Gang Of Four – Entertainment!

Publié par le 14 janvier 2018 dans Chroniques, Incontournables, Notre Sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Warner Bros, 1979)

Après le forfait commis par le vil BCG, je me dois de réhabiliter en ces pages ce grand disque qu’est Entertainment! de Gang Of Four.

En 1979, le mouvement punk s’essouffle (déjà) et le post punk pointe le bout de son nez. Gang Of Four évolue du côté lumineux de la force post punk. Point de synthés ténébreux ici ni d’atmosphères gothiques, mais des guitares acérées et tranchantes, une hargne omniprésente et des morceaux terriblement entrainants emmenés par la basse virevoltante de Dave Allen.

L’incendiaire “Ether” ouvre les hostilités. Le feu est déclaré dans votre salon. Et ce n’est pas l’instabilité chronique de “Not Great Men”, son groove spasmodique qui va vous calmer. Ça respire l’urgence, la tension et ça n’hésite pas à mélanger amoureusement funk, dub (aaah le mélodica !) et punk, évidemment… Tout ce qui bouge et remue nos tripes. Le jeu de basse phénoménal de Dave Allen a d’ailleurs bien traumatisé Flea (Red Hot) « ça a complètement changé ma façon de voir le rock et ça m’a poussé à devenir bassiste » dira-t-il des bonbons plein les yeux rien qu’en y repensant. Un album qu’on retrouve également dans le top 50 des disques préférés de Kurt Cobain qui n’a pas dû rester insensible au son de guitare d’Andy Gill, aiguisé à souhait, qui n’en fait pas des caisses, mais se contente d’asséner les coups de poignards. C’est sec, sans fioritures, ça pique bien là où il faut (« At Home He’s A Tourist »).

La formule est parfois simple et efficace comme ce « I Found That Essence Rare » très pop/punk façon Buzzcocks ou Clash des débuts. Mais on tombe aussi sur des compos bien plus complexes à l’image de la stupéfiante “Anthrax” et son intro en plein brouillard drone. Un cataclysme arrive pense-t-on alors mais c’est une session rythmique funky en diable qui surgit. Et tandis que Jon King chante l’anti-amour (« l’amour comme de l’anthrax »), Andy Gill au fond de la pièce débite des propos inintelligibles façon écriture automatique. Comme de faux-airs de Lou Reed sur “Sister Ray”. Vous avez dit génial(ement barré) ?

Les morceaux s’enchainent, plus parfaits les uns que les autres, on danse, on s’excite, on hurle, on ne s’arrête pas. Jamais. Et on oublie presque qu’en chemin on s’est mangé le tube ultime en pleine trogne. “Damaged Goods” et sa basse fabuleuse, son rythme infernal. “Your kiss so sweet, your sweat so sour“. Ça doit être à ça que ressemble le paradis. Dès sa sortie le morceau s’impose comme un hit ultime, bombardé par John Peel, il est l’indie single numéro 1 des charts. Notez que c’est un peu mieux que Franz Ferdinand (encore un qui leur a tout pompé, au passage..).

On vous épargne la liste d’artistes qui ont appris la vie avec ce disque et ont réinjecté du Entertainment!, à plus ou moins forte dose dans leurs groupes respectifs, mais on se contentera d’un dernier : Fugazi, avec qui les points communs sont légions. On retrouve ces lignes de basse de mammouth, ce feu permanent, ces irruptions noisy et… des textes très politisés.

Oui, car derrière le côté dansant des morceaux, le titre faussement aguicheur (Entertainment!), les textes qu’on pourrait penser écrits par de jeunes fêtards (« please send me evenings and weekends ») cachent de vraies prises de position affirmées. En y regardant de plus près, la pochette habillée d’un rouge vif, marxiste, présente une petite BD dénonçant l’exploitation des indiens et le divertissement proclamé en titre n’est qu’un appel à la consommation de masse. Les paroles de l’érudit Jon King ne sont pas très fleur bleue (les prisonniers politiques nord-irlandais sur « Ether », l’aliénation sur « Natural’s Not In It », la vie prolétaire sur « At Home He’s A Tourist », la théorie des grands hommes sur « Not Great Men »…). De quoi faire trembler dans les chaumières thatchériennes.

A sa réédition, Entertainment! s’est vu enrichi de trois (puis 4) nouveaux morceaux du même acabit, issus du Yellow EP. Aujourd’hui considéré comme un des piliers du post punk, Entertainment! est bien plus que ça : une œuvre unique, toujours aussi incroyablement jouissive et rentre-dedans près de 40 ans plus tard. Il va sans dire que vous feriez un bien fou à votre discothèque en la dotant de ce disque majeur.

JL

 

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