Hum – Inlet

Publié par le 9 juillet 2020 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Earth Analog, 23 juin 2020 )

Avec les reformations, il est parfois délicat pour le chroniqueur de placer le curseur, en terme de sévérité. Quand elles sont inespérées, on peut être tenté de faire preuve de clémence, de voir le verre à moitié plein, de se satisfaire d’un nouvel album qui flatte notre nostalgie, même s’il ne comporte rien d’aussi marquant que ses prédécesseurs. Ou, au contraire, se montrer exigeant, connaissant le potentiel d’un groupe et constatant que le poids des années se fait cruellement sentir.

Hum vient de nous faciliter la tâche ici avec ce nouvel album qu’on n’osait plus espérer, qui débarque par surprise et se révèle aussi bon que ce à quoi le groupe nous a toujours habitués. Foutrement bon, donc.

Il y avait de quoi s’inquiéter pourtant, compte tenu du délai interminable de cette sortie qu’on nous promettait depuis 2015. Quelqu’un s’est-il endormi sur les bandes ? Le groupe a-t-il revu sa copie à plusieurs reprises pour ne conserver finalement qu’une infime partie du travail entrepris au départ ? On essaiera de le savoir. Pour l’heure, la seule chose qui nous intéresse, c’est qu’on est face à du pur Hum, et que l’inspiration n’a pas fait défaut au quatuor de l’Illinois. L’avenir nous dira si on revient aussi régulièrement à Inlet qu’à You’d Prefer An Astronaut (1995) ou Downward Is Heavenward (1998) mais, au moment d’écrire ces lignes, oui, ce disque tourne énormément et s’il comporte des failles, elles sont soigneusement dissimulées. Certainement pas au niveau de la production, déjà, tant l’album dégage une formidable puissance tout en bénéficiant d’une clarté de tous les instants, et c’est extrêmement appréciable (et encore, on n’a dû se contenter que du streaming pour l’instant). Hum n’a peut-être jamais si bien sonné. Et vu la complexité de sa musique, c’est une excellente nouvelle.

Peut-être plus clairement shoegaze (en attestent le brumeux « Waves » en ouverture ou « Shapeshifter » en clôture), le disque nous sert toujours de généreuses portions de riffs extrêmement lourds et poursuit une tendance amorcée il y a 22 ans de cela sur Downward Is Heavenward, à savoir un allongement significatif de la durée des morceaux (la moitié au-delà de huit minutes !). On aurait ainsi pu grincer des dents en constatant que le disque ne comporte que huit nouveaux titres mais avec près d’une heure de musique, on est priés de ne pas la ramener. Et n’allez pas croire qu’on nous l’a faite à l’envers en tirant sur la corde de morceaux qui n’en méritaient pas la moitié. Ceux-ci ont de l’étoffe, bifurquent, se dérobent, jouent avec nos sentiments, nous scotchent puis nous relâchent dans les airs.

Hormis le très frontal « Step Into You » qui se démarque d’emblée (on vous souhaite bien du courage pour vous en défaire), pas de trace ici de refrains implacables mais un trip cosmique terriblement grisant au cours duquel on touche rarement le sol.

« Desert Rambler », notamment, fait très forte impression du haut de ses 9 minutes renversantes, alternant en toute maitrise guitares terrassantes et longs passages éthérés. Et on se montrera tout aussi réceptifs face au sublime « Folding » aux riffs tourbillonnants, d’où émane une douce mélancolie. Ce groupe, sous ses airs de gros dur, a toujours su nous émouvoir et le chant de Matt Talbott, impeccable et doté d’une grande sensibilité, n’y est pas étranger. Sur « Cloud City » aussi, il nous ferait presque verser une larmichette avant que ce ce roublard de Bryan St. Pere ne nous enfonce à coups de massue (comprendre de pilonnage de fûts) dans un final éprouvant. Le final, le vrai, parlons-en. Il porte le doux nom de « Shapeshifter » et se montre indubitablement shoegaze avec son riff qui convoquerait Jesu en personne (non, il n’y a pas de faute) et pourrait fort bien ouvrir la mer en deux, là où l’ensemble se veut toujours hésitant entre post-un peu tout (hardcore/rock/metal), shoegaze, donc, voire carrément stoner quand le plomb se met à fondre sous le cagnard (“The Summoning”). Un peu comme Failure et Quicksand qui, eux aussi, se retrouvent encombrés d’une étiquette dont ils n’ont que faire et qui étaient revenus d’on ne sait où pour nous pondre des retour fracassants (respectivement The Heart Is A Monster en 2015 et Interiors en 2017). Et il ne s’agit pas de bienveillance ici. Peut-être un peu d’euphorie car il y a de quoi.

Hum réalise la prouesse de nous offrir après 22 ans de silence un grand disque d’une beauté saisissante, donc immédiatement accessible, et qui n’a pourtant de cesse de dévoiler davantage de richesses au fil des écoutes. Des écoutes déjà innombrables. Et qui devraient se compter en centaines d’ici la fin de l’année. Quelque chose nous dit qu’il y a encore des mystères à percer.

Jonathan Lopez

Laissez-vous d’abord happer facilement par “Step Into You” puis succombez au reste

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