Iggy Pop – Free

Publié par le 19 novembre 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Loma Vista, 6 septembre 2019)

Durant toute sa carrière, Iggy Pop a toujours eu la volonté de surprendre et de ses débuts avec les regrettés frères Asheton, David Bowie qui l’a sauvé plus d’une fois de la panade, jusqu’à Josh Homme il y a 3 ans pour le décevant Post Pop Depression,il a toujours su s’entourer de talents.

Pour son 18ème album, les heureux élus se nomment cette fois Leron Thomas, trompettiste jazz, et la guitariste et compositrice Sarah Lipstate connue par ailleurs pour Noveller, son projet instrumental de guitare électrique.

À 72 ans, l’icône protopunk ose un virage à 180 degrés et nous propose un album au jazz sombre et contemplatif. J’entends déjà les mauvaises langues hurler hâtivement qu’il copie le dernier album de son défunt ami Bowie… S’il est certain, et personne ne pourra le nier, que le génial anglais l’a inspiré durant toute sa carrière et qu’il continue à le faire, affirmer qu’il ne s’agit que d’une pâle imitation de Blackstar serait oublier un peu vite que dès le second Stooges (le cultissime Fun House), Iggy avait infusé de jazz expérimental son rock viscéral. Il avait ensuite récidivé dans le trop sous-estimé Préliminaires, à redécouvrir si vous accrochez à ce nouvel album.

Dès le premier titre, il clame « I Wanna Be Free », sa voix se contentant d’accompagner sobrement la trompette de Leron. Et tout au long de l’album, on a l’impression d’avoir Iggy, face à nous, se livrant corps et âme. Bien qu’il n’ait écrit que deux des dix textes de l’album, il s’approprie à merveille ceux des autres auteurs. Il déclarait d’ailleurs à ce sujet : «C’est un album dans lequel d’autres artistes parlent pour moi, mais je prête ma voix. ».

Sur le lancinant « Loves Missing » au titre évocateur, l’iguane se met dans la peau d’une femme. Sa voix de baryton nous emporte et ne nous laisse pas indemne. « Loves screaming, so quietly and in pain/Loves absent, it’s failing her once again, again. » Il s’agit sans nul doute du sommet émotionnel de l’album.

Le free jazz « Sonali » nous invite, lui, à poser nos pieds sur le sable de la plage illustrant la pochette de l’album. Libre, Iggy semble l’être pour de bon. Serein également.

Le single groovy « James Bond » pourrait paraître ringard à la première écoute mais sa ligne de basse reste en tête et vous poussera à vous déhancher devant votre platine avant de laisser place au solo de trompette magistral de Leron Thomas. Sur « Dirty Sanchez », on retrouve un Iggy provoc’ et décalé où après une intro à la Mariachi, il s’offre un petit pamphlet braillé à l’encontre de la société de consommation.

Suivent deux morceaux dans la même veine que le début de l’album (« Glow In The Dark » et « Page ») avant une fin d’album surprenante où s’enchainent trois morceaux en spokenword.

« We Are The People », d’abord, un poème de Lou Reed écrit il y a une quarantaine d’années et au texte toujours tristement d’actualité :

« We are the people without right
We are the people who have known only lies and desperation
We are the people without a country, a voice, or a mirror
We are the crystal gaze returned through the density and immensity of a berzerk nation
We are the victims of the untold manifesto of the lack of depth
Of full and heavy emptiness »

Vient ensuite un classique de l’éducation américaine « Do Not Go Gentle Into That Good Night » de Dylon Thomas avant de clôturer l’album par le sinistre « The Dawn », écrit par l’iguane himself. On y découvre un Iggy Pop empreint de sagesse, prêt à faire face à la mort faisant preuve d’une grande quiétude.

Loin de son éternel personnage outrancier, découvrirait-on enfin le véritable James Newell Osterberg Jr. mis à nu ? Un homme désormais serein, libéré des autres et surtout de son alter ego afin de se trouver face à lui-même avant de rejoindre, le plus tard possible on l’espère, ses camarades Lou Reed, David Bowie et les frères Asheton.

Merci James Osterberg pour ce bijou d’introspection.

Alain Dutertre

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