet régulier, on sortira quelque chose en mars. On garde le reste sous silence pour le moment donc il faudra attendre, désolé !

 

OK super (rires) ! Votre nouvel album a été produit en partie par Robert Levon Been de Black Rebel Motorcycle Club. Ça a dû être plutôt agréable à entendre quand il vous a proposé ses services…

Lee : oui c’était un honneur. Il s’est vraiment impliqué pour faire sonner l’album comme ça. C’était vraiment super de recevoir le coup de main d’un ami comme lui. Il a été capable d’apporter des trucs auxquels je n’aurais pas pensé. Il nous a vraiment aidé, c’était très cool.

Jakob : jouer avec quelqu’un comme lui te pousse à t’améliorer. Il a apporté des idées, des directions qu’on n’avait pas forcément en tête.

 

Concrètement, quel a été son impact sur la production ?

Lee : on était en co-production sur cet album, tous ensemble. Robert était avec nous et a apporté ses idées, son point de vue. Les chansons étaient déjà plus ou moins en place mais il ajouté des lignes de basse, des harmonies qui les ont rendues encore meilleures. Il était très impliqué et intéressé par l’album. L’avoir à nos côtés était un vrai plus et il a eu un impact important c’est certain.

 

Vous avez quasiment tout enregistré en live, ça n’a pas été compliqué de l’inclure à la basse dans le groupe, lui qui venait d’arriver ?

Lee : il s’est parfaitement intégré. Mieux que prévu.

Jakob : oui le premier jour où on a bossé ensemble, il a lancé un groove de basse et on a continué dessus pendant 20 minutes, pour bien trouver nos marques ensemble. Puis on a joué un morceau et il a suivi le mouvement.

 

« Il n’y a aucune part de pression supplémentaire. Jouer devant 10 personnes ou une centaine ça n’a aucune différence… »

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Vous n’avez pas eu peur de faire un album un peu trop produit, avec l’apport de quelqu’un comme lui ? 

Lee : je ne pense pas du tout qu’il soit trop produit.

 

Moi non plus ! Mais je veux dire vous aviez ça en tête, vous cherchiez à éviter ça ?

Lee : non il est arrivé sur ce projet avec un état d’esprit différent que si c’était un BRMC. Il n’avait pas ça en tête, il a apporté une touche différente, une fraicheur. Je n’ai pas eu peur qu’il nous attire dans une direction qu’on ne souhaitait pas. C’est notre album !

 

Vous êtes désormais sur Heavenly Recordings, c’est quand même une évolution importante dans votre carrière. Qu’est-ce que ça change pour vous ? Vous ressentez plus de pression maintenant, une plus grande responsabilité ? 

Lee : oui c’est une belle étape, mais la seule pression qu’on peut avoir c’est d’être sûr que chacun prenne du plaisir. Faire de la musique, des concerts, c’est notre job. Il n’y a aucune part de pression supplémentaire. Jouer devant 10 personnes ou une centaine ça n’a aucune différence…

 

Mais vous saviez que cet album serait plus attendu, plus écouté…

Lee : Oui bien sûr. Mais on ne va pas changer pour ça.

Jakob : on n’a jamais eu ce genre de pensée. On ne savait même pas qu’on serait sur Heavenly quand on l’a préparé. Ça ne changera rien à notre futur non plus.

Lee : peu importe que tu sois gros ou petit…

 

Heavenly ressemble à la combinaison parfaite entre notoriété et crédibilité indie, non ? Le label idéal pour vous.

Jakob : tout à fait d’accord.

Lee : un label qui force le respect. C’était leur 25e anniversaire l’an dernier.

Jakob : il y a eu tant de grands albums sur ce label… Tout va pour le mieux pour nous.

 

night beats2C’est bon pour l’avenir. A propos du morceau d’ouverture de l’album, « Celebration #1 », c’est comme un talking blues, assez différent des autres morceaux. Ça vient d’où ? Je me disais que ça avait dû partir d’une improvisation mais peut-être que je me goure complètement…

Lee : c’est un mélange entre improvisation et une BD que je lisais (et dont je ne parviens malheureusement pas à entendre le nom sur l’enregistrement ndlr…). La BD allait parfaitement avec ce que j’essayais de dire, ça m’a inspiré pour faire des retouches, changer des mots, mélanger tout ça… Ça a pris forme. J’étais inspiré aussi par « Revolution Will Not Be Televised » de Gil Scott-Heron, j’adore ce morceau, le message qu’il transmet à travers les textes. Donc oui c’est un mélange d’impro, de freestyle et d’écriture.

 

C’est un morceau plus compliqué à jouer sur scène ?

Lee : on le modifie, on vient de l’intégrer au set. Je le change en freestylant un peu, je rajoute des citations, comme une référence à Free Your Mind And Your Ass Will Follow (de Sly And The Family Stone ndlr). Je garde une certaine liberté sur ce titre.

 

Tes textes sont très politiques sur « No Cops », c’est une prise de position forte. Pourquoi tu souhaitais le faire maintenant ?

Lee : Pour moi, « Celebration #1 » est la plus politique. Mais depuis nos débuts on est politiques. « H-Bomb » était la plus directe mais c’était aussi un poème. Rien n’a véritablement changé, depuis le début je ne me soucie guère de de que penseront les gens.

(Le timing de l’interview coïncidant avec la préparation du bar de la maroquinerie avant son ouverture, cette partie de l’entretien a été troublée par des nuisances sonores qui ont compliqué les échanges… Réponses courtes, incompréhensions, reformulations…)

 

Mais avec les évènements récents aux Etats-Unis, j’imagine que tu as ressenti le besoin urgent de t’exprimer là-dessus ?

Lee : Absolument.

 

(Je tente difficilement d’aborder l’état d’urgence actuel en France en parallèle au système policier dénoncé sur « No Cops » mais j’ai du mal à me faire comprendre. Le groupe pense que je parle des attaques terroristes et m’adresse des messages de soutien, on passe à autre chose…)

Les américains vous arrivez toujours à nous surprendre politiquement, que ce soit de façon positive ou négative. Vous avez élu deux fois George Bush, vous avez élu un président noir, vous aurez peut-être une femme présidente… ou Donald Trump qui est peut-être le plus gros enfoiré sur terre… 

Jakob : oui !

C’est quoi votre problème, les américains ?!

(Ils se marrent) Jakob : on a aussi Bernie Sanders, qui n’a rien à voir.

 

Oui c’est clair, c’est ça les US encore une fois !

Jakob : Je ne peux pas parler au nom du pays mais… Les gens sont tarés partout, pas uniquement aux Etats-Unis.

Lee : je ne sais pas quoi dire à ce sujet, on est un pays compliqué. La politique c’est toujours du grand n’importe quoi…

 

Tu penses que c’est parce qu’un type comme Trump est un bon communicant, qu’il parvient à toucher beaucoup de monde ?

Lee : les américains aiment les comportements ostentatoires. Le mec qui parle le plus fort dans la pièce retiendra le plus l’attention, le mec qui parle fort et qui a beaucoup d’argent peut payer pour être écouté… C’est aussi dû au contrecoup de lois progressistes qu’a fait passer Obama qui ont énervé beaucoup de monde… (nouvelle interruption dû au bruit, Lee reprend et résume)

On ne soutient évidemment pas Trump, il est une honte pour nous.

 

Ce Who Sold My Generation (le titre de l’album ndlr) est dirigé envers qui ? J’ai lu que ça pouvait être les radios… 

Lee : ça peut être les radios, les présentateurs d’infos, les politiques, ça peut être n’importe qui se satisfaisant du système actuel ou y contribuant. C’est ça le mieux qu’on puisse faire ? Je ne dis pas qu’il doit y avoir que des anges, il faut des gentils et des méchants. C’est plutôt une large réflexion, si tu allumes ta radio et qu’on te dit de croire en quelque chose et que tu y crois, tu as été acheté…

 

Pour rester sur les radios et plus précisément sur la culture, la musique, tu penses qu’il y a une responsabilité de leur part à pousser les artistes à faire de la musique de merde et aux gens à apprécier cette musique, à ne devenir que des consommateurs ?

Lee : oui mais en même temps, on est aussi responsables. Si on accepte les discours de haine ou ce que diffuse la radio… On dit que la religion est l’opium du peuple, on peut aussi dire ça à propos des mauvaises radios ou de la mauvaise musique. On vit une époque (au moins aux Etats-Unis et dans la plupart des pays) où les artistes et où chacun peut se forger sa propre opinion sans être condamné politiquement, être excommunié de son pays, jeter en prison. On ne peut pas revenir à ça, laisser ça se reproduire. On peut dénoncer via une musique pop ou par d’autres moyens…

 

« Bowie a prouvé au monde qu’on pouvait s’habiller différemment, agir différemment, être différent… Qu’il n’y avait aucun problème avec ça. »

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On parle de liberté, de créativité… J’ai vu sur votre page Instagram que vous aviez posté un message après la mort de David Bowie, comme le monde entier… Qu’est-ce qu’il représentait pour vous ?

Jakob : la liberté totale.

Lee : la possibilité de faire ce que tu veux, de s’inventer plusieurs personnages…

James Traeger (batteur) : il a rendu cool le fait d’être bizarre.

Jakob : il a montré qu’il était possible de retranscrire chaque idée bizarre qui te traverse l’esprit, de rendre ça excitant, en l’appliquant à la musique et à tous les niveaux. C’était un vrai artiste.

Lee : il était le dernier grand génie. Dès qu’il avait un truc en tête, il l’arrangeait et l’exécutait à la perfection. Tous ses personnages… Il a prouvé au monde qu’on pouvait s’habiller différemment, agir différemment, être différent… Qu’il n’y avait aucun problème avec ça.

Jakob : il donnait l’impression de n’avoir peur de rien, il a peut-être eu peur de faire quelques trucs mais il ne le montrait pas. S’il avait une idée en laquelle il croyait, il le faisait. Il est resté totalement fidèle à lui-même.

Lee : ouais, la perfection.

 

Vous arrivez à imaginer quelqu’un qui pourrait suivre sa trace ? Ou est-ce trop tard ou impossible d’être aussi influent aujourd’hui ? Quand tout semble avoir déjà été fait…

Lee : je ne pense pas que tout ait déjà été fait, mais je n’ai pas encore vu quelqu’un s’emparer d’un message, d’une idée et le rendre rock’n’roll comme il le faisait, le transformer en chanson pop. Je serais surpris de voir ça de mon vivant. Mais il y a toujours un espoir, le réveil de la force…

Jakob : il y a toujours un dernier jedi quelque part.

 

Vous l’avez vu ?

Lee : oh oui. On est de vrais fans !

 

Bon alors qu’avez-vous pensé du Réveil de la Force (rires) ?

Lee : j’ai adoré.

Jakob : moi aussi, il est génial !

James (aux autres) : vous avez aimé le nouveau ?

Lee : oui, il est bien.

 

Tu ne l’as pas aimé ?

James : je ne l’ai pas vu.

 

Tu t’en fous ?

James : j’en ai rien à foutre (rires) ! Bon je m’intéresse un peu à Star Wars. Si je peux le voir, ok mais je ne vais pas payer pour le voir.

 

On a pu le voir avant vous en France !

Lee : oui j’ai tout fait pour éviter les spoils, j’ai coupé internet (rires)…

 

Entretien réalisé par JL, photos Alain Dutertre.

Merci à Antoine Lang de Pias d’avoir organisé cette interview.

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