Green River – Dry As A Bone EP/Rehab Doll

Publié par le 17 janvier 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Sub Pop (Rééditions), 25 janvier 2019

Green River ou le supergroupe avant l’heure. Le groupe se forme en 1984 et en cet an 0 du grunge, il n’est alors composé que de cinq illustres inconnus chevelus. Parmi eux, deux futurs Mudhoney, Mark Arm (chant) et Steve Turner (lead guitar), croisaient le fer avec deux futurs Mother Love Bone et Pearl Jam, Stone Gossard (guitare rythmique) et Jeff Ament (basse).

Un an plus tard, Green River a un premier EP (Come On Down) dans sa besace et s’est déjà fait plaquer par Steve Turner, remplacé par Bruce Fairweather (qui, lui, n’est autre que le futur gratteux de Love Battery).
Un début d’émulation est en train de naître dans la ville où il tombe toujours des cordes. Aux côtés de Green River, quelques groupes bruyants font trembler les murs des clubs de Seattle et se retrouveront sur la (désormais culte) compil Deep Six. Ils s’appelaient Melvins, Soundgarden ou encore Malfunkshun (avec Andy Wood, futur frontman exubérant de Mother Love Bone, futur coloc de Chris Cornell, futur premier destin tragique d’une longue lignée…). L’histoire est en marche et si on leur avait dit à l’époque qu’ils seraient à l’avant-garde de la scène vers qui tous les yeux allaient être rivés quelques années plus tard, ils se seraient bien foutus de notre gueule.

Nous non plus, on n’y aurait pas cru à l’écoute de Dry As A Bone, première sortie d’un petit label local nommé Sub Pop, et deuxième EP de ce groupe au cul un peu coincé entre une chaise punk et l’autre hard rock/metal. Pas très confortable mais Green River s’en accommode assez bien et cette particularité fait également son charme (même si elle les mènera à un irrémédiable split).

Malgré tout, on ne va pas vous la faire à l’envers non plus, Green River, en dépit de son indiscutable statut culte et sa prépondérance pour façonner un son qui allait traumatiser toute une génération, n’a pas produit de chef-d’œuvres injustement méconnus.

Bien sûr, Fairweather savait déjà tricoter du riff qui cogne bien (“In My Town”), la doublette Gossard/Ament était déjà des plus affûtées et groovait comme il faut (“PCC”, “Unwind”), Mark Arm s’en donnait à cœur joie et faisait déjà un très bon imitateur d’Iggy Pop (comme sur le bien teigneux “Hangin’ Tree”, présent initialement sur la – non moins culte – compil Sub Pop 200)… Mais en dehors de quelques titres qui sortent aisément du lot, on déplore bon nombre de morceaux plus anecdotiques.

Rehab Doll et Dry As A Bone avaient pour eux une énergie féroce, des membres indiscutablement talentueux, des compos solides mais finalement assez peu de mélodies mémorables. Au-delà DU tube “Swallow My Pride” écrit par Steve Turner pour le premier EP et qui se retrouve sur Rehab Doll, on retiendra l’excellente “One More Stitch”, bluesy et ténébreuse, avec un Mark Arm adoptant un ton menaçant, dans un registre bien différent du beugleur de service. La facette punk s’exprime également régulièrement, à travers les rugissements du même Arm, notamment sur “Ain’t Nothing To Do” (des Dead Boys) et dans une version explosive de la “Queen Bitch” de Bowie. Le fait que deux des meilleurs morceaux soient des reprises est tout de même évocateur d’un groupe qui ne s’est pas totalement trouvé…
“Forever Means” ou “Together We’ll Never” font également leur petit effet pour peu qu’on ne soit pas complètement allergique au hard fm, jamais très loin (on est en 1988, après tout !) avec un Fairweather généreux sur les solos.

Les supergroupes ne font pas toujours de supers albums et avec le recul ce supergroupe avant l’heure aura donné lieu à un bon petit groupe et surtout permis à une bande de jeunes sauvageons pas encore prêts à tout casser, de se faire la main. Avant le grand frisson.

32 ans après, Green River se voit donc consacrer un retour en grâce dans nos bacs, notamment en vinyles, qu’on ne pouvait auparavant se procurer qu’à des prix indécents.
Du côté de Sub Pop, on a raclé comme il faut les fonds de tiroir pour rassembler un maximum d’inédits. On en retrouve une poignée à l’intérêt variable (retenons le Mudhoney-sque “Thrown Up”, bien efficace) ainsi que 8 morceaux issus d’une session au Reciprocal Recording Studio, assez bruts de décoffrage, se voulant proche du son live du groupe à l’époque. Pas inintéressant mais s’agissant de morceaux déjà présents dans d’autres versions, il faut aimer se fader tous les morceaux en double, ou presque (les redites étant déjà nombreuses entre l’EP et l’album).
Jack Endino, Mr Seattle Sound, a en outre remis le nez dans les bandes pour dépoussiérer tout ça et redonner un coup de fouet à des titres qui, avec le temps, pouvaient paraitre un peu mous du genou.

Des rééditions salutaires donc, pour apprécier pleinement deux disques certes non exempts de défauts, mais qui n’en demeurent pas moins les témoignages essentiels des prémices d’un tsunami dévastateur.

Jonathan Lopez

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