Interview – METZ

Publié par le 21 avril 2015 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

Derrière l’agressivité de leur musique, les canadiens de METZ se révèlent être des gens charmants. Nous avons pu le vérifier lors de leur passage en France le mois dernier alors qu’ils entamaient une tournée pour défendre un second album… qui ne sortira que la semaine prochaine.

Au-delà des discussions autour de ce nouveau disque et de la tournée en cours, cet entretien nous a également donné envie de nous pencher sur la scène de Toronto, et d’avoir plus que jamais foi en Sub Pop et Mudhoney…

 

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Désolé je ne suis certainement pas le premier à vous poser la question mais vous devez expliquer aux lecteurs français… Pourquoi ce nom ? Vous êtes tombés amoureux de la ville de Metz ?

Alex Edkins (guitare-chant) : nous sommes allés dans cette ville et nous avons passé un très bon moment là-bas mais ce nom n’est pas une référence à la ville même si on la connaît. C’est plutôt pour le son qu’il produit et son aspect visuel. Le mot, les 4 lettres, à quoi ça ressemble sur papier et comment ça sonne quand tu le dis. Il n’y a pas de signification profonde. C’est un peu au hasard, on aime sa consonance et son côté visuel.

 

« J’aimerais faire un album live à Metz : « METZ in Metz ». Ça collerait bien ! » 

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Vous êtes donc ravis de revenir en France ! Vous ne jouerez pas à Metz cette année ?

Alex : je dis souvent que j’aimerais faire un album live là-bas. METZ in Metz. Ça collerait bien !

Chris Slorash (bassiste) : mais nous n’avons jamais vraiment d’offre pour jouer à Metz…

 

Vous y avez déjà joué avec votre ancien groupe.

Alex : oui c’est là que nous avons vu ce nom pour la première fois. C’était un concert vraiment fun. Le public était excellent.

 

Vous venez tous de Toronto, j’ai lu que vous étiez très fiers de la scène musicale locale. Vous pouvez nous en dire plus ? Nous conseillez des groupes à découvrir ?

Alex : oui c’est vraiment un super endroit pour faire de la musique. Une très grande ville, très variée, tu peux vraiment trouver tout ce que tu aimes là-bas. Et t’impliquer. Notre musique était très différente de tout ce qu’on pouvait entendre là-bas mais on s’est vraiment senti soutenu et les gens réagissaient vraiment positivement et nous sommes parvenus à grandir. Toronto a vraiment été important pour notre groupe et nous a aidé, on essaye aussi de soutenir d’autres groupes à faire leur truc. On aime vraiment cette grande variété musicale. Il y a du hip hop, de la dance, du punk… Chris donne quelques noms !

Chris : il y a ce petit mec qui s’appelle Drake… (chanteur r’n’b très à la mode ndlr).

Alex : à la tienne Drake ! (rires) Il y a vraiment beaucoup d’excellents groupes, c’est compliqué d’en choisir un seul. Absolutely Free…

Chris : ils ont tourné avec Viet Cong, qui eux sont de Calgary. Ils étaient avant dans le groupe DD/MM/YYYY, super groupe. Il y a aussi Weaves qui sont géniaux.

Alex : Timber Timbre bien sûr.

Hayden Menzies (batteur) : il est très connu ici non ?

 

Oui, il marche bien en France.

Alex : la liste est longue, c’est vraiment dur de choisir. Il y a aussi le groupe S.H.I.T, très bon groupe de punk qu’on aime beaucoup.

Chris : Soupcans, un groupe noise.

 

Pas mal de groupes variés.

Alex : c’est ça qui est bien. Aucun groupe ne ressemble à l’autre. Tout le monde développe son propre truc. C’est excitant et très intéressant à suivre.

 

Parlons du nouvel album. Comme pour le premier la pochette est très stylée, ce n’est pas une photo basique ou un truc idiot. L’artwork semble être vraiment important pour vous…

Alex : oui complètement. C’est quelque chose qu’on aime tous avec les albums, les LPs. On collectionne tous des vinyles et c’est vraiment un bon format pour l’art. Nous réfléchissons toujours beaucoup à ce que sera l’artwork et on s’en occupe personnellement. C’est très important. On tient à avoir une approche différente de tous ces groupes qui font de la musique agressive, on ne veut pas mettre de squelettes ou tatouages…

 

Ou simplement un mec qui crie…

Alex : oui ce doit être plus que ça. On s’inspire davantage des affiches de films que d’autres pochettes d’albums. Et par chance il se trouve que pour nos deux pochettes nous avons utilisé des photos de mon père. Qu’il avait prises quand il était jeune. Il fréquentait le milieu de la photographie.

Hayden : oui c’est une chance de pouvoir s’appuyer sur le talent de son père, de piocher dans ses vieilles photos.

Alex : on n’a pas de droits à payer. (rires)

 

Alex tu parlais de pression pour ce nouvel album. C’est vraiment ce que tu as ressenti ? Parce que les attentes étaient plus grandes ?

Alex : on a vraiment essayé de ne pas penser au monde extérieur. On s’est mis beaucoup de pression sur nous-mêmes. La chose la plus importante pour nous a toujours été de se sentir satisfaits, de sentir qu’on progresse, que le groupe évolue et devient meilleur. On essaye vraiment de ne pas penser à ce que les gens veulent, à ce qu’ils pourraient vouloir entendre…

Il faut essayer de faire abstraction de tout ça. Qu’à la fin de journée ce qui compte le plus c’est d’avoir le sentiment d’avoir passé un palier supplémentaire et d’être contents de nous.

Chris : on n’a jamais fait quelque chose sans s’impliquer à fond, à y penser nuit et jour pour parvenir à ce qu’on souhaite et à une vraie amélioration. On a toujours ça à l’esprit et pour cet album le processus était identique.


« Il n’y aura pas un album 100% différent du reste. Peut-être que pour notre quatrième ou troisième album il y aura des changements plus radicaux »

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Il n’y a pas de gros changements sur cet album. Vous avez préféré être dans une forme de continuité, réfléchir plus tard à une éventuelle évolution ? C’est encore un peu tôt pour ça ?

Alex : nous on a le sentiment que beaucoup de choses ont changé. Même si on est resté dans les mêmes studios avec les mêmes techniciens. On fera certainement évoluer notre style et je crois qu’on l’a déjà un peu fait mais pour les auditeurs ça ne doit pas paraître aussi évident que pour nous. De notre côté, ça nous paraît déjà assez prononcé, il y a beaucoup plus de mélodies, de rythmiques groovy, des rythmes différents de ce qu’on utilisait avant. On est très fiers d’avoir essayé d’élargir nos possibilités et nous continuerons mais pour le moment c’était vraiment agréable et confortable de ne pas tourner le dos à ce qu’on avait créé jusque-là, de ne pas faire un virage à 180°. Nous n’étions pas prêts pour ça, on souhaitait simplement aller un peu plus loin que ce qu’on avait fait jusque-là.

Je pense que nous évoluerons graduellement. Il n’y aura pas un album 100% différent du reste. Peut-être que pour notre 4e ou 3e album il y aura des changements plus radicaux, c’est ce qui se produit avec tous les groupes, personne ne veut jouer toujours la même chose. On a essayé de le faire un peu ça sur ce disque, d’être différents, sonner différemment mais on garde nos 3 éléments de base guitare-basse-batterie…


Et un autre élément de base que vous avez conservé c’est cette énergie féroce. C’est surtout là que je voulais en venir…

Chris : notre côté énergique ne changera pas. Notre groupe se doit d’être très énergique. Mais bon après on ne sait jamais ce qui peut se passer…

Alex : pour un bon album il faut des hauts et des bas, pour un bon concert aussi. On en est conscients mais sur ces deux disques nous voulions faire du rock « dans ta face ». Ça nous semblait naturel.

 

C’est bien ce qu’on a ressenti. Dans nos faces ! (rires)

Alex : bien ! (rires)


« Spit You Out » est un de mes morceaux préférés du nouvel album. Peut-être parce qu’il a ce mélange de guitares noisy, de breaks, de moments plus lents… Et c’est votre morceau le plus long non ?

Hayden : on a déjà fait des morceaux de 6 minutes, 6 minutes 30.

Alex : oui certains de nos tous premiers morceaux étaient plus longs.

Hayden : c’est notre plus long en tout cas de ces deux albums, ça c’est sûr. Et c’est aussi mon morceau préféré.


C’est un morceau que vous considérez comme un peu à part du reste ?

Alex : oui ça rejoint ce que je disais, c’est un exemple d’évolution et d’approche nouvelle dont on est très contents parce qu’on aime beaucoup ce morceau également. Et pour nous c’est un changement notoire, avec des grooves différents, qui peut vraiment nous pousser à essayer autre chose.

 

Ce n’est pas bizarre de jouer des nouveaux morceaux devant un public qui ne les a jamais entendus ?

Chris : je ne crois pas que « bizarre » soit le mot approprié je trouve ça plutôt hyper excitant (rires) ! Ces morceaux ne sont pas forcément nouveaux pour nous, on en a déjà joués certains une centaine de fois. Mais nous avons joué « Spit You Out » pour la deuxième fois hier et c’était super, très excitant de vraiment devoir se concentrer sur ce qu’on a à faire, ne pas dérouler facilement.

Alex : il y a un peu plus de réflexion. Jusqu’à ce que ça devienne une seconde nature, plus tu le joues plus ça devient automatique. On apprend encore à jouer parfaitement certains nouveaux morceaux mais comme disait Chris c’est un sentiment génial. Ça fait partie du plaisir de faire de nouveaux morceaux, les intégrer au répertoire pour faire un meilleur show. C’est excitant pour nous et je l’espère pour le public d’entendre de nouvelles choses.

 

Le public a bien réagi ?

Hayden : c’était un concert SAUVAGE. C’était vraiment bien de jouer devant des gens excités à l’idée d’entendre de nouvelles chansons. Ça sautait partout, les gens tombaient les uns sur les autres, vraiment un bon moment.

 

Vous faites de très longues tournées, visitez beaucoup de pays. C’est ce que vous préférez, être sur la route ? Jouer quasiment tous les soirs ?

Alex : oui et non.

Chris : ça dépend. C’est très important quand t’es dans un groupe d’être souvent en tournée. C’est clairement une nécessité. On s’amuse beaucoup mais il y a des moments où tu as besoin d’une pause mentalement, physiquement. Notamment parce qu’on veut toujours être sûr de jouer aussi bien au début qu’à la fin de la tournée. Quand tu tournes 2 ou 3 mois c’est fatigant. Tu dois maintenir parallèlement une vie normale et la communication avec tes proches. Ça peut être compliqué mais c’est quelque chose qu’on a déjà affronté et on essaie de maintenir un bon équilibre. On prend beaucoup de plaisir ce qui est important mais il faut parvenir à trouver cet équilibre.

Alex : on va ralentir un peu la cadence, comparé à la dernière tournée. Prendre un peu plus de recul pour pouvoir être plus actif en studio. On aimerait être plus productif.

Hayden : quasiment du 50/50. 50% sur la route, 50% à écrire de nouveaux morceaux, c’est important d’être productif, de conserver une part de créativité.

Alex : on va sortir de nouvelles choses, plus tôt que les 3 ans qu’il nous a fallu pour cet album. C’était principalement dû au fait qu’on a beaucoup tourné.

Chris : et parce qu’on est vieux (rires).

Alex : pour ça aussi (rires).

 

« Le secret de la longévité de Mudhoney ? LE VIN ! Ils boivent en un an ce qu’une personne normale boit en une vie entière « 

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Vous êtes un power trio, sur Sub Pop, vous faites de la musique punky-grungy… Vous en avez pas marre d’être comparé à Nirvana ?

Alex : ça pourrait être bien pire, et c’est flatteur et on comprend que les gens se raccrochent à cette comparaison. La comparaison est facile. C’est flatteur mais en même temps le songwriting était très différent du nôtre.

On aimerait se tenir éloigné des genres, des étiquettes, on essaie juste de faire notre musique et ne pas se référer au passé. La musique de METZ c’est du présent même si évidemment on a grandi dans les années 90, à écouter les premiers disques de Sub Pop, Dischord, Touch And Go. Ça fait partie de nos vies et ça doit se ressentir dans notre musique mais on ne cherche vraiment pas à se référer à ça, on essaie de faire notre propre musique avec honnêteté. Mais on nous l’a beaucoup dit, ça ne nous énerve plus (rires).

 

Et le fait de rejoindre Sub Pop ça avait été pour vous comme un rêve devenu réalité ? Vous vouliez absolument être sur ce label ou vous avez envoyer vos démos à plein de labels ?

Chris : on n’en avait envoyé qu’à eux ! (rires) C’est marrant. On a enregistré notre disque, on leur a envoyé et on n’a pas eu de retour avant un mois. Ensuite on a reçu une lettre avec deux paragraphes d’excuses et le dernier disait en gros « on essayait de voir quand on peut sortir cet album avec vous ». C’était une situation surréaliste, on ne pouvait pas être plus heureux. Un label avec des mecs comme ça, si professionnels, avec une telle histoire… et ce sont vraiment de gros gros bosseurs.

Alex : ouais ! On a vraiment le sentiment de faire partie d’une grande famille, ça sonne ringard mais c’est vrai. On va à Seattle, on traine ensemble, on se fait des barbecues, c’est vraiment fun. Ce sont vraiment des mecs supers. La cerise sur le gâteau !

Hayden : c’est vrai que c’est le rêve devenu réalité. Travailler avec des gens qui ont cet état d’esprit, si intéressants… Un rêve, être dans un groupe avec des amis et de l’autre côté avoir des mecs qui fonctionnent pareil mais qui ont juste davantage de gens dans leur bureau. Ils font leur truc très bien, donc on essaye aussi de faire du mieux qu’on peut pour leur rendre la monnaie de leur pièce.

 

Et le fait d’être dans le même label qu’un groupe comme Mudhoney, j’imagine que c’est une vraie source d’inspiration pour vous ?

Chris : on a passé beaucoup de temps avec ces mecs, ils ne nous inspirent pas qu’en tant que groupe. En tant que personnes, ce sont vraiment des modèles aussi.

 

D’ailleurs Mark continue de travailler à Sub Pop…

Alex : oui !

Chris : oui on l’a vu bosser sur place ! C’est vraiment un amour. Et Steve a une des plus grandes collections de disques que j’ai jamais vu, sa connaissance en 45 tours bizarres est absolument incroyable. Ce sont vraiment 4 types adorables qui continuent à faire de l’excellente musique.

Alex : et ils déchirent tout en live, on a tourné avec eux… C’est vraiment un truc qu’on n’aurait jamais imaginé se produire. Et quand on les a rencontré ils étaient encore plus sympas qu’on aurait pu l’imaginer et ils nous ont soutenu, c’est super. On ne s’attendait pas à ça. C’est vraiment le truc totalement improbable… Des supers mecs, un groupe génial !

Hayden : oui c’est un vrai honneur de pouvoir trainer avec ces mecs, passer du temps avec eux, être sur le même label, faire partie de cette même histoire.

 

Ils viennent bientôt en France, vous devriez faire leur première partie !

(rires) Hayden : en fait j’ai vu qu’ils jouaient à Athènes en même temps que nous, au Plissken festival.

Chris : tu déconnes ! Ouaiiis !

Alex : ils aiment tourner à des endroits où ils ne sont jamais allés.

Chris : ils ne prennent jamais une journée de pause, ils tournent 40 jours et font 40 concerts c’est des dingues ! (rires)

 

Mais ils sont vieux pourtant !

Alex : je sais !

Chris : et ils ne manquent pas d’énergie en concert. Mark est en feu sur scène !

Alex : le secret de leur longévité c’est… LE VIN ! C’est très drôle.

Chris : ils boivent en un an ce qu’une personne normale va boire dans sa vie entière ! (rires)

Alex : les histoires qu’ils te racontent quand tu passes une soirée à boire des bières avec eux… Ils ont des histoires incroyables ! Les meilleures histoires jamais entendues ! Mais c’est pas à moi de les raconter…

 

Bon faudra qu’on leur demande alors !

 

Entretien réalisé par JL, photos signées ET.

 

Merci à Claire de PIAS.

L’album II sortira le 4 mai prochain. On vous en reparle bientôt.

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