Iggy & The Stooges – Ready To Die (Fat Possum)

Publié par le 2 mai 2013 dans Chroniques | 0 commentaire

iggEn 2003, Iggy Pop sort un album en solo, Skull Ring, où figurent quelques invités parmi lesquels Green Day, Sum 41, pour ravir nos chères têtes blondes écervelées, et… The Stooges. Tout de suite après, Iggy reforme le groupe, et commencera un marathon de concerts qui durera 5 ans.

Mike Watt à la basse remplaçant Dave Alexander (mort d’overdose en 1975) donne le ton littéralement avec Scott Asheton à la batterie, tandis que Ron Asheton l’autre frangin fait gueuler sa pédale wah-wah en reprenant l’intégralité de l’album Fun House, sorti en 1970. L’Iguane est déchaîné, il monte sur les amplis Marshall en prodiguant des mouvements pelviens virils, il se crache dessus, se roule par terre, aboie, frappe sur son torse. Le groupe sortira un album studio, The Weirdness (2007), afin de rafraîchir son set. La tournée continuera jusqu’au jour où Ron Asheton, à la suite d’une crise cardiaque, cassera toutes ses cordes d’un seul coup, lors d’un « réveillon arrosé ». Le groupe est touché de plein fouet.
L’Iguane met donc en suspens le projet et ouvre une parenthèse en solo teintée de Jazz avec Préliminaires (2009), qui dévoile une fois de plus sa voix de crooner. Une fois passés « les préliminaires », Iggy remonte le groupe avec une retrouvaille : James Williamson à la guitare remplaçant Ron.

James est le guitariste de Raw Power (1973), album annonçant, à l’époque, l’arrivée du Punk et la mort du Glam. Plus technique que Ron, James a rendu la musique des Stooges plus précise, plus tranchante. À ce moment, Iggy et James sont un peu les Jagger/Richards des Stooges en co-signant tous les titres. Après la dissolution du groupe suite à un concert au Michigan palace en février 1974, et l’internement volontaire du chanteur camé dans un hôpital psychiatrique pour une désintoxication, Iggy, avec l’aide de James, enregistrera Kill City, en 1975 (sorti finalement en 1977).

Après une fâcherie en studio lors d’un enregistrement en solo de l’Iguane (Soldier en 1980), James Williamson quitte la musique, pour devenir dans les années 80 cadre chez Sony Electronics, s’il vous plaît.
Réconciliés trente ans plus tard, les deux hommes se retrouvent donc pour reformer Iggy & the Stooges période Raw Power, ravissant les « teenagers » de perles comme « Search & Destroy », « Johanna », et… « Cock in my Pocket », je vous laisse le soin de la traduction.
Cette nouvelle formation tournera pendant 3 ans, triturant Raw Power en long, en large, et en travers. L’Iguane sort entre temps, Après (2012), collection de reprises jazzy frenchy de Brassens, Gainsbourg, et… Joe Dassin.
L’impératif d’une production en studio se fait attendre par les aficionados stoogiens toujours avides de changement, normal. C’est chose faite avecReady to Die. La véritable retrouvaille d’Iggy & James Williamson.

Malgré un teasing abscons montrant l’iguane en épouvantail, l’album est bien plus que ça : il vaut le détour !
Les sujets des titres sont toujours les mêmes : le cul, la mort, la corruption, etc…

« Burn » et c’est parti la machine stoogienne s’emballe. La contribution de James Williamson sur ce projet est transparente. Le riff est accrocheur et vicieux à souhait.
Sur « Job », l’attitude est un tantinet démago pro-prolo (« I got a job / But they don’t pay shit / I got a job / and I’m sick of it »). L’iguane arbore désormais sur ce morceau un gilet jaune fluo style « technicien de surface ». Il dément toutefois tout soutien avec ses contemporains : « I don’t want to talk to my fellow workers/ I think they’re a bunch of dumb cock-jerkers ». Un peu condescendant Mr Osterberg, non ?!

Le quotidien morose des travailleurs salariés « métro boulot dodo » contraste avec le mode de vie de nos élites, « Sex & Money » qui sont les deux seules choses qui font tourner ce monde. Steve McKay saxophoniste de Fun House taquine la guitare de James.
« Gun », Iggy crache sur l’Amérique et son bruit permanent de masse où l’on ne peut en placer une, et assure que s’il avait un flingue il pourrait flinguer tout le monde (« If I had a fuckin’ gun / I could shoot everyone / ‘cauz I’m in the USA »).
L’ambiance est plus calme sur « Unfriendly World ». Jolie ballade avec James à la guitar-steel. L’Iguane peste contre ce monde corrompu, et regrette de ne pouvoir en sortir (« Business man with nasty tricks / Followers of 666 / Fame and fortune made me sick / And I can’t get out »).

Et là, bam : « Ready to Die », jouissif. La réponse nihiliste à la chanson précédente. Sur The Weirdness, Iggy avait prévenu : « My Idea of Fun / Is Killing Everyone ». James Williamson nous sort plusieurs solos pas piqués des vers. Aussi succinct qu’un jet de foutre, le morceau s’arrête brutalement nous laissant le sourire en coin. Bien joué.

Planquez vos sœurs messieurs ! Car sur le titre suivant (« Dd’s »), l’iguane nous confie qu’il ne peut cacher son excitation à la vue des jeunes filles au bonnet large et généreux (« I’m on my Knees for the double D’s »).
Sur « Dirty Deal », la Rock Star sexagénaire prévient les jeunes zicos de se méfier des requins de l’industrie musicale, suivi de « Beat that Guy » deuxième morceau slow.
La force de cet album c’est définitivement James Williamson. Outre les riffs Rock’n’Roll taquins, il y a des mélodies, et les changements d’accord sont intelligents.
L’album se referme sur « The Departed », avec en guise d’intro et outro « I Wanna Be Your Dog », joué, que dis-je, susurré sur fond d’ambiance sépulcral. La musique change et devient plus émotive, c’est un hommage à Ron Asheton (« Yesterday’s a door / that’s opening for the departed / So where is the life we started ? »). Une pensée en passant…
Ah, autre chose, Iggy Pop – décidément increvable à 66 ans – continue de tourner. Alors accourez, braves gens ! Cet été sera Sex et Rock’n’Roll !

 

CB

 

Écoutez « Ready To Die »

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