Hélice Island – Hélice Island

Publié par le 13 février 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Zéro égal petit intérieur, 25 janvier 2019)

On l’avait connu plus énervé. Lorsqu’il chantait pour feu Sons Of Frida, Benoit prenait un malin plaisir à nous malmener. Avec ses collègues turbulents, il avait pris pour habitude de fracasser des riffs sur nos pauvres têtes, de pondre des lignes de basses tendues comme des strings, de nous gueuler dessus comme si on avait commis l’irréparable. Sur sa petite île, accompagné d’Aurore et Florence, Benoit a trouvé l’apaisement.

Après un “Anytime” un rien trompeur, tout en énergie contenue, le chant devient murmure, les sons s’étirent, la délicatesse vient supplanter la violence. Je vous vois venir, bande de gros bourrins, vous vous dites “ça y est il est devenu mou du genou, on va s’emmerder sec“. Nullement. Il faut simplement aborder l’œuvre différemment. Pas de choc frontal ici mais une séduction progressive, à mesure que l’on s’immerge dans cet univers envoûtant. Plus de superposition de guitares sursaturées (malgré quelques percées), des cuivres, des cordes et de douces mélopées chantées par deux voix complémentaires (la magnifique et poignante “Back In The Room” et son violoncelle qui diffuse une terrible mélancolie).

Se réclamant davantage de Low que de Fugazi, Hélice Island lorgne il est vrai sur les terres du slowcore. Mais ce sont d’autres pensées furtives qui nous traversent : “The Queen Of The River”, armé d’une trompette désabusée, se situe non loin des belles ballades folk lo-fi d’un Lou Barlow. Et c’est plutôt à Arab Strap qu’on pensera avec ce texte déclamé sans la moindre émotion apparente mais empli de vague à l’âme, ce rythme lancinant, et ce violoncelle, toujours lui, qui vient nous saper le moral  (“Wrong”). Sur le final, la tension monte d’un cran, les cordes sont malmenées et gémissent. Nos esgourdes égoïstes ne trouvent, elles, rien à redire. Si ce n’est en réclamer davantage car comme avec tout bon EP, on n’est pas rassasié.

En plus d’être le roi du calembour douteux, Hélice Island fait donc preuve d’une belle maitrise et d’une certaine sagesse. Certains appellent ça la maturité. Plutôt que d’employer des gros mots, on parlera simplement de talent.

Jonathan Lopez

https://heliceisland.bandcamp.com/album/h-lice-island

LIRE LA CHRONIQUE DE SONS OF FRIDA – TORTUGA

LIRE L’INTERVIEW DE SONS OF FRIDA

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