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Bärlin – The Dust of our Dreams

Publié par le 21 mars 2020 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Bärlin – The Dust of our Dreams

(Lilian Prod / L’Autre Distribution, 27 mars 2020) Parfois, vu toutes les sorties qui s’amoncellent à certaines périodes de l’année, un tri s’opère instinctivement entre les écoutes prioritaires et celles qu’on met de côté pour plus tard. Soyons honnêtes, le nouvel album de Bärlin avait de bonnes chances de se retrouver dans cette dernière catégorie. Mais la singularité de ce groupe demeure un fort pouvoir d’attraction et dès le premier single dévoilé, on était invités à s’y replonger sans calcul. Dans ce métier, la curiosité est un bien joli défaut et un groupe capable de nous emmener là où on ne l’attend pas peut très vite supplanter celui qui récite ses gammes gentiment. Confirmation immédiate avec ce début d’album en forme d’enchantement (“Pagan Rituals”). Très longue intro qui sent la classe à 15 bornes, clarinette subtile avant l’arrivée d’une basse imposante. Décollage immédiat et frissons à tous les étages pour les plus sensibles. Le chant est remarquablement posé, distillé avec parcimonie, et le timbre toujours aussi singulier. Dans le dernier tiers de cette pièce magistrale de plus de 10 minutes, la basse ne se contente plus d’accompagner, elle écrase tout dans un final qu’on doit bien se résoudre à qualifier de heavy. Pour le reste, on oscille davantage entre rock feutré et ténébreux (qui serait probablement adoubé par sir Nick Cave himself) et jazz élégant (non sans réfréner quelques pensées furtives envers Morphine). C’est aussi lent que captivant (“The Dust Of Our Dreams”, sublime) et il est toujours aussi réjouissant de s’immerger dans un univers d’une telle richesse façonné par trois hommes seulement, sans guitare aucune mais avec une patte certaine (si un jour on m’avait dit que je conterais monts et merveilles d’un groupe constitué d’un chanteur/clarinettiste, un bassiste et un batteur…). Plus loin, c’est “Black Heart” qui nous fend le cœur en deux. Porté par la voix chevrotante et pourtant pleine d’assurance de Clément Barbier, le titre se mue ensuite en instrumental, et prend une toute autre dimension. Voilà pour les moments de grâce indéniables mais la force de ce disque demeure sa grande cohésion d’ensemble, sa capacité à vous transporter dans une bulle hors du temps, de la folie humaine et de la peur du Coronavirus. Assurément dépaysant, peut-être aride pour les fermés d’esprit (pauvres d’eux), The Dust Of Our Dreams mérite largement qu’on s’y attarde et qu’on lui accorde le temps nécessaire pour dévoiler tous ses charmes. Maintenant que vous êtes prévenus, ce serait dommage de rester au pied du mur. Jonathan Lopez Tous nos articles sur...

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Human Impact – Human Impact

Publié par le 18 mars 2020 dans Chroniques, Incontournables, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Human Impact – Human Impact

(Ipecac, 13 mars 2020) En voilà un qui tombe à pic. Alors que tout part à vau-l’eau, que chaque jour le nombre de morts augmente sensiblement, que l’on ne sait pas de quoi demain sera fait et quand on pourra repointer son nez dehors, Human Impact arrive avec son premier album, anxiogène à mort. Si avec ça, vous avez envie de sortir, c’est que vous aimez le danger. Ce supergroupe (parce qu’il faut bien l’appeler ainsi) était forcément destiné à nous en mettre une belle. Prenez un Unsane (Chris Spencer, guitare-chant), deux Cop Shoot Cop (Phil Puleo à la batterie, Jim Coleman aux synthés/samplers), un Swans (Chris Pravdica à la basse) et vous voilà plongé en apnée dans le New-York sale, rugueux et puant. On longe les murs. On salue les rats qui feraient presque figure d’alliés plus fréquentables. Cet album malmène autant nos tympans qu’il stimule notre imaginaire visuel. Les images affluent constamment. Comme sur le fabuleux « E605 », truffé d’éléments d’ambiance crispants. Son industriel, riffs rampants, la guitare n’est que fines lames aiguisées. « What will you do to survive » interroge un Spencer à cran. Nul besoin de hurler, de jouer au bonhomme. L’auditeur n’a de toute façon aucune envie de la ramener. On se fait également refaire le « Portrait » via une longue intro sur rythmique presque tribale, des mécanismes se mettent en branle, au cœur d’une usine qui turbine sans relâche. Le final est, lui, totalement chaotique, entre cris, sonorités qui se percutent, robots qui se rebellent contre leur créateur. Si on reconnaîtra sans peine l’apport de chacun, le rôle de Chris Spencer est assez loin de ses habituelles mises à l’amende prodiguées par (feu) Unsane. C’est peut-être là la plus grande surprise de ce disque. Le chanteur nous mène à la baguette sans tergiverser mais ménage malgré tout ses cordes vocales et se met volontiers en retrait. Même sa six-cordes avec laquelle il nous a tant martyrisé y va avec soin et parcimonie. Excepté la fantastique « Cause » – qui ne sera pas sans tonitruante(s) « Consequences » – où la guitare la ramène plus que ses petits camarades en poussant ce qui s’apparente à des cris de damnés, les vrais leaders ici semblent être les instruments parfois injustement considérés comme seconds couteaux dans des groupes censés faire grand bruit : une basse omniprésente qui ne relâche jamais l’étreinte et la resserre aussi souvent que nécessaire (« November », « Consequences ») et des synthés des plus inspirés qui distillent l’angoisse, instaurent le mal-être durablement (« E605 », « Protester » ou… « Respirator ». Tiens donc qu’est-ce qu’on disait déjà à propos du timing du disque ?). Cela dit, on connaissait l’importance des synthés au sein de Cop Shoot Cop et, force est de constater, que c’est bien de ces derniers que Human Impact se rapproche le plus. La faute aussi peut-être – sans doute – au jeu de Puleo qui maintient l’ensemble sous tension en permanence et éclabousse les morceaux de sa classe, en faisant parler la finesse (« Portrait ») ou lorsque, comme sur « Protester », chaque coup de baguette sur les fûts s’assimilent à autant de fessées sur nos petits culs. Protester ? Drôle d’idée. Le tableau ne serait pas aussi parfait sans un grand...

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Neil Young a trouvé de quoi nous occuper pendant le confinement

Publié par le 17 mars 2020 dans News | 0 commentaire

Neil Young a trouvé de quoi nous occuper pendant le confinement

Que ferait-on sans Neil Young ? Pour nous aider à passer le temps pendant le confinement, le chanteur vient d’annoncer sur son site internet la diffusion en streaming de “fireside sessions”. Explications du (grand) monsieur “Ce seront des productions réalisées à la maison, quelques chansons pour passer un peu de temps ensemble. Parce que nous sommes tous coincés à la maison et que peu s’aventurent dehors, nous allons essayer de faire un stream au coin du feu, avec ma charmante femme qui filmera”. Alors, on reste bien tranquille chez soi, on bouquine, on écoute de la musique, on regarde les live de Neil Young (et d’autres) et on lit Exitmusik. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Neil...

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Moaning – Uneasy Laughter

Publié par le 16 mars 2020 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Moaning – Uneasy Laughter

(Sub Pop, 20 mars 2020) On ne voudrait pas vous faire fuir tout de suite mais autant être honnête : certains vont tomber de haut. Souvenez-vous du premier album éponyme de Moaning, très frontal, aux guitares incisives et incartades noisy. Ça vous revient ? Oubliez maintenant. Malgré ses velléités post-punk (et il y a toujours synthés sous roche dans ces cas-là), la présence du groupe chez Sub Pop, anciens apôtres du grunge, n’avait rien d’incongru. Leur évolution a, elle, de quoi surprendre. Pour faire simple, les synthés sont partout, les guitares (presque) nulle part. Ce n’est pas le revirement le plus improbable ni le plus original de l’histoire de la musique, loin s’en faut. Mais on a également du mal à concevoir que ce soit le plus judicieux. On est même persuadés du contraire lorsqu’on entend “Fall In Love” ou “Say Something” qui s’inviteraient sans vergogne sur les pistes de danse les moins regardantes. Cela étant, après avoir châtié le trio comme il se doit pour haute trahison envers la sacro-sainte six-cordes, reconnaissons lui tout de même un talent intact à composer des morceaux addictifs (“Ego” même s’il pique le riff de “Where Is My Mind” avant de le passer à la moulinette 80s, “Make It Stop”, la plus teigneuse du lot, ou “Running” et son motif mélodique en boucle qui crie “TUBE TUBE TUBE”). Et si leur force de frappe se retrouve quelque peu diluée, le chanteur-guitariste Sean Solomon, probablement mieux dans sa peau (puisque sobre depuis plus d’un an), semble s’épanouir pleinement dans cette nouvelle direction qu’il a impulsée. Sa voix en impose et sait parfaitement flatter les cœurs brisés mélancoliques (“Stranger”, “Connect The Dots”, “What Separates Us”). Moaning a donc changé et s’en sort malgré tout avec les honneurs mais si vous frisez facilement l’overdose synthétique (et des morceaux comme “Keep Out” ou “Saving Faces” peuvent mettre rapidement les nerfs à rude épreuve), mieux vaut faire une croix sur ce disque et espérer de jours meilleurs. Jonathan Lopez Tous nos articles sur...

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Interview – La Rumeur

Publié par le 14 mars 2020 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews | 1 commentaire

Interview – La Rumeur

La Rumeur, groupe qui milite depuis le début (aux antipodes de ces groupes de merde qui ont déçu… on vous laisse finir*), s’est fait assez discret musicalement ces dernières années, pour mieux se diversifier et se consacrer à de nouvelles activités qui lui tiennent à cœur, en premier lieu desquelles le cinéma. Mais le groupe n’a rien perdu de sa hargne et porte toujours un regard attentif et éclairé sur notre société. Peu de temps avant d’enflammer un New Morning blindé et acquis à sa cause, nous avons discuté avec Philippe – aka Le Bavar – qui a toujours des choses à dire et les déclame posément avec la sagesse d’un ancien. Et avec un sens du teasing certain, il s’est laissé aller à quelques confidences… “Le rap, ça reste des textes à écrire. Même les mecs qui font les gangsters dans leurs textes, t’inquiète pas qu’ils se sont pris la tête derrière une feuille et un stylo, à écrire. Ça, c’est pas une image de gangster ! (Rires)” Tout Brûle Déjà est sorti il y a huit ans. Depuis, les membres de La Rumeur ont sorti trois films (Les derniers parisiens, L’enkas et K contraire), un livre (Il y a toujours un lendemain, coécrit par Ekoué et Hamé), ça signifie que la musique est passée un peu au second plan pour vous ?Non, car depuis on a sorti Les inédits 2 en 2013, Les inédits 3 en 2015, ce qui nous a permis de ne pas mettre la musique totalement de côté. Effectivement, les activités qu’on a à côté sont chronophages et sortir ces disques ça nous permettait aussi de nous tester musicalement hors album. C’est notre façon de faire nos mixtapes. C’est moins conceptualisé et promotionné mais on s’est retrouvé à faire des morceaux assez instinctivement qu’on kiffe et qui se retrouvent même sur scène. Au-delà de ça, même s’il y a eu peu de nouveautés dans notre discographie, nos concerts sont toujours pleins. La musique reste le cœur de notre activité, le noyau dur de La Rumeur, c’est le son. Le rap, le hip hop, c’est comme ça qu’on est rentrés dans le milieu et c’est autour de ça qu’on continuera à évoluer. J’imagine que vous avez continué à écrire en parallèle. Vous n’avez pas brutalement arrêté.Ouais, on écrit quand on peut, quand on a le temps. On a des vies de famille, c’est compliqué aussi. On n’est plus des teenagers comme quand on a commencé le rap et qu’on n’avait que ça à faire (rires). Oui, on écrit, un peu moins intensément et Ekoué et Hamé ont diversifié le champ de l’écriture à travers les scénarios de films ou les livres. Quand vous avez lancé La Rumeur, vous aviez déjà en tête cette volonté de vous exprimer quel que soit le moyen à travers plusieurs arts différents ou l’appétit est venu en mangeant ?Oui, bien sûr. Hamé a fait un master de cinéma à la New York University, une grosse école de cinéma, donc il y avait déjà cette ambition. Même à travers nos clips ou notre façon d’écrire qu’on essayait d’imager. Il y a quelque chose de visuel dedans, on savait qu’à un moment ou un autre, on allait le retranscrire à l’image d’une manière ou d’une autre. Avec du documentaire, du court ou...

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Protomartyr revient avec Ultimate Sucess Today. Extrait en écoute

Publié par le 12 mars 2020 dans News | 0 commentaire

Protomartyr revient avec Ultimate Sucess Today. Extrait en écoute

© Trevor-Naud Trois ans après Relatives In Descent, Protomartyr vient d’annoncer la sortie de son 5e album, Ultimate Sucess Today, prévue pour le 29 mai prochain chez Domino. L’annonce est accompagnée d’un premier extrait clippé “Processed By The Boys”. Paradoxalement, c’est l’écoute de leur premier album (réédité l’an passé) qui a inspiré Joe Casey, chanteur du groupe « En réécoutant No Passion All Technique, je m’entendais espérer un début et un futur prometteur, mais tout en étant conscient qu’il aurait pu être notre seul et unique album. Alors, quand le moment est venu d’écrire Ultimate Success Today, je me suis souvenu de cette première urgence et à quel point elle est à l’opposé de mon combat actuel et à quel point je me suis senti malade ces derniers temps. Etait-ce cette maladie qui transformait mon rapport à l’état du monde, ou était-ce l’inverse ?Cette panique était en quelque sorte libératrice. Cela m’a permis de voir notre cinquième album comme une sorte de discours d’adieux d’une bruyante pièce de théâtre en cinq actes. Je le vois également comme un jalon intéressant de la première décennie de notre groupe – telle la crête d’une colline le long d’une longue autoroute. Bien que ce ne soit que pour couvrir mes arrières, je me suis assuré de prononcer mes derniers mots tant que j’avais encore le souffle pour les dire ». Des collaborateurs plutôt inattendus ont participé à l’enregistrement du disque : Nandi Rose aka Half Waif (voix), Jemeel Moondoc (alto sax), Izaak Mills (clarinette basse, sax, flûte) et Fred Lonberg-Holm (violoncelle). Rappelons que les post-punkeux de Detroit seront de passage à Paris le 29 avril à La boule noire (si le coronavirus arrête de nous les briser). La tracklist du disque : 1/ Day Without End2/ Processed By The Boys3/ I Am You Now4/ The Aphorist5/ June 216/ Michigan Hammers7/ Tranquilizer8/ Modern Business Hymns9/ Bridge & Crown10/ Worm In Heaven Et la pochette pendant qu’on y est : Tous nos articles sur...

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“To Bring You My Love” de PJ Harvey a 25 ans. Chronique

Publié par le 8 mars 2020 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 0 commentaire

“To Bring You My Love” de PJ Harvey a 25 ans. Chronique

(Island, 27 février 1995) Il y a quelque chose de fascinant à retracer au gré des anniversaires de ses disques phares la carrière d’une artiste de l’ampleur de PJ Harvey qui semble avoir connu plusieurs vies, toutes plus fascinantes les unes que les autres (les grincheux du fond sont priés de ne pas la ramener). Des choses à redécouvrir, un contexte à restituer, une évolution qui semble limpide avec le recul.  1995. PJ Harvey s’est fait un nom et une réputation d’écorchée vive qui lui vaudront même de flatteuses comparaisons avec un certain Kurt Cobain. Mais elle tient à s’affirmer davantage, à faire savoir que son répertoire ne se limite pas à ça. Après la rage brute, l’énergie féroce, vitale, crachée à pleins poumons, la lionne indomptée/table se fait soudainement séductrice. Malgré les griffes rentrées, l’appât n’en demeure pas moins redoutable.  Qui d’autre que ce colossal “To Bring You My Love” pouvait donner son nom à l’album ? PJ souhaite nous donner de l’amour, nous sommes prêts à en recevoir plus que de raison. Pour l’heure, son affection prend la forme d’une tension difficilement soutenable, d’une rage à peine rentrée qui ne demande qu’à dégueuler… 5’31 avant de nous laisser enfin reprendre notre souffle et guetter la suite, non sans appréhension mais avec une grande excitation. La suite nous invite à “Meet Ze Monsta”, un monstre revêtant l’apparence de 4 petites cordes et se révélant pourtant si massif et impressionnant. La guitare, elle, nous renvoie au “Sister Ray” du Velvet, et la rugosité de l’ensemble est du même acabit. Puisqu’on parle du Lou, difficile de ne pas établir de relation entre “Working For The Man” et un fameux titre du génie New-Yorkais (on est sûrs que vous trouverez par vous-mêmes). Le morceau emprunte davantage à l’univers du trip hop, qui sied comme un gant à l’anglaise, elle ne se gênera d’ailleurs pas pour renouveler ce type d’expérience à plusieurs reprises (voir Is This Desire? notamment).  Sur “Long Snake Moan”, les guitares hurlent à qui veut bien les entendre (en même temps, qui peut bien les ignorer ?) que la PJ rock a encore bien des choses à dire. On se tait, on déguste, on adore se faire refaire le portrait par la dame et se transformer en victime expiatoire. Mais on l’a dit, Polly Jean a changé. Délestée de ses deux acolytes (Rob Ellis aux fûts et Steve Vaughan à la basse) co-responsables des incandescents Dry et Rid Of Me, elle se lance comme une grande et dote son arc de nouvelles cordes, ses flèches demeurant, elles, toujours aussi affûtées. Exit Steve Albini et son mix (mix, vraiment ?) primitif, place à Flood et John Parish, à l’ambition et la sophistication. Même l’apparence de Polly a changé, elle s’assume en tant que femme, campe un personnage bien plus glamour, à la sensualité affirmée. Enfile une robe d’un rouge éclatant, met du rouge à lèvres pimpant, se laisse emporter par les flots suscitant ainsi les désirs de chacun (on est loin de la punkette négligée exhibant fièrement ses poils sous les bras). Les projecteurs sont braqués sur elle pour de bon, tout le monde est suspendu à sa voix. Et quelle voix !  Polly expliquait se concentrer des heures avant les prises vocales pour être sûre d’y mettre l’énergie et...

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Interview – Shannon Lay

Publié par le 7 mars 2020 dans Interviews, Notre sélection, Toutes les interviews | 0 commentaire

Interview – Shannon Lay

L’écoute d’August, le troisième album de Shannon Lay, nous a été suggérée par Mikal Cronin. Merci à lui, car ce fut une belle découverte et l’un des plus beaux disques de l’année dernière, assurément. Nous avons donc eu envie de la rencontrer pour lui poser quelques questions. C’est dans la salle de concert de Petit Bain, alors qu’elle revenait d’un de ses magasins de vêtements préféré de la capitale, que nous avons eu le plaisir de discuter avec Shannon, qui s’est révélée aussi simple, accessible et chaleureuse que sa musique. (ENGLISH VERSION BELOW) “Le nom [du disque, August] vient du mois où j’ai arrêté de travailler à côté, donc c’est à la base une lettre de remerciement à l’Univers pour m’avoir donné l’opportunité de me consacrer à la musique. (…) J’aime penser que c’est mon disque le plus joyeux à ce jour.” © Blackcondorguy Qui est Shannon Lay ?J’ai grandi à Redondo Beach, en Californie, qui se situe à 40 minutes au sud de Los Angeles, et j’habite à L.A. depuis une dizaine d’années aujourd’hui. J’y ai déménagé après le lycée et j’ai rejoint un groupe grâce à ce site appelé Craigslist, sur lequel on peut vendre des trucs mais aussi poster des annonces. Sur ce site, j’ai trouvé un groupe qui s’appelait Facts On File. Je les ai rejoints, puis, ça a été une réaction en chaine. J’ai rejoint le groupe Raw Geronimo qui est devenu Feels, puis j’ai commencé à jouer seule et j’ai rejoint le groupe de Ty Segall. J’ai récemment quitté Feels et je vais encore faire une tournée avec Ty, puis je me consacrerai uniquement à mes trucs solo. Vous avez sorti 3 albums en 3 ans, plus les tournées. Comment trouvez-vous le temps ? C’est la troisième année où je ne fais que de la musique. Les deux premières années où je faisais mes trucs en solo, j’avais un travail à côté, et c’était difficile de trouver le temps. C’est cool de ne se consacrer qu’à la musique, car on ne décroche jamais vraiment, on avance sans cesse. C’est une question de consacrer son temps à ce qu’on aime, donc ça a été un choix assez facile à prendre. Et puis, je me calme un peu sur les tournées, car je veux privilégier la qualité à la quantité. Mais j’aime toujours prendre la route et jouer pour des gens. Vous écrivez beaucoup, et vous avez donc beaucoup de morceaux en réserve, ou vous composez plutôt sur le coup ? Le premier disque que j’ai sorti était constitué de beaucoup de morceaux que j’avais en réserve. Le deuxième, c’était un peu de morceaux en réserve mais plutôt des choses composées sur le moment. Et pour le troisième, tout a été écrit sur le moment. Je pense que j’avais beaucoup de matériel au départ, mais qu’il s’est épuisé petit à petit. J’écris surtout quand je suis sur la route, j’écris principalement des poèmes que je mets en musique quand je rentre chez moi. C’est amusant. Votre précédent disque est sorti sur le label de Kevin Morby, je ne sais pas pour le premier, et celui-ci chez Sub Pop. Avez-vous senti une différence ? Plus de pression, peut-être ? C’est mon ami Brian Lee Hughes qui a sorti mon premier album. Il a un label qui s’appelle Do...

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My Dying Bride – The Ghost Of Orion

Publié par le 7 mars 2020 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

My Dying Bride – The Ghost Of Orion

(Nuclear Blast, 6 mars 2020) Vingt-cinq ans, ce n’est pas rien. Vingt-cinq ans environ depuis ce concert d’Iron Maiden au Zénith de Paris (Blaze Bailey au chant, ce n’était pas vraiment la période héroïque, même si The X Factor mérite réhabilitation, mais bon, passons…). À l’entrée, la sécurité retarde les spectateurs pressés d’entendre les premières parties. Quand je pénètre dans la salle, dans la pénombre, je vois cette image renversante. Un chanteur agenouillé, ânonnant de sa voix grave une sorte de supplication, et un violoniste arc-bouté sur lui. Autour, des musiciens à cheveux très longs, tout de noir vêtus. Quel contraste avec les types d’Iron Maiden qui fouleront la même scène un peu plus tard, en moule-burnes bariolés, avec leurs coupes à franges. Et cette musique : sombre, lancinante, dérangeante. C’était l’une des plus grosses claques de ma jeune vie de mélomane. Et le nom du groupe ? Et bien, figurez-vous qu’il me faudra de longs mois pour l’apprendre. Le ticket indiquait que les Wildhearts joueraient mais rien concernant la première partie. En 1995, on n’avait pas internet. Aucune recherche Google ne pouvait vous dire quel était ce groupe de corbeaux. Une interview de Steve Harris dans Hard Force me donna la réponse : My Dying Bride. Je me ruais acheter The Angel And The Dark River – je crois que c’était au Gibert de Toulouse mais je ne suis plus sûr. Le choc en live se transforma en choc discographique. Ce groupe, ce serait pour la vie… Enfin, non, pas vraiment… Deux années à vénérer les Peaceville Three, ce triumvirat du Doom/Gothic Metal où l’on trouvait, aux côtés de MDB, Paradise Lost et Anathema. S’ajoutaient les groupes de Century Media : The Gathering, Tiamat et Moonspell, notamment, et voilà à peu près de quoi était fait mon univers musical de l’époque. Je le lâchais vite pour d’autres plaisirs : le black, puis virage indie, trip hop, jazz, puis re-indie et enfin une bonne décennie plus tard, le retour à mes premières amours, sans délaisser le reste. Il fallait alors se rendre à l’évidence. Si Paradise Lost avait connu des écueils (des disques jamais mauvais mais jamais passionnants, du moins avant le retour à la forme inespéré des deux derniers disques) et si Anathema avait quitté le navire metal pour un pop-rock progressif qui doit intéresser certains mais m’ennuie prodigieusement, My Dying Bride était, lui, resté le plus constant. Certes, il y avait eu la tentative nü metal de 34,788%… Complete (ce titre, putain) mais globalement, le groupe d’Aaron Stainthorpe avait su garder le cap malgré les changements de line up, produisant une bonne dose de doom sombre, poisseux, toujours arrimé à cette recette dont il a le secret. Écoutant rétrospectivement la discographie du groupe entre 1998 et 2015, je m’étais même rendu compte qu’il s’était fendu de deux quasi-chefs d’œuvre, Songs Of Darkness, Words Of Light en 2004 et le sublime EP de 2011, The Barghest o’Whitby. Son dernier album en date, Feel The Misery, datant de 2015, me semble même figurer parmi leurs meilleurs disques, Aaron y alternant magnifiquement les voix chantées et hurlées, avec bien plus de technique qu’à l’époque où je les ai découverts (il faut écouter certains live d’alors qui sont un peu limites, tout en ayant leurs charmes). Pourquoi n’avions-nous eu aucune nouvelle...

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Ausgang – Gangrene

Publié par le 5 mars 2020 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Ausgang – Gangrene

(A-Parte, 6 mars 2020) Au niveau fusion rock-rap, l’année 2020 semblait devoir être marquée surtout par le retour triomphal (et/ou sonnant et trébuchant selon l’angle choisi) de Rage Against The Machine. Pas si sûr… … Car voilà, Casey a aussi « La Rage » ! Et depuis qu’elle l’appelle, l’appelle, (cf le refrain), elle déboule avec un projet hybride répondant au nom d’Ausgang mêlant aussi rap et rock. Après tout, Casey, son flow précis et tranchant comme un scalpel, et la guitare aventureuse de Marc Sens, ça vaut bien Tom Morello et Zack De La Rocha, non ? À ce casting, déjà aperçu dans l’excellente Zone Libre, s’ajoutent Sonny Troupé à la batterie et Manusound aux machines. Autant dire que l’excitation était au rendez-vous des dix titres de ce Gangrène. D’autant que les 2 titres lancés en éclaireurs (avec 2 beaux clips) pour teaser cette sortie se sont d’ores et déjà placés bien haut dans ma playlist de 2020. D’abord le furieux « Chuck Berry », où Casey rappelle avec rage et justesse une vérité historique. Le Rock est Noir, héritier du rythm’n blues afro-américain. “Ma race a mis dans la musique sa dignité de peur qu’on lui prenneA fait du blues, du jazz, du reggae, du rap pour lutter et garder forme humaineEt l’Occident qui avait honte a inventé le punk s’est haï lui-même x2Tu as le cuir, la coupe, les clopes, les bottes et la FenderLes anecdotes, Les Enfants du Rock, la collection de vinyles de ton pèreJe l’ai dans la chair, je l’ai dans les veines, qu’est-c’que tu crois ? Cette histoire est la mienne” Riff addictif, flow chirurgical, plume de compétition, grosse puissance. C’est du Rock ! C’est du Rap ! Avec « Aidez-moi », changement d’ambiance pour un titre tout aussi imparable. À l’image de l’incroyable « La chanson du mort vivant » sur l’album L’Angle Mort de Zone Libre (m’en suis toujours pas remis), Casey égrène, avec son brio habituel, la lente descente aux enfers des oubliés de la République sur une musique sombre. Magistral ! “Quel goût a l’existence quand tout n’a aucun sensJ’envie ceux qui connaissent les caresses j’ai des carencesPlus rien à déclarer j’ai des carnets j’ai des cahiersOù j’ai déjà tout détaillé de la tristesse et la souffrance (…)[Refrain] Mais où est ma bouée si vous pouvez me la trouverBalancez-la dans l’égout où je suis en train d’coulerLa folie va m’avaler j’suis harcelée par mes doutesIls me retiennent par le cou et la corde est nouée x2” Elle confirme (une fois de plus) la puissance de sa plume. Loin devant toute concurrence. La bonne surprise (mais avait-on seulement des doutes vu la présence de Marc Sens), c’est que l’album est résolument rock (le brûlot « Bonne Conduite », le frondeur et bien nommé « La Rage », « Crapule », l’explosif « Bâtard »). Et diablement efficace. Tout en se ménageant quelques mid-tempos plus sombres parfois teintés de quelques bribes d’électroniques (« Gangrène », « Elite », « Aidez-moi », « Comme une ombre »). L’alchimie entre les rythmiques frondeuses et les riffs experts de Marc Sens, la section rythmique au cordeau et le flow de Casey impressionne. En bon fan de Zone Libre et La Canaille, on n’est pas déçu ! RATM revient ? So what ! AUSGANG EST LÀ ! Casey n’hésite pas non plus à sortir de son registre habituel pour s’essayer parfois au chant (la fin de «...

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