Calexico – Hot Rail

Publié par le 14 mai 2020 dans Chroniques, Incontournables, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Quarterstick, 9 mai 2000)

Calexico. Ville de Californie du sud vers la frontière mexicaine. C’est aussi un des plus beaux fleurons de la musique américaine des trois dernières décennies. Le groupe de Tucson en Arizona, mené par Joey Burns et John Convertino, sortait en 2000 ce Hot Rail, 3e album, qui succédait à leur premier succès international deux ans auparavant (l’excellent The Black Light).

Alors pour les non-initiés, autant la faire courte, Calexico ne sera (sans doute) jamais l’auteur d’un album majeur, de ceux qu’on classe volontiers dans les œuvres iconiques d’une époque. Mais si vous êtes amateur d’artisanat musical, de songwriting d’orfèvre et de pépites qui s’affranchissent sans vergogne de tout dogme stylistique, alors bienvenidos a Calexico, muchacho! Avec ce Hot Rail, on a un bon cru du groupe. En même temps, ils n’ont jamais sorti de mauvais album. Jamais. Vous pouvez chercher. Valeur sûre. Valeur refuge. Au pire, le groupe aura fait quelques incursions plus ou moins réussies (en fait plus que moins) dans certains univers (jazz, quelques touches d’électronique parfois, post-rock) en délaissant (un peu) son atout maître. Soit une musique sans frontières au classicisme élégant, parfois presque cinématographique (merci Ennio Morricone), et opérant dans une tradition country folk. Indie Americana. Con mucha Tequila, hombre! Car ce qui séduit la première fois, ce sont ces incursions de culture mariachi, de tradition latino-américaine, ces cuivres et cordes ensoleillées, une des marques de fabrique du groupe. Alors, dès l’inaugural « El Picador », on reprend sa petite dose de calor, son petit crescendo de cuivres. Mais le groupe commence sur cet album à brouiller les pistes. Au détour de « Fade » et ses presque 8 minutes inquiètes, on sent que le groupe ne veut pas tomber dans le cliché du groupe mariachi folklorique à 2 pesos. Il insuffle une belle dose de jazz par le biais d’une trompette hantée dans ce titre magistral. Qui explose dans un beau final. On trouve encore une grosse majorité de titres instrumentaux (9 sur 14) qui seraient parfaits pour une BO de western (spaghetti ou à la Tarantino selon votre goût) comme le sublime « Muleta » ou « Tres Avisos ». Ou quelques vignettes sonores qui lorgnent vers le post-rock (« Mid Town », sorte de Tortoise qui a trop pris le soleil). Et plantent une ambiance d’Ouest américain fantasmé (le génial « Drenched »), et trouble comme la route au loin sous un soleil de plomb (« Untitled II », « Untitled III », « Ritual Road Map », le titre final « Hot Rail »).

Le groupe ne choisit pas vraiment de direction précise, ce qui donne à ses disques des allures de voyages aux rencontres multiples. Certains pourraient y voir un manque de cohérence. Mais ceux-là ont été descendus par mon 6 coups. Balle perdue, señor. Le monde se divise en deux catégories…

On trouve aussi quelques titres de folk parfois teinté de country (Neil Young spirit) qui mettent tout le monde d’accord (« Service and Repair » ou le plus épicé « Sonic Wind ») et même (presque) un tube à moitié chanté en français avec « Ballad of Cable Hogue ».
Plus que sur leurs derniers disques, je privilégie une écoute complète du début à la fin comme un road trip sonore. Pas à l’abri d’une petite crevaison sur la route (« 16 Track Scratch » le seul titre qu’on peut laisser sur le bas-côté). Pas aussi bon que The Black Light, mais toujours solidement ensoleillé par le ciel de l’Arizona. Calexico y travaille, trace sa route, peaufine son songwriting, assouvit ses pulsions de bandes originales. Pas un album de transition. Une pièce d’artisanat local, précieuse, le fruit d’un beau travail collectif par un des joyaux de la scène américaine. Claro que si.

Sonicdragao

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