Interview – Cloud Nothings

Publié par le 5 mars 2019 dans Interviews, Notre Sélection, Toutes les interviews | 0 commentaire

Jusque-là, Cloud Nothings c’était un peu le groupe maudit en interview pour nous. Après quelques annulations de dernière minute ces dernières années, on avait fini par ne plus trop y croire, et par se dire que ce groupe-là, au fond, ne goûtait guère l’exercice. Il a le droit après tout. Mais cette année, alors qu’on s’était déjà réconciliés avec eux musicalement grâce à Last Building Burning qui revient à un son bien plus brut que Life Without Sound, ils ont accepté, sans aucun signe avant-coureur d’une possible annulation… jusqu’au jour J.

Alors qu’ils se produisaient au Point Ephémère (Paris), que tout était calé pour une interview avant le concert, ils ont essayé de se débiner à plusieurs reprises. Mais c’était sans compter sur la persévérance de Chloé, attachée de presse chez PIAS, qui s’est démenée (autant qu’elle s’est arrachée les cheveux) pour trouver une solution, pas aidée par une manageuse peu arrangeante… Finalement, nous l’avons faite cette interview, mais pas avec Dylan Baldi, chanteur-guitariste et principal compositeur du groupe, comme prévu mais Chris Brown, second guitariste et récente recrue du groupe, pas forcément très à l’aise dans l’exercice mais fort sympathique au demeurant. Résultat : une interview semi préparée semi improvisée et beaucoup d’énergie gaspillée.

© Daniel Topete

Quand as-tu rejoint le groupe et comment ça s’est fait ?
J’ai commencé à jouer avec le groupe en juin 2016, après l’enregistrement de Life Without Sound. Ils ont réalisé qu’ils avaient besoin d’un guitariste pour la tournée parce que certains passages de l’album sonneraient bizarrement avec une seule guitare. Je les connaissais depuis très longtemps, Jason (Gerycz) le batteur et moi, on a grandi ensemble. J’ai ensuite connu TJ (Duke, bassiste) et Dylan (Baldi, chanteur-guitariste) en jouant à Cleveland et dans les parages. Donc ils m’ont demandé de les rejoindre et j’ai accepté. C’était une décision très facile à prendre.

Tu es donc arrivé après Life Without Sound qui était un album assez surprenant de la part de Cloud Nothings, beaucoup plus pop et moins énervé, moins tendu, moins noisy. L’avais-tu écouté avant de les rejoindre et que pensais-tu de cet album ?
Oui, Dylan m’a montré tous les morceaux, comment les jouer… C’était clairement un changement par rapport aux albums précédents mais ça ne me semblait pas non plus inapproprié, c’était l’étape suivante. Faire grandir et évoluer le son du groupe. J’ai trouvé ça différent mais je me suis dit que c’était la bonne direction à prendre.

Pourquoi être revenu à un son beaucoup plus agressif sur ce nouvel album, Last Building Burning ? Ça avait quelque chose à voir avec ton arrivée ?
(Rires) Non, je ne vais pas assumer cette responsabilité ! Ce n’était pas vraiment une décision réfléchie, on ne s’est pas dit « il faut que le nouvel album soit dur et rentre-dedans. On a essayé ça, ça n’a pas marché. ». C’était assez naturel, ça s’est produit comme ça.

Donc dans ton esprit « ça n’avait pas marché » ?
(Rires) Non, je ne dirais pas ça. C’était un nouveau départ par rapport à ce à quoi on avait habitué le public. « Ça n’a pas marché » n’est pas le bon terme. Le disque s’est simplement fait comme ça.

Quelle place occupes-tu dans le processus de composition ? Dylan est le compositeur principal depuis le début, est-il aujourd’hui plus « partageur » ?
Oui, complètement. Lui et Jason posent les bases des chansons ensemble. Dylan écrit les morceaux puis les structure avec Jason. Puis, j’interviens avec TJ. C’est assez partagé entre les fois où Dylan va nous demander clairement ce qu’il veut et d’autres fois où on va être totalement libres d’apporter ce qu’on veut.

Sur ce disque, et c’est devenu systématique, il y a un morceau très long (« Dissolution »). Est-ce une volonté de Dylan, voire de vous tous, d’avoir toujours un morceau comme ça, comme une sorte de tradition ?
Je crois bien que oui ! Je ne sais pas si c’était déjà le cas depuis le départ. Je crois que « Dissolution » est le plus long morceau qu’on ait fait (10 minutes, ndr). Beaucoup de nos morceaux préférés sont très longs comme ça, avec de longs breaks, la batterie très en avant…

Vous saviez depuis le départ que ce morceau-là serait aussi long ? Vous ne vous êtes pas dit « bon, il nous en faut un, prenons celui-là » ?
Non, on voulait que ce morceau ait un long passage instrumental au milieu, comme un « voyage ».

Et ce type de passages provient de longs jams en studio ou c’était déjà écrit auparavant ?
On avait des idées des directions à emprunter mais pas précises. Pour ce type de morceaux, c’est impossible de tout planifier au préalable. Il faut se lancer et y aller au feeling.

Ce sont les morceaux que vous préférez jouer sur scène ?
J’ai toujours aimé jouer ces morceaux. Ils permettent de se lâcher un peu. La plupart des autres morceaux sont assez carrés.

« Verse Chorus Verse », comme disait Kurt.
Ouais ! Alors que là, on peut y aller pour de bon.

“Mon pêché mignon c’est sans doute les chansons pop mais j’adore jouer des trucs plus noise, des chansons libres et spontanées. Donc je me sens chez moi dans ce groupe !”

© Daniel Topete

Ça n’a pas été compliqué pour toi d’ailleurs d’apprendre les vieux morceaux et particulièrement ceux-là, comme « Wasted Days » ?
Pas forcément difficiles à apprendre mais le fait de jouer avec de nouvelles personnes, trouver une alchimie est la partie la plus délicate. Le principal obstacle est de développer un son qui s’intègre parfaitement au groupe. Cette partie prend toujours un peu de temps mais je crois qu’on y est parvenu.

Personnellement, mes morceaux préférés sont probablement toujours « No Future No Past » et « Wasted Days ». Cette dernière est d’ailleurs très souvent le morceau qui clôt vos concerts, donc vous êtes aussi de mon avis ?
La plupart du temps, on la joue en dernier oui. (Evasif) J’étais fan du groupe avant de le rejoindre donc c’était un vrai plaisir d’apprendre à jouer ces chansons…

Toi, tes références musicales penchent plutôt du côté noisy ou pop ? Parce que ce sont clairement les deux facettes du groupe, elles sont intimement liées et on a l’impression que d’un morceau à l’autre, il y en a une qui prend le dessus.
Oui, complètement. Je crois que j’ai un peu ces deux facettes. J’ai eu des projets pop, d’autres plus noisy. Mon pêché mignon c’est sans doute les chansons pop mais j’adore jouer des trucs plus noise, des chansons libres et spontanées. Donc je me sens chez moi dans ce groupe parce que j’y retrouve les deux aspects !

Et tes goûts musicaux sont compatibles avec ceux des autres ? J’ai été surpris quand j’avais demandé à Dylan Baldi il y a 4 ans ses albums de l’année et qu’il m’avait cité un disque de Taylor Swift. Je ne m’y attendais pas ! Toi aussi, tu écoutes ce genre d’artistes ?
(Rires) Oui, absolument ! J’imagine qu’il parlait de l’album 1989 (je lui confirme), c’était un super disque ! (Rires) On a tous nos trucs que les autres n’apprécient pas mais je pense qu’on se retrouve à 75%.

Qu’est-ce que vous écoutez alors en ce moment ?
J’ai beaucoup écouté l’album de Daughters, You Won’t Get What You Want. Je crois que je l’ai écouté au moins une fois par jour depuis deux semaines. Je ne sais pas ce que ça révèle sur mon état mental mais je l’aime beaucoup (rires).

Donc vous écoutez tous Daughters dans le van, grosse ambiance !
(Rires) Non, ça c’est surtout moi. Tous ensemble, on écoute beaucoup d’emo des débuts 2000.

Vous connaissez bien Paris ? Vous avez le temps de profiter de la ville quand vous êtes en tournée ?
Non, à chaque fois que je viens c’est pour un jour seulement. Il y a quelques années, je suis resté deux jours, c’est la seule fois. J’étais allé au Sacré-Cœur.

Dylan a vécu ici, ce n’est plus le cas ?
Oui, il y a quelques années, il était en alternance entre Paris et Cleveland. Mais ce n’est plus le cas.

Vous êtes proches de certains groupes de Cleveland ?
Oui, vraiment. On est très proches du groupe Perverts Again, notamment. Il y a un bar à Cleveland appelé Now That’s Class avec beaucoup de groupes qui y passent, il y a pas mal de bons trucs. Nos amis John Elliott, Sam Goldberg font toujours de la bonne musique, aussi.

Pour en revenir à Cloud Nothings, qu’est-ce qu’on peut attendre des prochains albums après un disque très pop puis un qui ressemble plus aux premiers ?
Je ne sais pas ! J’aimerais avoir la réponse. Il nous reste deux mois de tournée, jusqu’à fin avril. Ensuite, on fera sûrement une petite pause pour décompresser et après seulement on se remettra à écrire. Cet automne, je pense. Pour le moment, on n’a encore rien écrit. On est focalisés sur la tournée depuis la sortie de l’album.

J’ai lu que le dernier enregistrement était très court, assez différent de ce qu’ils avaient pu faire, du moins sur Life Without Sound.
Oui, on l’a enregistré assez vite. En 5 ou 6 jours, je crois. C’était rapide.

Tu penses que c’est le meilleur moyen d’obtenir un son “urgent”, comme vous affectionnez ? Ou alors, vous allez passer trois mois dans le désert pour le prochain ?
(Rires) Je crois qu’on deviendrait dingues. On était dans le désert durant deux semaines et j’étais là « je dois partir d’ici ! Je dois voir un bâtiment ! » (Rires). Après, ça dépend de la situation appropriée. Généralement quand on arrive en studios, on a déjà bien répété donc on fait vite.

Et Dylan écrit toujours les paroles au dernier moment, quand il arrive aux studios ?
Oui, il préfère fonctionner de cette manière pour les paroles.

J’ai lu qu’un des groupes préférés de Dylan était Life Without Buildings. Il y a un lien avec Life Without Sound et Last Building Burning ?
(Rires) Je ne sais pas si c’est connecté. Life Without Sound est un extrait des paroles de « Things Are Right With You », je crois. Je ne sais pas si ça va plus loin.

Vous avez enregistré un album avec Wavves il y a quelques années. Une suite est prévue prochainement ou une autre collaboration ?
Pour le moment, il n’y a rien de prévu. A suivre…

Entretien réalisé par Jonathan Lopez.

Un grand merci à Chloé Bougraud de PIAS pour avoir sauvé cette interview… et c’était pas gagné !

LIRE LA CHRONIQUE DE HERE AND NOWHERE ELSE

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