Grandmaster Flash & The Furious Five – The Message (Sugarhill)

Publié par le 12 janvier 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

grandmaster-flash-the-furious-five-the-message-delantera1Dire de Grandmaster Flash qu’il est un pionnier relève de l’évidence. Ce monsieur est ni plus ni moins l’homme qui a introduit de nouvelles techniques de mixage comme le scratch ou la reprise de samples faisant passer le DJ du statut de sympathique animateur de soirée (passe-disques) à celui de créateur musical. De son vrai nom Joseph Sandler, sa rapidité lui vaudra d’être affublé du surnom de Flash (comme le super-héros), son agilité et son côté showman (scratch avec les pieds, mains derrière le dos..) lui permettra de devenir Grandmaster.

Non content d’inventer des techniques qui seront reprises dans le monde entier, il s’apprête par la même à populariser un son nouveau hérité du funk et de la soul : le rap, déjà initié par les précurseurs Gil Scott Heron, les Last Poets ou le Sugarhill Gang (et son célèbre « Rapper’s Delight »), mais pas encore réellement établi. Les lettres RAP signifient Rhythm And Poetry (rythme et poésie) et le verbe to rap en anglais veut dire tchatcher. Tout s’explique.

En 1982, entouré de sa clique de MC du Furious Five (Cowboy, Melle Mel, Kid Kreole, Rahiem et Scorpio), il sort son premier album officiel sur le label Sugarhill Records, le cultissime The Message. Ce sera le seul album avec l’effectif au complet. Initialement le Furious Five accompagnait juste Grandmaster Flash sur scène pour « ambiancer » le public lors des soirées. C’est d’ailleurs le rôle premier des « Masters of Ceremony » avant que ceux-ci ne montrent qu’ils ont des choses à dire…

La pochette a de la gueule : sept lascars black aux tenues improbables nous toisent fièrement dans une des rues délabrées du Bronx, deux d’entre eux tenant un ghetto blaster (vous savez ces énormes postes pour diffuser de la zik à plein volume).

L’instrumentation est aux premières loges sur « She’s Fresh » aux forts accents jazzy avec sa section cuivres très présente et sa basse hyper funky. Les MC débordent d’énergie, on ne sait pas si c’est vraiment du rap mais ça détonne.

Bon on ne va pas se mentir, certains titres comme « It’s Nasty » (gros tube à l’époque) ou  l’instrumental « Scorpio » sonnent aujourd’hui méchamment old school et prêtent plus à sourire qu’à l’extase. L’omniprésence de sons synthétiques dont raffolait Grandmaster Flash n’y est pas pour rien, sans parler de l’insupportable effet sur les samples vocaux de « Scorpio ». Mais bon Grandmaster était un bricoleur, grand adepte du collage sonore et certaines expérimentations étaient plus inspirées que d’autres.

Puis le Grand Maître nous ressort de la grosse basse funky sur « It’s a Shame » et ça va mieux. Quelques scratchs bien sentis sont également fort plaisants.

Les deux morceaux suivants ne sont pas inoubliables. « Dreamin' » est un hommage à Stevie Wonder dont on aurait pu se passer.

Sur « You Are », le piano s’invite, ça chante, ça ne rappe pas, on ressort les mouchoirs… J’aimerais bien vous dire que c’est une superbe ballade chargée d’émotion mais je n’en pense pas un mot, personnellement ça me gonfle un peu. Hop on zappe.

Et on fait bien car là on atterrit sur le titre éponyme à tout jamais associé à la légende du rap. Il y a d’abord l’instru mythique, reprise 7 000 fois environ, avec son synthé inimitable et son groove imparable. Mais c’est aussi le premier morceau rap aux textes revendicatifs, les MC Duke et Mel dénonçant les conditions de vie dans le ghetto. Des textes engagés donc et inscrits dans l’histoire, que ce soit les paroles d’ouverture « it’s like a jungle sometimes that makes me wonder how i keep from goin’ under » ou celles du refrain « don’t push me cause I’m close to the edge. I’m trying not to lose my head. » Des phrases qu’on a tous entendu des tonnes de fois tant elles ont été samplées à outrance. À juste raison.

La réédition de l’album bénéficie d’un titre bonus non négligeable : « The Adventures of Grandmaster Flash on the Wheels of Steel ». Démonstration du savoir-faire du DJ aux platines passant d’une instru à l’autre avec une aisance bluffante (surtout pour l’époque). Il utilise un paquet de samples (« The Rapture » de Blondie, « Another One Bites the Dust » de Queen, « 8th Wonder » de The Sugarhill Gang, « Monster Jam » de Spoonie Gee, « Life Story » de The Heller), le tout agrémenté de scratchs pas dégueu.

À l’époque, le rappeur est rélégué au second plan derrière le DJ, c’est donc Grandmaster Flash qui récolte l’exposition suite au succès phénoménal de l’album. Qu’importe, le message est passé, le rap va devenir un vecteur social privilégié et débouler en masse dans les bacs et sur les ondes. Dès lors, les Beastie Boys, Public Enemy, Run DMC et autres Afrika Bambaataa ne vont pas tarder à se faire un nom et la culture hip hop va se répandre comme une trainée de poudre.

La suite de sa carrière sera assez chaotique mais cela ne l’empêchera pas de livrer à doses homéopathiques son lot de classiques indémodables. Il deviendra également un grand spécialiste du remix.

À l’heure où le rap tourne en rond et ne livre plus grand chose de bon (mais ça arrive encore, comme avec The Doppelgangaz), un retour aux sources est toujours salutaire et extrêmement plaisant. Disque indispensable, cela va sans dire.

 

JL

 

Écoutez « The Message »

 

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