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The Murder Capital – When I Have Fears

Publié par le 7 novembre 2019 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

The Murder Capital – When I Have Fears

(Human Season, 16 août 2019) À l’ère d’Internet, des réseaux sociaux et du tout-connecté, la scène musicale internationale a vu beaucoup de frontières tomber. Sur la foi d’une vidéo balancée sur Youtube, d’un début de buzz, des groupes se font une notoriété, accèdent (trop ?) vite à une exposition qu’ils pouvaient mettre auparavant quelques albums ou années à atteindre. Des scènes locales autrefois longtemps ignorées worldwide se voient offrir un éclairage presque instantané. Après les tornades psyché de quelques australiens cintrés, c’est un vent post-punk régulier et cinglant qui sévit depuis quelques temps outre-Manche, et notamment depuis Dublin l’irlandaise. Fontaines D.C. avait déjà allumé une belle mèche avec un premier album (Dogrel) convaincant qui va squatter quelques tops de fin d’année. Avec When I Have Fears, The Murder Capital propose son post-punk au romantisme sombre. Titre d’album en référence littéraire au poète Keats, voix grave, basse caractéristique, guitares minimalistes dont chaque note raconte une mélancolie. 2019, c’est pas les 40 ans de l’album Unknown Pleasures de qui vous savez ? C’est pas tombé dans l’oreille de sourds côté Dublin en tout cas. Sans nier l’ascendance prestigieuse, ce nouveau quintet irlandais réussit le pari d’un post-punk moderne, aussi efficace et percutant qu’élégant et poignant. En seulement 10 titres, on en prend plein la tête et le cœur au fil d’un album remarquablement équilibré. Post-punk furibard avec le tubesque « More Is Less », addictif dès la première écoute. “If i gave you what you wanted, you’d never be full“. Pas faux. Dans la même veine bien énervée on trouve aussi « Feeling Fades » ou « Don’t Cling To Life ». James McGovern, chanteur du groupe, la joue petite frappe et sur le lalalala final de « Feeling Fades », ça sent plus la baston dans un pub que le cercle des poètes disparus. Seulement, nos cinq irlandais ont plus d’une corde à leur arc. Et décoche quelques flèches chargées de mélancolie poignante qui vous transpercent le cœur. « On Twisted Ground », sa ligne de basse ronde, ce minimalisme élégant, ce chant habité. Dans l’obscurité, pendant ces 6 minutes, on regardera quand même derrière soi, histoire de voir si le fantôme de Ian Curtis ne rôde pas dans les parages. Même sobriété hantée, et un piano lugubre sur le spectral « How The Streets Adore Me Now ». Le groupe impressionne par sa maturité, la qualité des textes, sa gestion du silence, parfois lézardé par des guitares plaintives superbes (la doublette quasi instrumentale « Slowdance 1 » – « Slowdance 2 » ou « Love, Love, Love » crescendo qui sent pas la fleur bleue). Côté technique, belle production, sobre, efficace, c’est propre. Ah, c’est Flood derrière les manettes, quand même. Pas l’inconnu du coin. Ce romantisme élégant, un peu dark, n’est d’ailleurs pas sans rappeler PJ Harvey et To Bring You My Love, autre ligne du CV du producteur anglais. Alors, The Murder Capital, promesse en devenir ? Feu de paille de 2019 ? En tout cas, les dublinois ont eu le bon goût de laisser au moins deux pépites aux allures de classiques instantanés en guise d’indice. Histoire de convaincre les sceptiques. « For Everything » qui pose dès le début de l’album les bases du style du groupe. Entre tension sourde et mélancolie élégante. Et «...

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Interview – Lysistrata

Publié par le 6 novembre 2019 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews | 0 commentaire

Interview – Lysistrata

En préambule, instant émotion. Le Noumatrouff. Mon premier concert. Les Thugs. 12 Décembre 1997. Le Noumatrouff. Ma première interview. Lysistrata. 10 Octobre 2019. Voilà ! Forcément, un peu de nervosité au début. Rencontrer des musiciens, c’est cool. Après un concert, au merch, en discutant, en prenant un vinyle. Les rencontrer dans le cadre d’une interview, la première fois, c’est l’inconnu. Armé de mon T-shirt LANE (forcément !) et d’une dizaine de questions dont certaines (gentiment) suggérées par mon rédac’ chef (merci !), j’ai attrapé les 3 Lysistrata au détour d’une interview radio qu’ils venaient de finir et avant qu’ils dînent. Une petite demie heure pleine de surprises, d’éclats de rires, et surtout la belle satisfaction de voir des musiciens sûrs d’eux, pros, déterminés, passionnés et en même temps complètement détendus, (hyper) cool, attachants et sincères. Il fut question de Gérald de Palmas, de Diam’s, de Tropical Fuck Storm, de Pavement, de dEUS, de loutres, de moist (in english please), de la mort de Sting (fake news) et avant tout de la passion d’un des meilleurs trio français de la scène rock française. “Y’a de plus en plus de groupes de rock en France qui sortent, qui sont dans la même veine, plus ou moins énergiques sur scène, qui font pas mal de concerts. C’est vraiment chouette que des trucs à guitares reviennent. ” © Max Chill Comment se passe le début de la tournée, notamment la réception des nouveaux titres que le public découvre (l’album n’était pas encore sorti au moment de l’interview, ndr) ? Ben (batteur) : Ça se passe super bien. Ça fait un moment en fait qu’on a commencé à jouer les nouveaux morceaux en live. Quasiment sur toutes les dates de 2019. Des gens nous ont dit des trucs super gentils (rires). Max (bassiste) : On est content de jouer autre chose aussi. On avait déjà fait une tournée avant où les morceaux n’avaient pas de paroles, pour les rôder avant le studio. Depuis, on les joue pour être prêts pour la grosse tournée lorsque l’album sera sorti. Ce deuxième album est assez différent de The Thread. Les morceaux sont plus courts, plus directs, est-ce venu naturellement lors du processus d’enregistrement ou était-ce une volonté de votre part ? Max : C’est venu naturellement. On a vu au bout qu’il y avait des morceaux plus courts. Sur le 1er album, il y avait moins de morceaux aussi, parce que certains étaient plus longs. On s’est pas dit « on va faire des morceaux plus courts ». On fonctionne jamais comme ça. On voit ce qui sort et puis voilà ! Au feeling ? Max : Tout est au feeling chez nous, la plupart du temps. Il y a une constante dans la plupart de vos morceaux, même les plus nerveux : les passages post-rock. Est-ce que c’est une musique que vous écoutez régulièrement ? Je pense notamment aux titres avec des samples. (J’évoque le titre “Beginning of the End” du premier EP avec un sample du Dictateur de Charlie Chaplin et sur un éventuel message mais ma question tombe un peu à plat, ndr) Ben (un brin gêné) : C’est au tout début de Lysis’. C’est un morceau qu’on a pas joué depuis 5-6 ans. C’était un one shot ? Ben : On était super jeunes. On se posait pas...

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Nick Cave & The Bad Seeds – Ghosteen

Publié par le 4 novembre 2019 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Nick Cave & The Bad Seeds – Ghosteen

(Ghosteen Ltd, 3 octobre 2019) Il est parfois difficile d’accepter qu’un artiste qu’on a tant aimé emprunte une voie nouvelle, se métamorphose radicalement, laissant derrière lui un passé semblant désormais si lointain, comme lorsqu’on retombe sur une vieille photo poussiéreuse en noir et blanc ravivant des souvenirs enfouis. Les souvenirs d’un Nick Cave vociférant dans un vacarme infernal au sein du Birthday Party ou lorsque ses Bad Seeds étaient encore incontrôlables, ont été gravés sur disque et ne demandent qu’à rugir de nouveau dans nos enceintes. Mais pour le Nick Cave 2019, il faut s’attendre à autre chose. Ghosteen semble entériner une trilogie (qui n’en est pas vraiment une) initiée par Push The Sky Away. Cet album marquait le début de l’ère Warren Ellis, celui-ci ayant définitivement pris le pouvoir après le départ de Mick Harvey, dernier garant de l’héritage punk des Bad Seeds, lequel avait déjà pris du plomb dans l’aile lorsque Blixa Bargeld avait quitté le navire en 2003. Sous le joug d’Ellis, les mauvaises graines se sont assagies, les guitares domptées au profit d’ambiances plus calfeutrées. Mais Push The Sky Away n’en demeurait pas moins un disque sublime dans lequel Nick déployait son charisme vocal intact au sein de titres mémorables comme « Jubilee Street » ou « Higgs Boson Blues ». Il y avait eu ensuite Skeleton Tree, dont le processus de composition fut tragiquement marqué par le drame insondable qui a frappé Nick Cave. La mue musicale était déjà entamée mais le Nick Cave d’aujourd’hui n’est évidemment plus du tout le même homme et, par ricochet, plus vraiment le même artiste. En résultait un disque très sombre, plus radical que son prédécesseur mais d’où émergeaient là encore de pures merveilles du calibre des plus grands titres Cavien (“Jesus Alone”, “I Need You”). Suite logique, Ghosteen marque toutefois un nouveau virage. Il suffit de s’attarder quelque peu sur cette pochette, aussi repoussante soit-elle, pour le constater. Le noir presque immaculé de Skeleton Tree illustrait le vide, l’absence, le néant. Sur le tableau de Ghosteen, à l’évidente portée religieuse, c’est tout l’inverse. Les couleurs irradient, et avec elles, la lumière, la vie. Et son contenu est dans la même tonalité, fortement imprégné de spiritualité, mais étrangement plus malaisant que son prédécesseur. La douleur était bien présente sur Skeleton Tree mais à l’écoute de Ghosteen, c’est comme si nous assistions depuis les premières loges aux adieux d’un père à son fils. Et d’éprouver une certaine impudicité face à des propos si viscéraux, sublimés par des compositions élégiaques, nous qui leur sommes totalement étrangers. Ce choix d’une œuvre si personnelle, probablement cathartique, de mettre en musique une douleur ineffable, appartient évidemment totalement à son auteur, et il n’est en aucun cas question de le remettre en cause ici. Mais il y a de quoi être décontenancé face à une telle mise à nu. Si les mélomanes que nous sommes ne pouvons réfréner l’émotion que dégagent certaines pièces de choix (la sublime « Bright Horses », le déchirant « Waiting For You », la grâce des chœurs de « Leviathan » et « Sun Forest »), succomber face au chant d’un Nick Cave marqué dans sa chair et totalement investi dans son œuvre, si les arrangements demeurent admirables, la cohérence absolue (presque trop d’ailleurs tant ce disque est uniforme),...

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Interview – Mikal Cronin

Publié par le 2 novembre 2019 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews | 0 commentaire

Interview – Mikal Cronin

Ami inséparable de Ty Segall, qu’il accompagne dans la plupart de ses méfaits discographiques (et ce dernier le lui rend bien) ainsi qu’en tournée, Mikal Cronin était de passage à Paris le mois dernier pour deux concerts en compagnie de son vieil acolyte. Mais Mikal n’a pas besoin de Ty pour exister et faire parler de lui. Preuve en est, son quatrième et dernier album, Seeker, n’a guère en commun avec les habituelles sorties de la scène garage californienne mais il pourrait bien être le plus abouti mélodiquement de ces dernières années. Il semblerait en tout cas que son auteur ait pris grand plaisir à le composer et, à l’entendre, il n’est pas peu fier de son nouveau bébé. “C’est probablement mon disque le plus mature. C’est aussi lié à ma situation dans la vie, à ce que j’écoute. (…) J’ai pensé à faire aussi un groupe rock à trois, vraiment garage-punk. Je devrais le faire aussi. J’aime garder toutes les possibilités ouvertes, je ne veux pas être catalogué.” © Max Mendelsohn Ce dernier album est né dans des conditions très particulières, tu vivais isolé depuis quelques mois dans une petite ville au cœur de la forêt. Tu étais totalement coupé du monde à ce moment-là, en mode Into The Wild ? Oui, c’était un peu ça. J’étais en dehors mais proche d’une petite ville. J’y allais donc une fois par semaine pour acheter à manger, éventuellement parler à quelqu’un, ou pas. Au caissier de l’épicerie, par exemple. C’était un mois où j’étais vraiment seul, focalisé sur mon truc. C’était le but initial, j’imagine. Avant tout pour la musique ou pour toi aussi ?Pour la musique, principalement. Je me suis dit que ce serait intéressant, je voulais m’éloigner d’où je vivais à Los Angeles. J’ai loué cette cabane quand j’étais en tournée. Je manquais d’intimité pour écrire de la musique. C’était une véritable expérience, je craignais de ne pas parvenir à mes fins car c’est compliqué de se dire “je vais écrire une chanson” et de le faire. Parfois, ça vient de façon impromptue. Mais j’ai eu la chance d’avoir beaucoup d’inspiration. Tu avais donc apporté ton matériel d’enregistrement et tes instruments avec toi ou simplement un carnet de notes et ta guitare ?J’ai apporté beaucoup de choses. Une batterie, des claviers, des guitares. J’avais quasiment un petit studio. C’est de cette façon que j’aime travailler, jouer de la guitare acoustique puis de la batterie, réfléchir aux arrangements… C’est là-dessus que je passe le plus de temps. Une fois que j’ai la structure d’une chanson, j’aime beaucoup le processus de la recherche d’arrangements. C’est le premier album qui porte un “vrai” nom (après Mikal Cronin, MCII, MCIII), Seeker. Qu’est-ce que tu cherchais (seeker signifie chercheur en anglais, ndr) ?La tranquillité d’esprit, trouver comment vivre une vie heureuse et plus simple. Les trois premiers albums allaient vraiment ensemble dans mon esprit, j’ai pensé qu’il fallait marquer une rupture, un nouveau départ avec un titre, sans afficher mon visage sur le disque… Il était temps d’opérer un changement, le premier album est sorti en 2011, je crois (c’est bien le cas, ndr). J’enregistrais toujours au même studio, avec les mêmes personnes, j’avais besoin de changement. Il comporte tout de même des points communs avec l’album précédent qui marquait déjà un virage...

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Interview – High Tone

Publié par le 31 octobre 2019 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews | 0 commentaire

Interview – High Tone

Vous en connaissez beaucoup des groupes de dub français, fers de lance de cette scène au début des années 2000, qui sont toujours là et dignes d’intérêt ? Non, évidemment. Vous connaissez les mêmes que nous et ils se comptent sur les doigts d’une main atrophiée. Quand High Tone a débarqué en 2000 avec Opus Incertum, ça nous avait fait tout drôle et on s’est demandé ce que c’était que cette musique de mutant, piochant allègrement dans différents styles. On se demandait aussi combien de temps cela pourrait durer et où ils pourraient bien nous amener ? On n’a toujours pas la réponse à la première question mais on a traversé bien des paysages sonores escarpés en leur compagnie. Ce ne fut pas toujours de tout repos mais ce fut constamment exaltant. Time Has Come, huitième album des lyonnais, ne déroge pas à la règle. Time has come for what, en fait ? Réponse avec Julien Oresta, guitariste du groupe. “On pourrait faire un concert plus trip hop par exemple et beaucoup plus calme avec un support visuel pour habiller le tout. C’est un challenge qu’on pourrait se donner, qu’on aimerait faire.” Ekphrön signifiait “hors d’esprit”, là ce disque commence par le sample « time has come to get of your mind ». C’est ça le défi chaque fois que vous rentrez en studio ? Essayer de s’évader, de tout oublier et de provoquer ce sentiment-là chez l’auditeur ? Pour nous, c’est une valeur importante. S’évader, voyager c’est quelque chose de récurrent dans notre musique. Il y a aussi l’envie d’évoluer, tenter d’autres choses, aller dans d’autres directions. Time Has Come peut vouloir dire tellement de choses… Nous, on n’a jamais aimé être démago, écrire des trucs noir sur blanc, il y a toujours une subtilité, c’est à travers des samples, des jeux… On n’a pas de chanteur charismatique qui vient te poser un message. Nos messages passent à travers notre musique, notre style. Un mélange d’électro, de musiques du monde, des petits messages subliminaux, spirituels ou révolutionnaires. C’est à travers ces petites choses qu’on montre qui on est. Les gens savent qu’on est dans un truc Do It Yourself, on fait les choses par nous-mêmes, notre label Jarring Effects est toujours indépendant… Ce sont toujours nos valeurs de base. Ce disque n’est pas forcément le moins dub que vous ayez fait mais peut-être le plus techno… Oui, il est peut-être plus dub qu’Ekphrön malgré tout. Mais effectivement il est plus électro, un certain nombre de morceaux lorgnent vers différentes formes de techno. On a toujours dit que High Tone était un mélange de dub, drum’n bass, hip hop… Il y a un côté presque rave party sur certains morceaux. De la rave party et de l’électro au sens large, oui. C’est pas forcément toujours réfléchi, calculé. Il y avait une envie d’électro. Il faut dire qu’on n’avait pas de local pendant la période où on répétait, donc on ne pouvait pas mettre de batterie, ça a quand même poussé à composer plus sur ordinateur. Le deuxième challenge était de retranscrire ça pour le live et on pensait se casser un peu la gueule pour en retranscrire certains et finalement on est assez satisfait. Il y a effectivement quelque chose d’électro, de techno dans cet album. Il y a une...

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Mikal Cronin – Seeker

Publié par le 30 octobre 2019 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Mikal Cronin – Seeker

(Merge, 25 octobre 2019) Et si c’était lui le plus intéressant de la bande ? Dans le jeu des 7 familles du garage californien, on demande rarement Mikal Cronin mais il est pourtant dans tous les bons coups. En solo, Mikal y va à son rythme, à des années lumières des stakhanovistes Ty Segall ou (Thee) Oh Sees, les deux mastodontes de la scène. Si on a arrêté de compter les albums de ces derniers (et un peu arrêté de nous passionner pour chacun d’entre eux aussi, il faut bien le dire), Cronin vient seulement de publier son quatrième disque. En huit ans. Rien de honteux mais rien de comparable non plus. Et après deux premiers albums de très bonne facture mais dans une veine garageuse assez classique (plus axée power pop que punk, toutefois), Mikal avait commencé à verser davantage dans la sophistication que dans l’énergie pure et dure sur MCIII. Il en est de même ici sur ce Seeker, sans doute son disque le plus personnel et introspectif, que Mikal est allé chercher en s’isolant dans une cabane au fin fond d’un bled paumé de Californie, avec pour seule compagnie les forêts et montagnes alentours. En résulte un disque minimaliste au possible à s’écouter au coin du feu ? Tout l’inverse, à vrai dire puisque le californien n’a jamais poussé aussi loin son désir d’enrichir ses morceaux, de les embellir avec minutie et un brin de grandiloquence aussi. Ainsi, le brillant premier single « Show Me » qui aurait pu se contenter d’un riff simple et efficace (Neil Youngien et Tom Petty-esque en diable, de son propre aveu) et d’un refrain imparable (c’est déjà beaucoup), nous en met plein la vue en s’embarquant dans une virée impromptue où les cordes et le piano s’octroient une place prépondérante. La grande classe. Une dimension orchestrale nouvelle qui orne également « Shelter » aux accents orientaux non loin du « Kashmir » de Led Zep, l’intonation au chant de Mikal se rapprochant d’ailleurs de celle d’un Plant. Si Cronin a dû quitter précipitamment son ermitage en raison d’incendies menaçants, il a eu le temps de rapporter dans ses valises quelques morceaux extrêmement touchants (« Feel It All » où sa voix fait merveille, « Fire » dont les cuivres mélancoliques viennent contrebalancer la tension des guitares, « Lost A Year » qui démarre piano avant de s’offrir un final fougueux presque New Orleans). Plus loin, les enlevés « I’ve Got Reason » et « Caravan » rehaussent le tempo et renouent avec les accents garage chers au compositeur, sans perdre une once d’efficacité… et se révèlent bien plus riches qu’ils n’y paraissent de prime abord (pont bien senti sur le premier, cuivres enivrants sur le second). Un changement de braquet bienvenu, la succession de morceaux mid-tempo pouvant insuffler une certaine monotonie (« Sold », un brin mielleuse) mais au-delà de ces considérations d’ordre rythmiques, Seeker mérite bien des éloges tant Cronin y déploie un sens mélodique plus affuté que jamais et parvient à se renouveler brillamment. Peut-être lui sera-t-il difficile de succéder à un disque si ambitieux mais connaissant le talent du garçon, on a de bonnes raisons d’espérer qu’il en est tout à fait capable. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Mikal Cronin Tous nos articles sur Ty...

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Pitchfork Music Festival : demandez le programme !

Publié par le 29 octobre 2019 dans News | 0 commentaire

Pitchfork Music Festival : demandez le programme !

Le Pitchfork Music Festival démarre jeudi à la grande halle de la Villette (Paris). Pour sa 9e édition, le festival du prestigieux média musical britannique a convoqué quelques pointures et artistes en devenir du hip hop, de l’indie rock et de l’électro. Parmi eux, Belle & Sebastian, Primal Scream, Skepta, Agar Agar, Chromatics, 2 Many Djs, Hamza, Ateyaba, Weyes Blood, Jessica Pratt… Nous serons présents pour couvrir l’ensemble de l’évènement. L’ensemble de la programmation L’évènement...

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Somehow – Low Tide

Publié par le 28 octobre 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

Somehow – Low Tide

(Toolong / Differ-ant, 25 octobre 2019) L’avantage avec la technologie moderne, c’est qu’on est aujourd’hui capable en totale autonomie de réaliser un album du début à la fin. La difficulté, après, c’est de sortir du lot face à la concurrence qui postule comme vous au succès et à la postérité. Erwan Pépiot, pilier unique à la base de Somehow, en est à son 2e album avec ce Low Tide. Déjà une belle réussite. Et bel artwork pour la pochette. Ma rencontre avec sa musique s’est faite via Twitter et d’emblée deux choses m’ont plu et aiguisé ma curiosité. Une voix, grave et singulière, et une basse bien en avant caractéristique, qu’on jurerait évadée des 80’s, new wave ou cold wave comme vous voulez. Une basse qu’on entend, quoi. Alors pourquoi, au milieu de toute la production actuelle, plus ou moins internationalement reconnue et pléthorique en 2019, s’attarder sur un projet indie confidentiel ? Parce que justement, la passion y transpire à chaque note. Modeste guitariste à mes heures perdues, je sais qu’on ne peut se lancer dans une telle aventure sans une volonté farouche. Et une vraie passion pour défendre son artisanat. Ajoutez à cela un désir de découverte, celle de dénicher une petite pépite pas encore passée dans les radars de tout le monde. Et d’en parler. Après tout, c’est l’histoire de la musique. Le hasard. Les rencontres. Le partage. L’opportunité saisie de chroniquer cet album, me voilà donc face à ces 9 titres. Malgré la pluie qui tombe dehors et l’automne qui frissonne, la musique fraîche et délicatement mélancolique de ce Low Tide m’a donné de furieuses envies de printemps et de matins ensoleillés où on se lève du bon pied. Ce folk lumineux, ouvertement pop (« Take On The Best », « A Mirage Of Us »), m’a rappelé le sentiment éprouvé à l’écoute du premier album de Girls In Hawaii. Celui d’un album « feel good », celui dont on sort le sourire aux lèvres après chaque écoute. La voix grave d’Erwan Pépiot et cette basse ne sont donc pas sans rappeler Joy Division (« Modern Life ») mais la musique enlevée et enjouée évoquent plus la pop acoustique ciselée de Belle And Sebastian ou Girls in Hawaii donc, notamment avec l’apport vocal constant d’Aurélie Tremblay (« I Threw It All Away »). Avec une pointe de mélancolie assez élégante (« Invisible Walls »). Les titres sont courts mais l’apport de piano, claviers et quelques bribes d’électroniques apportent une belle variété à l’ensemble au détour d’arrangements travaillés. La production do it yourself souple n’enlève rien à la qualité des compositions à l’image de « Over The Raindrops », l’excellent « The Wave » en ouverture, ou le folk enlevé de « There’s A Riot Coming » qui m’évoque The Smiths. Qu’importe la production quand on a des chansons ! Et c’est le seul regret que l’on pourrait formuler finalement. 9 chansons, c’est court. Surtout quand la qualité est au rendez-vous. A l’image de « Shut Your Eyes And See », pépite pop délicate et mélancolique, 4 minutes parfaites. Mais ne boudons pas notre plaisir. Somehow, en 2019, ce sera une des belles découvertes et un beau coup de cœur pour ma part. Le rayon de soleil au milieu d’un automne pluvieux. Et un artiste talentueux...

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Interview et live report – CAKE

Publié par le 24 octobre 2019 dans Interviews, Live reports, Notre sélection, Toutes les interviews | 0 commentaire

Interview et live report – CAKE

Quand on écoute un groupe depuis l’adolescence, notamment quand c’est le premier vrai groupe qu’on est allé voir en concert, l’opportunité de passer du temps au téléphone avec son chanteur fait ressortir tout le côté fanboy réprimé avec l’âge adulte. Surtout quand l’interview a été tentée deux fois auparavant sans succès (une fois pour les 20 ans de Fashion Nugget, une autre à l’occasion de leur passage à Paris plus tôt cette année). J’ai donc été très tenté de demander à John McCrea, le leader de CAKE, des photos dédicacées et des pin’s. Au lieu de ça, on a abordé beaucoup de sujets dans cette conversation matinale (pour lui), et si le chanteur manquait de café, il n’a pas manqué de verve. “Beaucoup d’arrangements dans la musique moderne sont surchargés. Il se passe trop de choses à mon goût, trop pour que le cerveau humain puisse tout comprendre. Et je pense que nous, jusque-là, nous ne sommes pas tombés dans ce piège !” Il semblerait que Paris n’a pas de chance avec vos concerts. Vous avez prévu quelque chose de spécial pour ce soir ? Des morceaux rares ? Oui, quand on est venus en janvier, c’était la fin de la tournée et j’ai complètement perdu ma voix. En 2011, on ne trouvait plus notre guitariste Xan McCurdy, même si je ne me souviens plus des détails. On a eu beaucoup de poisse, et j’en ai fini avec la poisse ! Mais ce qu’on va essayer de faire ce soir, c’est simplement de faire un concert solide. Ce qui compte, c’est de parvenir à créer une connexion musicalement avec le public. Pour moi, c’est le plus important. Après, depuis la dernière fois qu’on est venus, on a répété d’anciens et de nouveaux morceaux que nous n’avons pas joués à Paris dans les deux cas. Donc il y aura au moins ça. Votre public à Paris semble très fidèle, je vois les mêmes têtes à vos concerts depuis des années. C’est quelque chose que vous constatez aussi ? C’est quelque chose qu’on constate généralement, également hors de Paris, mais si on doit caractériser un public, on pourrait dire que les français en général, et les parisiens en particulier, prennent de grandes décisions musicales et s’y tiennent. C’est fascinant, surtout comparée à la fantaisie fugace des anglo-saxons. Peut-être que les Français sont plus confiants dans leurs tendances esthétiques, assument davantage la manière dont leur système nerveux interagit avec les informations sensorielles. Quand d’autres critères que les sens rentrent en compte dans les décisions, ça s’embrouille, ça devient culturel, tactique… Je crois que les Français ont moins peur de leurs goûts. Quand tu rajoutes des critères culturels, ça devient complexe et tendu. Mais si tu te contentes de t’attacher à ce que tu ressens, c’est quelque chose dont tu es certain, que tu n’as pas besoin d’expliquer. J’espère que ça rendra bien à la traduction. J’aurais pu être plus clair, mais j’ai besoin de plus de café ! (Rires) Si ça passe mal, c’est que je traduis mal… Pour faire plus simple, je pense que ça tient à la confiance qu’ont les parisiens envers leurs goûts musicaux et artistiques en général. Je pense qu’ils sont plus à l’aise avec leurs goûts. C’est ma théorie. J’aimerais comprendre pourquoi. Je ne sais pas. Mais c’est vrai...

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Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Publié par le 23 octobre 2019 dans Live reports, Notre sélection | 0 commentaire

Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Elle semblait ne pas en croire ses yeux. Ça y est, Shannon Wright a joué au Trianon, salle ô combien prestigieuse aux gradins si imposants, à l’architecture si majestueuse. Quel plus bel écrin pour recueillir la sincérité qui émane de chacune de ses chansons, pour abriter les interprétations de son dernier album, Providence, épuré au possible et mettant à l’honneur le piano, seul accompagnateur de son incroyable voix ? Il fallait la voir jeter des regards gênés, après des salves d’applaudissements nourris saluant ses petites merveilles fragiles, magistralement exécutées, qui peuplent ses albums plus (“Soft Noise”, sur Division) ou moins récents (“Avalanche”, sur Over The Sun). Et elle semblait toute chamboulée, lorsque relevant la tête après l’immersion totale dans laquelle elle s’était plongée en jouant “Dirty Facade”, elle réalisait que c’était bien pour elle que tout ce petit monde s’était déplacé et l’écoutait religieusement buvant chacune de ses paroles, s’imprégnant de chaque note de piano. Plus de déferlante de guitares derrière laquelle se planquer, pas de groupe sur lequel s’appuyer, elle était là, seule avec nous, seule avec ses chansons. Elle dont la préoccupation première était de s’abandonner totalement, comme elle le disait en interview, aura brillamment accompli sa mission. Et elle n’aura eu aucune difficulté à nous emmener avec elle. Il fallait être capable de rester en place dans son fauteuil et ne pas se laisser submerger par l’émotion, si ce n’est l’euphorie, d’assister à ces moments rares offerts par une artiste de sa trempe, à qui cette date tenait tellement à cœur. Une voix qui résonne dans ce si grand espace alimentant en frissons une audience sous le charme, un jeu de piano virtuose, quelques éclats de beauté, une tension soudaine quand les notes s’accélèrent (“Steadfast And True”) et des sommets d’intensité régulièrement atteints.  Il fallait être là pour écouter la déchirante “Bleed” et son “no one can change you” presque désespéré, “Defy This Love” et sa sournoise ritournelle de piano, cette version de “These Present Arms”, constamment sur un fil et qui parvenait pourtant à tutoyer la perfection, la voix de Shannon courant désespérément après les notes tout en les sommant de l’attendre (“wait, wait, wait“), se dédoublant même pour remplacer les overdubs de la version studio, faisant grimper la tension jusqu’à l’inexorable (“before it’s too late“). Une performance de très haut vol, tout bonnement éblouissante, qui suscitera une standing ovation spontanée. Nous n’aurions sans doute pas été tout à fait comblés si nous ne l’avions entendue gratter les cordes de sa façon bien à elle, imprimant cette nervosité terrible comme si elles pouvaient se rompre à tout moment. C’est après une brève pause bien méritée que Shannon est donc revenue s’emparer pour la première fois d’une de ses guitares, revenant ainsi à son terrain de jeu favori le temps de deux morceaux seulement, dont une “Birds” vacillante, criée loin du micro. Un micro ? À quoi bon ! Comme un symbole, c’est l’un des plus beaux morceaux de son imposante et impeccable discographie (“You’ll Be The Death”) transposé au piano, qui conclura cette prestation de très grande classe. Au piano, à la guitare, même a capella et probablement à l’accordéon, on reste toujours à la merci des chansons brise-coeurs de Shannon Wright et on n’a de cesse de se féliciter qu’une telle artiste continue de...

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