Fresh Fruit For Rotting Vegetables des Dead Kennedys a 40 ans. Chronique

Publié par le 14 septembre 2020 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Alternative Tentacles, 2 septembre 1980)

40 ans que Jello Biafra vocifère, nous incite à lyncher notre patron, à tuer pauvres et enfants, à le ravitailler en drogue, à partir en vacances chez Pol Pot… 

4 décennies qu’est sorti le premier Dead Kennedys, soit quelques années après la première vague punk et alors que certains avaient déjà opté pour un franc ralentissement de leur son, une approche plus cérébrale, moins physique, Dead Kennedys sortait un disque gorgé de riffs saignants, d’humour grinçant, de prises de position sans équivoque, de refrains addictifs expédié en moins de deux minutes. Le monde s’est mangé de plein fouet les premières velléités punk british, a trippé sur les imparables mélodies sucrées et survitaminées des Ramones, il va morfler face à la radicalité des Dead K quand une partie du public a décidé bien trop prématurément que ce genre de musique d’effrontés appartenait au passé. On se sent indéniablement cool et rebelle en écoutant du punk, on ressent un certain danger ici face à ce qui reste le manifeste du punk hardcore pour beaucoup. Une musique à ne pas mettre entre les oreilles de gamins qui n’ont rien dans le ciboulot, pas de posture bon marché, un vrai bon mollard agrémenté de dégueulis à la face de l’Amérique bien-pensante. 
Jello impressionne en leader d’un gang de furieux, gueule des slogans imparables… S’il y en a qui peuvent dégager Reagan (fraîchement élu), ce sont forcément eux. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si JB était candidat à la mairie de San Francisco et fut loin d’être ridicule à l’arrivée (4e des suffrages). Le charisme était déjà là. Mais on préfère quand même le voir gesticuler derrière un micro avec ses potes hystériques et bruyants ou associé à Greg Ginn (Black Flag) au sein d’Alternative Tentacles, qu’entouré de conseillers avec des attachés-case. 

Son chant semble constamment au bord de la rupture, la tremblote menaçante. Si certains morceaux sonnent très english punk (“Let’s Lynch The Landlord”, “Your Emotions”) ou cherchent avant tout à aller plus vite que la musique (“Stealing People’s Mail” flashé à 112 BPM), si les riffs dézinguent tous azimuts, la section rythmique fait tout sauf de la figuration et les nuances ne manquent pas. C’est fiévreux, urgent, déjanté aussi. Et plus fin qu’il n’y parait. 
Le groupe se démarque, ose, réussit et semble autrement plus chevronné que, au hasard, certains Pistols ou Clash, à qui on avait mis des instruments entre les mains trois semaines avant de passer pa la case enregistrement. Ainsi, au-delà de l’énergie (folle), des refrains (dingues), on trouve des expérimentations, du moins des subtilités (géniales). L’intro mythique de “Holiday In Cambodia” qui tient plus de Bauhaus que des Damned, le pont rampant de “California Über Alles”, le riff aux airs d’épouvante de “When Ya Get Drafted”, le break improbable, en forme de manège désenchanté, qui vient interrompre la furie de “Chemical Warfare” (alors qu’entre nous, avec un refrain et un riff pareil, il y avait déjà de quoi bomber le torse, même face aux tueries qu’on ne vous fera pas l’injure d’énumérer ici). Ces gars sont fous et foutrement bons. 

Aujourd’hui encore, qu’on ait le dos qui grince ou pas, “California Über Alles” demeure d’une efficacité absolue et donnerait presque envie d’inscrire son fils aux jeunesses hitlériennes (comment ça, ça n’existe plus ?). En réalité, il s’agit ni plus ni moins d’un démontage en règle du gouverneur californien de l’époque, Jerry Brown. Derrière l’apparente gaudriole, les DK allument tout le monde, même Elvis, symbole à la fois du cool et du capitalisme décomplexé, en prend pour son grade, le temps d’un “Viva Las Vegas” bien allumé, parce qu’il faut bien décompresser quand on revient d’un séjour chez les Khmers rouges. Pire cauchemar des cathos coincés, extrémistes de tous poils, libéraux sans foi ni loi, Dead Kennedys échappait dans un premier temps à la censure (pas pour longtemps) mais était déjà dans le viseur de toutes les autorités. Musique du diable et propos outranciers, ça faisait beaucoup pour un seul groupe. Pourtant, 40 ans après, aucun froc baissé, une discographie exemplaire puis des différends inévitables, des chemins qui se séparent et des souvenirs gravés sur bande, quand l’insouciance était maître. 
Que reste-t-il désormais ? Des tubes qui filent toujours autant le frisson et un disque qui sent toujours la poudre à des kilomètres. Force est de constater que malgré le poids des années, ces fruits-là, même mêlés à tout un tas de légumes pourrissants, ont conservé leur fraîcheur d’antan.

Jonathan Lopez

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