Frustration – So Cold Streams

Publié par le 16 octobre 2019 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Born Bad, 18 octobre 2019)

Empires Of Shame, troisième album de Frustration, était frontal, définitif, comme un coup de marteau du juge entérinant une sentence irrévocable.

Que pouvait-il donc se passer après cela ? Rebelote, on assène, on scande, on fonce dans le tas, on emballe et on dit merci ? Trop facile. Et la facilité n’est pas vraiment le genre de la maison.

“Insane” qui porte remarquablement son nom, décontenance d’emblée en activant le mode pilonnage indus décérébré. L’usine se met en branle. Ça turbine sans relâche. Mécaniquement et méthodiquement. La rythmique martèle, imperturbable, les synthés sont minimalistes et Fabrice Gilbert débite, impassible à la Mark E. Smith, tel un robot déshumanisé. Il prend ensuite le relais de ses synthés couillons et y va de son lalalala sur fond de INSANE INSANE INSANE. On se tue à la tâche en sifflotant. C’est bête comme chou, c’est bon comme tout.

Frustration aurait-il fondamentalement changé ? Certainement pas. Les revoilà très vite reprenant leur schéma habituel et leur rythme de croisière effréné (“Pulse”). Un riff à deux doigts, une basse anémique qui matraque. Le reste suit. Comme il peut.

Le meilleur est à venir. Le meilleur ? “Slave Markets” et sa ligne de basse délicieuse qui nous fera immanquablement frémir en live. Ce faux rythme qui ne demande qu’à décoller, et Jason Williamson qui déboule et déclame, accompagné d’un oud (instrument oriental à cordes), alimentant le brasier jusqu’au final, où tout crame pour de bon. Il était temps de concrétiser l’amitié Frustration/Sleaford Mods et le résultat est au-delà des attentes. Reviens quand tu veux, Jason !

Dès lors, la machine est définitivement lancée, l’urgence est toujours là, les fioritures toujours pas, et les surprises ne manquent pas. Frustration expédie les affaires courantes (“When Does A Banknote Start To Burn?”, 1’30 chrono), se permet un “Brume”, rongé par l’anxiété, en français dans le texte et dans le chant (ce qu’il ne s’était jusque-là autorisé qu’en EP), Fabrice, éternel sosie vocal de Ian Curtis, redescend de quelques octaves et se fait passer pour un chanteur pop, plus mélodique que jamais. C’est si bien réalisé et jubilatoire qu’on n’y voit que du feu (“Lil’ White Sister”). Pour fêter ces retrouvailles réjouissantes, le groupe invite “Some Friends” dans un foutoir post punk galvanisant où on retrouve même « Erik Satie in [their] bedroom » ! Et alors qu’on pense entrevoir “Le Grand Soir”, voilà qu’on nous indique le chemin de la sortie, dans une relative quiétude. Surprenant. “Le Grand Soir” n’est donc pas pour tout de suite mais Le Grand Disque est là. On commence à y être habitués.

Jonathan Lopez

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