Foo Fighters – The Colour And The Shape (Capitol)

Publié par le 27 janvier 2014 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

FooFighters-TheColourAndTheShapeOn n’oublie pas son premier amour. Même si on ne la revoit pas très souvent, qu’on n’a plus du tout envie de se mettre avec elle ou même qu’on ne la trouve plus aussi attirante et sexy, on aura toujours pour elle (ou lui selon les cas) une affection particulière, une certaine nostalgie voire un plaisir indéniable à la revoir et partager sa compagnie.

Je ne dis pas que The Colour And The Shape est le premier album rock que j’ai eu entre les oreilles, mais ce fût un grand choc musical dans un milieu peu perméable au rock indé, voire au rock tout court, en cette époque où internet n’était pas encore dans tous les foyers et où la radio nous avait vendu Oasis ou les Cranberries comme ce qui se faisait de plus rock dans le monde. J’avais bien évidemment entendu parler des Foo Fighters, le « groupe du batteur de Nirvana », mais puisque plus personne n’écoutait de rock dans mon entourage depuis 1995, je n’avais pas eu forcément l’occasion d’entendre leur premier disque. Oui, j’avais écouté Nirvana auparavant, mais c’était un souvenir lointain (2 ans, à la préadolescence, c’est une éternité), et j’étais anesthésié de soupe britannique quand j’ai entendu pour la première fois « Monkey Wrench », indéniablement le tube de l’album.

Aussitôt, j’ai eu l’impression que c’était là la musique que j’aimais, celle que je voulais écouter à jamais. Et, si mon parcours musical fût encore semé d’errances et d’embûches, je réalise aujourd’hui que la préadolescence est bien loin (bien plus de deux ans en arrière) que mon pressentiment était juste puisqu’aujourd’hui encore ce rock indé accessible et néanmoins saupoudré de punk compose une grande partie de la musique que j’écoute.

Cet album est le premier album des Foo Fighters en tant que groupe, puisqu’il n’y avait qu’un musicien (et Greg Dulli en guest) sur l’ensemble du précédent, même si on sent que Dave Grohl est à la tête des manœuvres et qu’il a encore des choses à régler avec les années Nirvana et la mort de Cobain. Je reste d’ailleurs encore persuadé à ce jour que le morceau « February Stars » est dédié à ce dernier. Et comme souvent quand les musiciens ont quelque chose à prouver, il se dépasse et nous pond ce qui est le meilleur album des Foo Fighters à ce jour.

Produit par Gil Norton, et pas par hasard*, The Colour And The Shape enchaine les moments pêchus et calmes avec un sens mélodique sans faille, et se permet de mélanger hardcore (« Enough Space »), pop (« See You ») et délires bruitistes (« My Poor Brain »), toujours pour le meilleur. Bien sûr, tout le monde retiendra les tubes, « Monkey Wrench » que j’ai déjà cité, mais aussi « My Hero » et « Everlong », qui restent quoi qu’il en soit de bons morceaux. Mais l’album comporte en vérité peu de morceaux faibles (je ne citerai que « Up In Arms » qui reste très sympathique) et Dave Grohl y est vraiment au meilleur de son inspiration : il est juste. Gueulard mais pas trop, pop mais sans tomber dans le mielleux, le son est travaillé mais sans être surproduit, les morceaux sont encore une fois de qualité et surtout l’album est d’une grande cohérence, ce qui permet de l’écouter d’une traite sans se lasser, fait rare chez les Foo Fighters.

 The Colour And The Shape est aussi une malédiction pour les musiciens qui l’ont composé. L’album a du être enregistré deux fois, et c’est le batteur William Goldsmith, rescapé de Sunny Day Real Estate qui en fera les frais puisque toutes ses parties de batterie ont été réengistrées par Grohl. Celui-ci avouera plus tard qu’il ne savait pas à l’époque s’il voulait faire de la guitare ou de la batterie. On sent les hésitations, les balbutiements et la pression d’un groupe qui a déjà un nom mais pas encore vraiment d’existence, le spectre et néanmoins l’envie de se détacher de Nirvana, et tout ce tumulte porté par la musique donne un grand album.

Tout le long de leur carrière, les Foo Fighters seront comparés à ce disque, et ne comprendront pas comment, s’étant améliorés en tant que groupe, ils ne pourront en dépasser l’impact. C’est à mon avis prendre le problème à l’envers, puisque c’est justement ces imperfections du groupe qui font toute la qualité de l’album, et des prestations live de cette période. Le côté punk, en quelque sorte. Et être devenu un groupe de rock à papa les empêche fatalement de reproduire cette fraicheur et cette spontanéité. Prenez un morceau comme « Wind Up », ça plaira certainement moins à l’auditeur moyen de Oui FM que « All My Life » ou « Best of You », mais qu’est-ce que c’est bon !

En résumé, c’est son temps chez Nirvana qui a fait le succès de Dave Grohl, c’est indéniable, mais ce sont certainement des albums comme The Colour And The Shape qui ont aidé à forger son inaltérable capital sympathie. En tout cas, bien que je réécoute moins souvent ce disque avec l’âge, il n’a rien perdu de son charme, et j’éprouve toujours un grand plaisir à le faire.

 

BCG

 

*C’est ouvertement pour son travail avec les Pixies, sa capacité à faire de vrais morceaux pops à partir des compos bordéliques de Frank Black, que le producteur a été choisi.

 

 

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