Interview – L7

Publié par le 5 juin 2018 dans Interviews, Notre Sélection, Toutes les interviews | 0 commentaire

Actives depuis le milieu des années 80, les L7 se sont vite imposées comme un groupe de référence de ce qu’on allait regrouper sous l’étiquette grunge. En six albums et 15 ans de carrière, elles ont marqué leur époque avec leur musique singulière, mélange d’agressivité et d’humour, énergique et rentre-dedans, reconnaissable entre mille. Depuis quatre ans qu’elles ont repris les affaires, elles semblent ne pas avoir oublié la formule et prévoient de nous le prouver en enregistrant cet été un nouveau disque. Le 7ème.

C’est par téléphone, alors qu’elle est en plein déménagement, que nous avons eu le plaisir d’interviewer Donita Sparks. L’artiste nous a parlé de musique, évidemment, de leur nouvelles sorties, de ce qui l’énerve, et en a profité pour nous rappeler qu’il ne faudrait pas réduire L7 à un groupe de filles !

 

“Nous ne sommes pas un groupe politique. On a fait des œuvres de charité et on a monté des associations, mais on est un groupe de rock’n roll.”

 

Vous avez été le premier groupe féminin à signer chez Epitaph. Était-ce difficile d’être un groupe de filles dans un milieu majoritairement masculin ?
Donita Sparks (chant-guitare) : On ne faisait pas partie de cette scène. On venait de la scène Art Punk de Los Angeles, pas de la scène Epitaph. On connaissait Brett Gurewitz, qui tenait le label, et il nous a signés parce qu’il aimait ce qu’on faisait. Mais nous n’avons jamais eu de problèmes avec les autres groupes, masculins ou féminins, qu’ils fassent du punk, du hard rock ou du métal. Ils nous aimaient bien, pour la plupart. Nous n’avons eu de problème avec personne à part les squares (NdT : les gens coincés, conformistes).

C’est pour ça que vous vous appelez L7 (NdT : L7 est une manière argotique de désigner les squares) ?
Non, en tout cas ça n’a rien à voir avec la réaction au fait qu’on soit un groupe de filles.

Donc vous ne faisiez pas partie de la scène punk. Vous vous considériez comme punk ? Ou juste comme un groupe de rock’n roll ?
Non, on faisait carrément partie de la scène punk, mais la scène Epitaph est venue après.

Oh, pardon.
Je veux dire, ils ont eu le vent en poupe à la fin des années 80, alors qu’on était plus un groupe punk de la fin des années 70, début 80. Notre disque chez Epitaph est sorti en 1987, ce qui est tard, pour du punk ! Le punk rock, c’est en 1977 ! Oui, on est complètement des punk rockeurs, du fond de nos cœurs. On aime les Ramones, X-Ray Spex, les Sex Pistols, la première vague du punk.

Donc vous ne vous identifiez pas aux groupes Epitaph qui sont arrivés plus tard.
Oui, et puis on était déjà chez Sub Pop, à ce moment-là. Quand Epitaph a explosé, on était déjà sur un autre label. Toujours à LA, mais sur un autre label.

Vous avez tourné avec énormément de groupes. Lequel vous a laissé le meilleur souvenir ?
Oh mon Dieu… On a tourné avec Cat Butt, qui était avec nous chez Sub Pop, c’était génial. Avec les Breeders, Nick Cave And The Bad Seeds, on s’est beaucoup amusés. Nirvana… Tous ces groupes, c’était l’éclate. Les Lunachicks, de New York, c’était marrant de tourner avec eux.

Reste-t-il un groupe avec lequel vous n’avez pas tourné mais avec qui vous aimeriez le faire ?
Euh… Peut-être les Stooges. Oui, ça serait une super tournée.

Vous allez enregistrer cet été votre premier album en 20 ans. Pourquoi maintenant ?
Parce qu’on s’éclate, on passe un super moment à rejouer ensemble. Quand on s’est remis ensemble, c’était juste pour se réunir et pour jouer les anciennes chansons, mais maintenant qu’on les a jouées, on en veut de nouvelles.

Les chansons de l’album sont déjà composées ou vous verrez quand vous rentrerez en studio ?
Elles ne sont pas encore composées. Mais on en a sorti deux l’année dernière, « Dispatch From Mar-a-Lago » et « I Came Back To Bitch ». On en est très contentes.

Vous avez déjà une idée de comment sonnera l’album ?
Ce sera du L7. On n’a pas de concept en tête. On ne va pas faire un album électronique, on fera du L7, quel que soit le résultat final. On sait que “I Came Back To Bitch” sera dessus.

Vous avez commencé votre carrière sous Reagan et vous sortez votre premier album de reformation sous Trump. Pensez-vous que les présidents pourris inspirent les musiciens ?
Peut-être, oui. Espérons qu’encore plus de bons groupes sortiront tant que Trump est président.

Ça serait au moins ça de bien grâce à lui.
C’est ça.

Vous êtes assez engagées politiquement. Pensez-vous que la musique est une forme d’action politique ?
Je pense que ça peut être une action politique. Je pense que ça a aidé à arrêter l’apartheid en Afrique du Sud. Je le crois vraiment. Pour moi, c’est un élément qui a aidé à faire tomber le gouvernement.

Donc pour vous les deux sont liés, aussi dans votre carrière ?
Non, tu extrapoles. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Je pense que la musique peut permettre d’affronter des problèmes politiques. Mais nous ne sommes pas un groupe politique. On a fait des œuvres de charité et on a monté des associations, mais on est un groupe de rock’n roll.

Avez-vous un album de L7 préféré ?
Mince, je les aime tous ! Je dirais… The Beauty Process : Triple Platinum. C’est mon préféré. Enfin, pour le moment, ça change tout le temps. Je pense qu’il y a beaucoup de diversité sur cet album. Suzy Gardner a trouvé de super morceaux, il y a de la douceur avec une chanson comme « Moonshine », qui est très belle… Il y a tout, sur ce disque ! Il y a de l’humour, de la douceur, et de la bizarrerie. Et du lourd. Il y a tout.

 

“Je ne trouve pas qu’on ressemble en quoi que ce soit à Babes In Toyland ou Bratmobile. C’est très vieux jeu de nous comparer. (…) Des questions comme ça nous réduisent à être un groupe de filles, on vaut mieux que ça. “

© Rob Sheridan

 

Vous vous référez parfois à vos vieux albums quand vous enregistrez les nouveaux ?
On fait simplement ce qu’on a envie de faire. On est des artistes, quand on est inspirés, on écrit, quand on ne l’est pas, on galère. Je ne ressens aucune contrainte par rapport à ce qu’on doit faire, on fait ce qu’on veut.

Récemment, beaucoup de groupes semblent inspirés par les groupes punks féminins des années 90, comme vous, Babes In Toyland ou Bratmobile. Vous vous intéressez à ces nouveaux groupes ?
Non. Je suis très fière d’inspirer des artistes, ceci dit. Je n’écoute pas forcément beaucoup de rock’n roll, maintenant, il y a des groupes que j’aime comme les Growlers ou Allah-Las, mais j’aime aussi Frank Sinatra, plus que Babes In Toyland. Je ne comprends pas bien ce que tu attends comme réponse. On est plutôt comparées aux Stooges ou à Motörhead. Je ne trouve pas qu’on ressemble en quoi que ce soit à Babes In Toyland ou Bratmobile. C’est très vieux jeu de nous comparer. Beaucoup de journalistes pensent qu’on a dépassé notre statut de filles et ne nous en parlent même plus. Des questions comme ça nous réduisent à être un groupe de filles, et je pense qu’on vaut mieux que ça. On a aussi inspiré des groupes de garçons, The Prodigy a repris « Fuel My Fire », par exemple. Donc voilà.

Désolé si mes questions vous contrarient… Parlons plutôt de vos nouveaux morceaux et du documentaire Pretend We’re Dead (sorti en octobre dernier) !
Nos nouveaux morceaux sont disponibles sur Youtube. On a une super vidéo pour “I Came Back To Bitch”. Cette chanson est contre l’avidité. C’est une chanson très en colère contre l’avidité de Wall Street. Ça, c’est un message à transmettre. Le monde est dans la merde, et je pense que c’est cool qu’on soit revenu dire du mal (NdT : traduction de « we came back to bitch ») car il y a beaucoup de mal à dire !
Je pense aussi que le documentaire te plaira, car il est principalement composé de nos films personnels des années 90. Si tu aimes le grunge et la musique des 90s, tu vas adorer car on s’est filmées nous-mêmes avec nos propres caméras. C’est l’histoire de L7, mais c’est aussi une capsule temporelle très cool pour retrouver cette période. C’était avant les portables, internet, et ça montre vraiment la dernière ère de groupes en tournée avant que ces nouvelles distractions n’arrivent. On était obligés de passer du temps ensemble et… de s’amuser. De passer un bon moment ensemble, et avec les autres groupes.

Vous pensez que les nouvelles technologies ont gâché ça ?
Pour une personne de mon âge, j’adore ces trucs. Mais quand on est plus jeune, je pense que c’est une période où il faut se lier, passer du temps ensemble en tant que groupe, même quand on ne s’entend pas. Quand on ne s’entend pas et qu’on est obligé de passer du temps ensemble, il faut gérer. Et je pense que les groupes ont moins à faire face à ça parce qu’ils peuvent s’échapper par le biais de leurs portables. Il n’y avait pas d’échappatoire pour nous. On n’avait que nos walkmans, on pouvait à la limite mettre nos casques et écouter de la musique, c’était la seule chose qu’on avait.

Vous pensez que ça a créé un lien plus fort entre vous ?
D’une certaine manière, oui. Même si on se disputait, on partageait les mêmes expériences, qu’on ne partageait avec personne d’autre. Mes sœurs, ma famille proche, ne savent pas ce que j’ai partagé avec mes collègues de groupe. C’est une chose unique entre moi et le reste de L7.

Vous pensez, vous aussi, qu’un groupe c’est comme un couple ?
Pour moi, on était mariés, puis on a divorcé, et maintenant on en est à la réconciliation sur l’oreiller. On en est à ce stade de notre carrière. On a eu un sale divorce, mais on est de nouveau ensemble et on s’éclate.

Vous pensez qu’un jour vous aurez envie de vous remarier ?
Je pense qu’on s’est déjà remariées, en fait. On est remariées, et on refait notre lune de miel, parce que c’est vraiment super. C’est pour ça qu’on veut faire de nouveaux morceaux, parce que les concerts ont été très amusants, on s’entend super bien, nos fans aiment nos concerts et on se sent à nouveau désirées. Donc, on va faire un nouvel album.

Vous avez déjà pu mesurer la réaction de vos fans à vos nouveaux morceaux ?
Les gens ont l’air d’aimer nos nouveaux morceaux, ils connaissent les paroles et chantent avec nous. « Dispatch From Mar-a-Lago » vise le président Trump, et « I Came Back To Bitch » vise les connards avides, donc elles ont toute leur place dans notre répertoire.

Vous avez écrit sur Bricks Are Heavy une chanson qui s’appelle « Shitlist ». Si vous l’écriviez aujourd’hui, qui serait sur la liste ? Les mêmes personnes ?
Ce serait les mêmes enfoirés (rires), oui, le même genre de personnes. Je pense que le gros point fort de L7, pendant toutes ces années, sont les hymnes de colère. Avec un peu d’humour, aussi. C’est ça, la recette unique de L7. Peu de groupes y arrivent. Mélanger la colère et l’humour, je crois que c’est ce que nos fans aiment, et on continue à faire ce genre de chansons. Je crois que c’est ça que peuvent attendre les fans de notre prochain album, de bons hymnes de colère. Parce qu’il y a vraiment de quoi être en colère, non ?

Oui, on parlait de Trump.
Lui, c’est un sale type, il n’apportera rien de bon ! (rires)

Ici non plus, les hommes politiques ne font pas du bien. Ils ne sont pas aussi exposés que Trump, mais quand même…
C’est ce qu’on m’a dit, oui. Ça craint ! Les choses sont très bizarres, en ce moment. Partout. Alors ce serait intéressant de voir comment la communauté musicale et artistique réagit à ça. Pour ma part, je n’entends pas encore beaucoup de réactions. Je ne sais pas, j’espère qu’il y aura une poussée d’art et de musique qui sortira de cette époque merdique.

Je ne sais pas. Vous, vous mélangiez les styles, un peu de punk, de metal…Maintenant, j’ai un peu l’impression que les groupes regardent plus en arrière.
Je ne sais pas, tu en sais peut-être plus que moi. Moi, personnellement, j’adore plein de musique influencée par le garage 60s. Quand j’écoute du rock, maintenant, c’est souvent des groupes récents qui sonnent comme s’ils étaient des années 60. Comme Allah-Las, tu les connais ? Je les aime beaucoup, ils sont psych-surf, et j’adore ce genre de trucs. Ou les Black Angels. C’est de la musique dérivée des années 60, mais j’aime ça. Quant à la nouvelle musique révolutionnaire, je ne l’ai pas entendue. Sauf si c’est de la musique électronique mixée avec ceci ou cela, tu vois ce que je veux dire. Je pense qu’il y a de très bons groupes en activité, c’est juste que je n’entends rien de révolutionnaire.
Peut-être qu’à l’époque où on a commencé, certaines personnes ne nous trouvaient pas si originales que ça. Mais c’est vrai que quand j’écoute des vieilles chansons de L7 que je n’ai pas écoutées depuis longtemps, je me dis « tiens, on dirait nous…non, attends, c’est nous ! » Je me dis donc qu’on a trouvé notre propre son, même dans le punk, même dans le grunge, on a notre petit truc. Notre recette à nous. C’est plutôt cool d’avoir ça !

 

Interview réalisée par Blackcondorguy.

Merci à Elodie de HIM Médias.

 

L7 sera en concert à La Cigale (Paris) le 13 juin prochain.

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