The Gun Club – Fire Of Love (Fury)

Publié par le 1 août 2016 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

The-Gun-Club-coverJeffrey Lee Pierce avait déjà sacrément roulé sa bosse avant de monter le Gun Club. Après avoir crapahuté dans bon nombre de groupes d’inspiration punk, déjà (le Delta Blues notamment), fait parler sa plume pour le fanzine Slash Magazine, crié son amour pour Blondie en tant que président de son fan club (!), il finit par se trouver l’escouade idéale pour atteindre les sommets qui n’attendaient que lui.

Au sein de cette escouade, celui qui l’épaulera à la guitare et dont le parcours est curieusement assez analogique au sien, Brian Tristan plus connu sous le nom de Kid Congo Powers. Avant le Gun Club, le père Brian était lui aussi président d’un fan club, celui des Ramones, et fondateur du fanzine The Screamers. Ils étaient faits pour s’entendre.

Le groupe se nomme initialement The Creeping Ritual avant d’opter pour un nom plus agressif à l’oreille, The Gun Club. Kid Congo se tire peu avant la sortie de Fire of Love, pour rejoindre les Cramps. Pas mal non plus.

Jeffrey Lee Pierce ne se laisse pas démonter et, entouré de Ward Dotson (guitare, slide guitare), Rob Ritter (basse), Terry Graham (batterie), balance un impérial premier album en 1981. Fire Of Love donc.

Pierce était un bon vieux déglingué, fort instable comme sa musique, préférant snober un soundcheck pour aller se bourrer la gueule. Avec le Gun Club, il s’était mis au point un petit cocktail maison en puisant dans les racines américaines (blues, country), le tout rehaussé d’une dose de punk. Bien chargée la dose.

L’entame de Fire Of Love est à haute teneur inflammable. Single intemporel, « Sex Beat » est irrésistible. « So you can move, move » exhorte Jeffrey autant pour alimenter le coït brûlant que pour rameuter ses troupes, sans oublier d’avertir « we can fuck forever but you will never get my soul ». S’ensuit une furieuse reprise du « Preachin’ The Blues » de Robert Johnson. Dépoussiéré, branché sur 1000 volts, le blues des ancêtres.

On l’a dit les racines sont importantes pour le Gun Club, qui aime faire trainer un bon vieil air innocemment country avant de tout envoyer valser dans une virée sauvage (« Ghost On The Highway »), ou rendre incandescent un blues qui se serait bien contenté de n’être que lancinant (« Promise Me » et son violon qui squatte le fond sonore).

Indomptable, ce disque l’est de bout en bout, rempli de ruptures intempestives. Comme quand JLP décrète que le « fire will stop » (« Fire Spirit », autre tube éternel, à tout jamais affublé du label cool) ou sur l’endiablé « For The Love Of Ivy », le groupe appuyant sur le champignon quand ça lui chante, mais toujours à bon escient.

L’assemblage est parfait : riffs tranchants, basse-batterie constamment sur le qui-vive et un Jeffrey qui éructe, scandant un amour semblable à celui qu’il porte à la poudreuse (« She’s Like Heroin To Me »). Vous avez dit tourmenté ?

Le Gun Club est souvent affublé du qualificatif punk bluesy, il faut avouer que ça lui sied assez bien (écoutez moi « Jack On Fire » pour voir). Et après un bon Jack, après avoir mis le feu à tout ce qui bouge, Jeffrey aurait bien besoin d’un bon verre d’eau. Ça fait du bien de temps en temps. En résulte le sexy et rampant « Cool Drink Of Water », titre le plus long et hanté de l’album. Sans oublier les petites montées d’adrénaline. Ou d’héroïne, c’est selon. Un titre très Doorsien, qui n’aurait sans doute pas déplu à Jim Morrison. Gageons qu’il lui a demandé lorsqu’il l’a rejoint en 1996 au paradis des allumés partis trop tôt.

Une chose est sûre ce punk bluesy (ou blues punky), prôné et porté très haut par le Gun Club, a fait des émules. Parmi eux, un certain Bertrand Cantat qui n’a cessé de clamer son admiration pour le groupe, et dieu sait que ça s’est entendu des années après sur les albums de Noir Désir*. Quand Jack White, autre héritier, s’étonnait lui que les morceaux « Sex Beat », « She’s Like Heroin To Me », et « For The Love Of Ivy » ne soient pas étudiés à l’école. Il a pas tort, ça nous aurait changé des leçons de flûte.

JL

*On retrouve d’ailleurs sur 666.667 Club le morceau « Song For JLP », hommage à Jeffrey Lee Pierce.

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