Interview – Caspian

Publié par le 16 février 2014 dans Interviews, Toutes les interviews | 2 commentaires

 

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Mercredi soir, Caspian a livré une prestation de haute volée au Petit Bain, procurant au public de longues phases extatiques entrecoupées de salves bruyantes et destructrices. Avant cela, le guitariste et leader du groupe, Philip Jamieson, a accepté de se confier longuement. Interview.

 

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Le nouvel EP est sorti l’hiver dernier, il sera suivi prochainement d’un nouvel album ?

Probablement pas avant l’année prochaine. Nous n’avons pas commencé à écrire le nouvel album. Nous le ferons cet été et si tout se passe bien il devrait sortir vers mai 2015. Nous avons besoin d’une petite pause après tous ces voyages et ces dates. C’est fatiguant.

 

Vous avez déjà joué plus de 600 concerts en à peine 10 ans, c’est énorme !

Oui, notre premier concert était il y a 10 ans, en août. 600 concerts c’est incroyable !

 

C’est ce que vous préférez ? C’est la meilleure « partie du boulot » (voyager, rencontrer des gens, jouer sur scène) ?

Oui ça fait partie du boulot (rires). C’est pour ça que la musique est si géniale. On est tous amoureux de musique. Voyager pour jouer de la musique devant des gens un peu partout c’est quelque chose de fantastique. On compte bien en profiter pendant longtemps. On n’est pas prêts de s’arrêter.

 

La terrible nouvelle qui a frappé le groupe l’an dernier (leur bassiste Chris Friedrich est décédé ndlr) vous a permis de renforcer encore davantage les liens ?

Nous étions tous de très bons amis avant d’être ensemble dans ce groupe. Nous étions déjà très soudés et ça a dû nous rapprocher encore davantage.

 

Vous vous êtes posés la question d’arrêter ?

Non jamais.

 

Vous avez un processus particulier de composition ? Vous partez d’une idée de départ pour la faire évoluer ?

Ça part généralement d’une petite boucle qu’on travaille ensuite. Avant on improvisait beaucoup, on commençait à jouer et on voyait ce que ça donnait. Dorénavant, quelqu’un arrive avec une idée de départ et on construit autour ensuite. On peut écrire une chanson en une semaine ou en 4 ou 5 mois. Le processus est parfois très long.

 

Donc vous avez vraiment changé votre façon d’écrire. Pourtant en écoutant le dernier album, j’avais la sensation que votre musique découlait d’improvisations. En fait ce n’est plus vraiment le cas…

Notre musique a un côté spirituel. Il y a des phases très répétitives ce qui peut sembler provenir d’improvisations mais il y a toujours une idée à la base, un point de départ qui guide le reste. Mais il n’y a pas vraiment de formule, ça peut varier d’une chanson à l’autre. Et c’est mieux comme ça.

 

Vous assumez l’étiquette post-rock ou vous aimeriez qu’on arrête de vous classer dans des cases ?

Avant ça nous préoccupait. Je pense que ça ennuie tous les groupes de post-rock parce que c’est une étiquette tellement prétentieuse. (Il prend une pause de mec qui se la pète) « Le post-rock », c’est un peu abusé. Je comprends que les gens ont besoin d’organiser les choses, de faire des cases. Ça ne nous dérange plus. Les gens peuvent nous considérer comme un groupe de post-rock, de rock instrumental ou juste un groupe de rock, moderne ou classique. Peu importe. Si ça peut faciliter l’accès des gens à notre musique, c’est ça le plus important.

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L’avantage du post rock c’est qu’on a le sentiment, comme pour le rock progressif, que c’est une musique « libre », que vous pouvez partir dans toutes les directions avec des morceaux très longs, aucune véritable barrière. C’est une des raisons qui vous a poussé à faire ce genre de musique ?

Oui tout à fait, la liberté de faire ce qu’on veut. C’était la chose la plus attirante. Et puis ça nous paraissait naturel. Pour tout le monde, que ce soit un musicien, un chauffeur de taxi ou dans une relation amoureuse ou d’amitié, il faut que la communication se fasse naturellement, que chacun se sente à l’aise. La musique qu’on joue c’est ce qui nous paraît le plus évident et naturel. Comme dans le cas de Pearl Jam, Eddie Vedder a l’air de fonctionner de cette manière. À leurs débuts, il y avait beaucoup de tension, d’agressivité dans leur musique. Et ça a évolué Et je pense que si un groupe comme Pearl Jam est si bon c’est parce qu’ils font ce qui leur paraît naturel. On essaie de fonctionner ainsi, de rester « purs ». Il faut toujours garder une grande liberté.

 

Votre musique est très cinématographique. Vous puisez parfois l’inspiration de films que vous voyez ?

Totalement. Je trouve que les films sont plus inspirants en général que la musique. Je crois que je préfère les films à la musique. Un film génial, c’est mieux qu’un album génial ou qu’un livre génial. C’est un art visuel absolument fantastique. Bon y a beaucoup de mauvais films aussi. On adorerait composer une bande originale.

 

Oui, c’est ce que je voulais vous demander.

Il faudrait que ce soit pour un bon projet, ce serait un rêve qui se réalise. C’est dingue qu’on ne l’ait toujours pas fait. En 10 ans, pas une seule BO, c’est étrange.

 

Pour quel film vous auriez rêvé de travailler ?

Lawrence d’Arabie, c’est un de mes films préférés. J’adore la façon dont la musique rythme Pulp Fiction. Tarantino utilise la musique tellement bien. C’est un des meilleurs. Les films de Lars Von Trier aussi, comme Melancholia, il s’appuie beaucoup sur la musique classique notamment. Sa façon d’utiliser la musique est admirable.

 

Votre musique est presque exclusivement instrumentale. Chanter, ça n’intéresse aucun de vous ?

Je chante pendant mon temps libre. Mais je suis quelqu’un d’extrêmement timide donc chanter devant des gens… Je chante sur deux morceaux de Caspian, avec une pédale d’effet. On en fera une d’ailleurs tout à l’heure, une nouvelle. Mais avec l’effet par-dessus ce n’est pas ma voix. Si je chante avec ma vraie voix, je flippe, je transpire à mort, je ne suis pas fait pour ça. J’adore chanter et j’adore écouter des morceaux avec des chanteurs mais j’ai toujours l’impression d’être un gamin de 10 ans si je dois chanter.

 

Donc ce n’est pas inenvisageable d’inviter un chanteur à poser sa voix sur un de vos morceaux ?

Ce serait génial. D’ailleurs sur notre prochain album, un des objectifs est de trouver des chanteurs pour deux ou trois de nos morceaux. Mais ça ne doit pas devenir des chansons pop, ça devra rester des morceaux de Caspian avec des voix mélodiques.

 

Quelqu’un proche d’un univers trip hop par exemple ? Comme Beth Gibbons (chanteuse de Portishead ndlr) ?

Oui. Ou Thom Yorke ! Ce serait le rêve.

 

Invitez-le !

Oui y a qu’à demander. Et vous, vous avez qu’à interviewer Pearl Jam (rires) !

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J’ai lu que celui qui t’a donné envie de faire de la musique c’est Jimmy Page. Tu n’as jamais eu envie de jouer dans un groupe de hard rock ?

Oui mais je ne suis pas assez bon guitariste. Jouer dans un groupe qui s’appuie sur des riffs de dingue. J’ai essayé mais ce n’est pas pour moi. Quand j’étais jeune, je faisais beaucoup de vélo en montagne et de basket, croyez-le ou non ! (Philip mesure environ 2m au bas mot ndlr) Et un jour j’ai vu une vidéo de Jimmy Page en train de jouer et je me suis dit « c’est ça que je veux faire ! » donc je me suis à fumer de l’herbe et à jouer de la guitare (rires).

 

Tu écoutes encore Led Zep et des groupes de ce genre ?

J’écoute parfois Led Zeppelin mais c’était surtout dans ma jeunesse. Ça reste mon groupe préféré mais mes goûts musicaux ont beaucoup évolué et j’écoute beaucoup plus de choses différentes aujourd’hui. Ça restera toujours les premiers dans mon cœur, j’ai un immense respect pour eux. En ce qui concerne le hard rock en général, j’adore Pearl Jam. Je n’ai pas écouté le dernier album, seulement le premier single « Mind Your Manners » qui est cool. J’aime beaucoup Stone Temple Pilots, l’album N°4 sorti en 1999, que je considère comme un des meilleurs albums rock de tous les temps. Les groupes de grunge aussi, Soundgarden, Nirvana. J’adore le punk. On vient de tourner avec le groupe hardcore de Boston, Defeater. J’aime beaucoup ce qu’ils font. C’est très intense, émotionnel et agressif.

 

T’as écouté le dernier Mogwai ?

Oui. Il est intéressant. À chaque fois que j’écoute un de leurs disques, je mets environ trois mois pour bien le comprendre. D’un côté, j’aime beaucoup le côté frais, tous les synthés qu’ils utilisent. De l’autre, je trouve qu’ils ont désormais toujours un peu la même formule avec un album qui a des chansons calmes, d’autres plus énervées avec des grosses guitares, d’autres qui s’appuient sur les synthés et la basse. Mais ce sera toujours un groupe qui compte pour moi. Ça me prendra sans doute du temps pour m’habituer à cet album. Ça ne me pose pas de problème que les guitares passent un peu au second plan, j’adore ce qu’ils font avec les claviers. Ce sont les meilleurs dans ce registre. Mais il n’y a pas de morceaux qui m’ont totalement transporté sur ce disque, même si certains n’en sont pas loin. Cet album ne m’a pas mis de véritable claque.

Par contre, le groupe de Mark Kozelek, Sun Kil Moon, qui succède à Red House Painters… Ce mec est mon musicien préféré actuellement, de loin. L’album est sorti mardi. Le premier morceau je l’écoute en boucle depuis trois semaines. Je l’ai depuis un mois, je l’ai piqué sur internet (rires). Je plaide coupable. Il y a 2 ou 3 morceaux sur ce disque… Quand je les écoute, plus rien n’a d’importance sur terre.

 

Donc tu télécharges de la musique ! J’imagine que tu n’en veux pas trop à ceux qui téléchargent ta musique.

C’est le jeu. On est en 2014, il faut s’adapter et trouver d’autres moyens pour réussir. Ce soir il y aura environ 200 personnes, ils ont peut-être d’abord téléchargé notre musique et ne seraient pas là sans l’avoir fait. Donc il n’y a pas de problème. Peut-être qu’ils nous achèteront un t-shirt ou un vinyle. Ça nous énervait avant mais c’est comme ça, on est en 2014.

 

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre carrière musicale ?

(Il réfléchit). C’est compliqué. Tous les gens que nous avons rencontrés, ceux qui nous ont dit que notre musique les a aidés, a amélioré leur vie… Il n’y a rien qui puisse faire plus plaisir. Le fait de continuer à faire de la musique, à être toujours debout après la mort de notre bassiste… On est fiers de tout ça. Je n’enlèverai rien de tout ce qu’on a fait. Aucun regret.

 

À vos débuts vous avez eu l’honneur de tourner en première partie de Mono. Votre graal absolu ce serait d’ouvrir pour quel groupe ?

Radiohead, sans aucun doute. Ils ont toujours été un modèle pour moi. Cette musique bizarre qui purifie l’esprit. Jouer avant eux, ce serait grandiose.

 

Entretien réalisé par JL

2 Commentaires

  1. Vraiment sympa ce groupe. Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous conseille l’album Tertia. Il est fabuleux

  2. Etant fan de Mogwai, cela me donne envie de découvrir CASPIAN. Merci JL !

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