Black Rebel Motorcycle Club – Howl

Publié par le 21 août 2020 dans Chroniques, Incontournables, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(The Echo Label, 22 août 2005)

Parfois le succès conduit à l’audace plutôt qu’au statu quo. Alors qu’en 2005, Black Rebel Motorcycle Club surfait sur un début de carrière idéal avec deux premiers albums encensés (le 1er sans titre et Take Them On, On Your Own) et un statut de fers de lance du revival rock du début de millénaire, les américains décidaient de rompre cet élan sonique. Et sortaient ce Howl assez déroutant à l’époque et fleurant bon l’americana. Délaissant (temporairement) leur goût prononcé pour un rock fulgurant teinté de blues et de shoegaze, ils exploraient la country, le gospel, ou le folk dans cet album boisé et sous-estimé dans leur discographie.

Time won’t save our souls”… Dès ce « Shuffle Your Feet » initial, on est dans l’ambiance. Les guitares tonitruantes et noisy seront (presque) remisées au placard et ça sent parfois plutôt le bœuf acoustique de fin de soirée au fond d’un bar enfumé. On claque les mains, ça groove, un petit harmonica. On a l’impression d’avoir entendu ça mille fois ailleurs, mais c’est bien BRMC ici ! Ajoutez le tubesque « Ain’t No Easy Way » et ça y est, les tables volent à travers la salle. La case « singles efficaces » cochée, les gars de San Francisco pouvaient dévoiler une autre facette de leur personnalité musicale. Assez inattendue en 2005, mais finalement logique pour Robert Turner (de son vrai nom Robert Levon Been), fils de musicien (son père était le chanteur de The Call) et qui a dû être biberonné à la musique américaine dès son plus jeune âge. Il suffit d’écouter le folk-gospel sublime de « Devil’s Waitin’ » pour être convaincu que ce duo Robert Turner – Peter Hayes est une sacrée paire de songwriters (les textes de l’album sont d’ailleurs excellents). Capable de pondre des ballades folk ou country qui viendraient presque concurrencer le vieux Neil Young, comme sur le magnifique « Fault Line », perle du genre, « Weight Of The World » ou l’addictif « Complicated Situation ». Guitares, voix, harmonica… et talent. Formule magique. Si la carrière du groupe est plutôt déclinante depuis Specter At The Feast (je crois même avoir zappé Wrong Creatures, c’est dire. NdRC : tu as bien fait), BRMC n’avait pas grand-chose à prouver en 2005, exceptée l’étendue de leurs influences. Et peut-être l’envie de faire descendre le niveau de décibels.

Piano ou cuivres (« Promise »), clavier vintage lancinant (« Howl »), BRMC ne se cantonne pourtant pas à l’exercice de style purement acoustique (sauf sur « Still Suspicion Holds You Tight », peut-être le titre le moins emballant) et varie subtilement les ambiances incorporant discrètement ici et là (quand même) quelques guitares électriques (« Gospel Song », « Sympathetic Noose », « Howl ») ou des chœurs (« Restless Sinner », « Devil’s Waitin’ »). Ils n’oublient pas non plus les ambiances inquiétantes et plus sombres de leurs précédents opus avec la magnifique doublette finale « The Line/Open Invitation ». Le premier titre, lancinant crescendo, est une perle noire de leur discographie qu’on adorerait les voir triturer aussi avec leurs guitares shoegaze. Minimalisme quasi mystique ensuite sur « Open Invitation » où la voix fait des merveilles, comme souvent sur ce disque.

À la réécoute, ce Howl, acoustique et américain au sens noble du terme, ne fait pas ses 15 ans, comme il ne ressemblait pas à un album de 2005 déjà à l’époque. Il donne surtout furieusement envie de ce se refaire la discographie complète du groupe de San Francisco. Pas de côté magnifique dans leur œuvre plutôt que révolution à la Radiohead, il consacre néanmoins un groupe majeur de la scène US au sommet (?) de sa carrière. Qui a eu l’audace de bousculer sa musique et son public. Underrated. Et intemporel.

Sonicdragao

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