Fátima – Turkish Delights

Publié par le 11 mai 2020 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Musikoeye, 10 avril 2020)

Ils sont gras, sales, visqueux, inélégants, sentent la sueur voire la rouille, si ce n’est les deux. Tout ce qu’on aime donc.

Les parisiens de Fátima semblent s’être trompés de nom et d’époque et régale de Turkish Delights qui ont plutôt le goût des plaisirs gourmands des années 90. Kilos de fuzz, riffs massifs distribués à foison, breaks Melvins-iens et mélodies qui viennent des tripes. De quoi être ignoré superbement par la presse musicale d’aujourd’hui et de quoi ravir les galériens comme nous qui ont toujours rêvé d’être des teenagers à Seattle en 89.

On le sait, on essaie de l’éviter mais on tombe dedans plus souvent qu’à notre tour, le journaliste musical a la fâcheuse tendance à chercher des points de comparaison (parfois capillotractés) avec d’illustres prédécesseurs pour situer un nouveau venu que personne ne connait. Cette fois, on veut bien être pendu haut et court si vous n’entendez pas la même chose que nous : la voix éraillé du gars qui s’agite derrière le micro, charriant autant de souffrance que d’énergie juvénile, ressemble furieusement à celle d’un certain Kurt Cobain. Ça n’est pas pour nous déplaire et ça rend plutôt pas mal sur un CV.

Le hasard faisant bien les choses, c’est à un (pseudo) sosie, physique cette fois, de Cobain que nous renvoie également la musique de Fátima : la version Seine St-Denis de l’icône grunge, Jessica93.
Si leur musique peut paraitre plus imprégnée d’urgence grunge que de plombage cold wave, il n’est pas rare en effet que certains passages évoquent les longs tunnels crasseux affectionnés par ce dernier (l’attaque de “Saliva Bath”, le riff tournoyant de “Concubines Of Salem” ou le break tortueux de “Rub The Lamp”). Des affinités qui se prolongent même dans le choix de leur ingénieur du son, Vincent Gregorio, qui a également œuvré aux côtés dudit Jessica/Geoffroy. Voilà pour le name-dropping. Et ne jouez pas aux vierges effarouchées, on sait que vous aimez ça.

Mais rassurez-vous (ou pas), Fátima fait plus que nous exhorter à jouer à “Qui est qui ?”, il n’a pas oublié de composer d’excellents morceaux. Huit seulement, mais un grand huit. Avec de l’immédiat bien âpre et concis comme il se doit (“Concubines Of Salem” en mode Bleach 2020, “Toy Poodle” frisant le stoner) et du moins hargneux mais tout aussi appréciable (“Gooey Syrup” qui cumule riff orientalisant et refrain explosif). Orientalisant oui, parfaitement. C’est là une autre de leurs caractéristiques (c’est aussi là que les noms du groupe et de l’album prennent leur sens) et le mariage fonctionne à merveille (écoutez-moi ce “Peter Pan Tights”, et admettez l’évidence).

On est allés vérifier a posteriori. Leur premier long format, Moaner (2019), avait déjà tout d’un grand, ne lui manquait qu’un peu de souffle. Turkish Delights constitue donc un enfonçage de clou en bonne et due forme. C’est là qu’on est censé conclure qu’on attend désormais de ce groupe bourré de talent qu’il affirme davantage son identité, s’affranchisse de ses influences pour franchir un pallier, blablabla… Honnêtement, on s’en fout pas mal. Si le troisième album de Fátima est du même tonneau que celui-ci, personne ne s’en plaindra.

Jonathan Lopez

L’album s’écoute ci-dessous et s’achète .

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