Arcade Fire – Funeral

Publié par le 13 septembre 2019 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Merge, 14 septembre 2004)

Il y a quinze ans, on assistait à l’avènement d’un groupe phare des années 2000 : Arcade Fire. Le groupe canadien, originaire de Montréal, réussissait le coup de maitre de sortir un classique intemporel dès son premier album. Et son meilleur disque (?).

Très tôt adoubé par David Bowie (y’a pire pour débuter dans le métier) et acclamé par la critique nord-américaine, Funeral a rapidement déferlé sur l’Europe. Déjà très amateur de la scène canadienne et du label Constellation (Godspeed You! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion, Do Make Say Think…), je suis forcément tombé sur ce disque en 2005 à sa sortie européenne. Avec un nom pareil, on pouvait craindre un album sombre et les premières écoutes furent assez surprenantes. Malgré de nombreux décès survenus dans l’entourage du groupe à l’époque de la genèse du disque, c’est pourtant une énergie folle et un lyrisme incandescent qui émanent d’une bonne partie des 10 titres. Comme une furieuse envie de (sur)vivre.

Malgré le deuil, le groupe va aligner hymnes (pop)-rock épiques et addictifs, alternant avec quelques titres touchants et plus introspectifs (le folk élégant de « Neighborhood#4 (7 Kettles) »). L’album est riche, plein de surprises, foisonnant d’instruments divers, et de cordes élégantes. Et malgré une production qui sonne aujourd’hui un peu « plate », le charme opère toujours. Par la grâce d’un songwriting d’orfèvre. Dès les premières notes de piano de « Neighborhood#1 (Tunnels) », on replonge. Le rythme en crescendo, le motif répétitif piano-guitare, le chant erratique mais habité de Win Butler, les envolées de cordes. Quelle ouverture d’album ! Le groupe a soigné ses effets et la clôture est tout aussi sublime avec ce « In The Backseat » explicite où la voix, tour à tour fragile et déchirante de Régine Chassagne fout le frisson. Sur le titre le plus tragique, évoquant la mort de sa mère. Si l’on peut trouver à redire sur la qualité technique et vocale du duo Butler-Chassagne, la sincérité, la fragilité et l’émotion qui émanent des titres plus intimistes emportent l’adhésion. Et le groupe est par ailleurs capable de semer un beau petit brin de folie dans des titres de facture classique comme « Une année sans lumière » ou « Crown Of Love », au final assez halluciné tout en violons. Ou de s’évader vers d’autres contrées musicales comme sur le tropical « Haiti » qui évoque (en partie en français) le pays d’origine de Régine Chassagne.
Mais c’est surtout l’énergie flamboyante du septet qui irradie des titres les plus énervés. Pour un « Neighborhood#2 (Laïka) » un poil faiblard, on a un trio de titres parfaitement disséminés dans l’album pour ranimer le feu qui couve. « Neighborhood#3 (Power Out) » sonne une première charge. Les chœurs, les envolées de cordes, la batterie qui claque, Win Butler qui s’époumone comme un beau diable : le groupe met ses tripes sur la table. Que dire alors du lyrisme qui embrase un monument comme « Wake Up » ? À chaque grand classique sa chanson emblème. Arcade Fire signe la sienne avec cet hymne enflammé. Rythmique rock frondeuse, chœurs incandescents, Win Butler qui déclame lentement sa mélancolie. Le titre en crescendo s’embrase sur une envolée vocale de Régine Chassagne et de cordes qui fait toujours son petit effet. Et une dernière minute et demie, dansante et inattendue. Magistral ! On se prend vite à ce jeu, à sautiller au rythme de la ligne de basse de « Rebellion (Lies) », et nous voilà ensuite debout, poing levé, à scander ce « Everytime you close your eyes » comme un possédé avec les chœurs.

Avec ce classique des années 2000, Arcade Fire s’imposait d’emblée dans le paysage rock mondial. Si le groupe a ensuite soigné ses productions, en invitant par exemple derrière les manettes James Murphy (LCD Soundsystem) ou Thomas Bangalter (Daft Punk) sur ces 2 derniers disques, Funeral reste pour beaucoup leur apogée discographique.

Sonicdragao

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