Gang Starr – One Of The Best Yet

Publié par le 7 janvier 2020 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Gang Starr Enterprises, 1 novembre 2019)

Il est temps d’enfiler de nouveau le bleu de chauffe. Hors de question que le dernier Gang Starr, déjà tristement (injustement ?) absent de mon top, ne figure pas non plus à la case chroniques d’Exit. 

D’autant qu’il revient d’assez loin celui-là. Certains éléments laissaient craindre le pire. Un Gang Starr nouveau neuf ans après la mort de SA voix Guru et 16 ans après leur dernier bijou, The Ownerz, ça sentait mauvais le raclage de fonds de tiroir. Le nom de l’album (reprenant le fameux sample de “Full Clip”) ainsi que l’intro medley de leurs meilleurs morceaux n’étaient pas non plus de nature à rassurer. 

Mais il faut surtout voir là un hommage de DJ Premier à son pote et comparse de quinze ans de carrière avant que l’eau ne coule sous les ponts et que la faucheuse ne les sépare définitivement. Et il faut croire que les tiroirs de Preemo (en réalité, ceux de Solar pour qui Guru avait initialement réalisé les enregistrements entendus ici) recèlent de merveilles inexploitées. Certaines viennent ainsi rejoindre d’emblée leur glorieuse descendance. C’est le cas de “Lights Out” et son instru totalement obsédante avec un M.O.P remonté comme une pendule, ou “Family And Loyalty” et sa petite boucle de piano mélancolique on ne peut plus appropriée au message délivré (on y reviendra). 
De Famille et Loyauté, il est question puisque de nombreux MCs de renom (voire de légende) viennent prêter main forte à l’hologramme vocal de Guru. Q-Tip plante un refrain de grande classe qui donne une tout autre dimension à un “Hit Man” assez classique, “From A Distance”, renforcé par un Jeru The Damaja en forme olympique, s’impose en classique immédiat. Et il est tout à fait jouissif d’arpenter une dernière fois le ghetto new-yorkais aux côtés de Guru accompagné par un Talib Kweli qui s’y connait un peu sur la question “Business Or Art”. Quant à l’instru tendue de “Take Flight (Militia, pt 4)”, elle colle impeccablement à l’équipe de teigneux résolument offensifs recrutés pour l’occasion (Big Shug et Freddie Foxxx). 
Regrettons tout de même un “Get Together” qui aurait pu être de très bonne tenue s’il n’était plombé par un refrain RnB bien vilain et inapproprié (on n’applaudit pas Ne-Yo pour sa contribution alors que la rappeuse Nitty Scott fait, en revanche, preuve d’un aplomb et talent certains). Globalement cela demeure donc du haut, du très haut niveau. Et quel bonheur d’entendre à nouveau retentir le flow de master Guru sur les instrus de son compère historique (on n’a rien contre Solar mais clairement la vraie team de tueurs c’est bien celle-ci et il était presque incongru de voir Guru collaborer avec un producteur d’un niveau modeste après avoir fait ses gammes auprès de la crème de la crème). On n’avait aucun doute sur la capacité de Preemo à composer de nouveau des instrus d’une efficacité effarante mise en œuvre avec une précision d’orfèvre mais ressusciter ainsi son ancien acolyte et par la même son groupe mythique sans lui faire injure, relevait d’une toute autre difficulté. 

Au final, plus qu’un hommage à Keith “Guru” Elam, One Of The Best Yet constitue une ode au real hip hop. Celui de Gang Starr, celui qui traverse les générations, de Talib Kweli à Nitty Scott (laquelle avait 13 ans quand le dernier Gang Starr est sorti !) en passant par Q-Tip, M.O.P. ou Jeru The Damaja. Et certains non présents ici ont également droit à leurs salutations distinguées, sans oublier le taquet aux imposteurs (“Diamonds are forever like family and loyalty. Or real rap songs like C.R.E.A.M. or My Melody. Diamonds are forever like my infinite thought. Like respect in the hood that can’t be bought” sur “Family And Loyalty” ou “Word to God, if Big and ‘Pac was still here. Some of these weirdos wouldn’t act so cavalier. We all know that the game has changed. It’s crazy out here, rap’s got a bad name” sur “Bad Name”). 
Guru déplorait que “Too Many Rappers” s’échinent à quémander une place au soleil sans avoir le quart de leur talent (“So many rappers in search of fame, And most’ll be lucky if we remember their names“), les preuves sont ici irréfutables. Gang Starr demeure encore et toujours une référence absolue. Les rois, pour ne pas dire les dieux vivants, du boom bap. One Of The Best. Définitivement.

Jonathan Lopez

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