Emily Jane White – Immanent Fire

Publié par le 25 novembre 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Talitres, 15 Novembre 2019)

Exercice délicat que celui de la chronique. Sans cesse tiraillé entre l’objectivité que requiert l’exercice, et la subjectivité forcément présente quand on est face au travail d’un artiste avec lequel on a un vécu. Pour cet album d’Emily Jane White, le nommé Immanent Fire, à l’artwork sombre et soigné, place aux territoire inconnus. Première découverte avec l’œuvre de la californienne pour ma part… et très belle surprise !

La bio de l’artiste indique une veine folk et des thématiques sombres liées à la problématique climatique. Pas si évident pour un artiste aujourd’hui de s’attaquer à un sujet aussi majeur. L’initiative est à saluer et le résultat est à la hauteur. J’avoue un (gros) faible pour les voix féminines et je dois dire que la voix aérienne et parfois inquiète d’Emily Jane White a fait son petit effet au long des 10 titres de l’album. Dès l’inaugural « Surrender », ses arpèges lointains et délicats, ses arrangements subtils, la voix de la californienne fait des merveilles. Non sans rappeler Mazzy Star, pour ce même goût pour une musique acoustique crépusculaire. Le son se fait ensuite plus ample sur le court mais excellent « Drowned », aux arrangements de cordes élégants. Et plus inquiétant sur « Infernal », comme un orage électrique prêt à éclater sur une pluie de cordes. Superbe numéro vocal au passage. On atteint l’intensité d’une PJ Harvey sur ses derniers disques. Ça situe un peu le niveau et laisse estomaqué. Comme ce « Dew » sublime, à la sobriété délicate. Une voix, un piano. Ça me rappelle que le dernier Shannon Wright m’attend toujours. Le disque ne se cantonne pas au folk acoustique et les arrangements sont suffisamment riches (piano, cordes…) pour offrir une belle variété à l’ensemble (le court mais réussi « Entity », tout en cordes). C’est subtil, élégant (« Washed Away » aux lyrics superbes), parfois chargé d’une sourde tension (le sublime « Metamorphosis » aux belles envolées de guitares électriques ou le premier single « Light » à la batterie puissante). La pluie tombe même sur « Shroud », et le piano inquiétant n’annonce pas de beaux jours ensoleillés. À l’image des titres de certains morceaux (« Drowned », « Washed Away »…), ça sent même plutôt le déluge. Et on est presque prêt à prendre place à bord de l’arche sur « The Gates At The End », ultime joyau où la californienne achève de nous convaincre de l’urgence.

Joie immense que l’exercice de la chronique. Parti à l’aventure d’un disque inconnu, nous voilà revenu avec un petit trésor au détour d’un beau voyage. Emily Jane White signe un album qui fera date. En 2019 déjà. Et sûrement pour les années à venir. Sombre et inquiète pour l’avenir de la planète, la californienne n’en oublie pas la beauté délicate de la nature et la puissance de ses éléments. Et les convoque magnifiquement dans sa musique crépusculaire et raffinée. Si vous cherchez encore une égérie de la cause écologiste pour remplacer les ados suédoises un peu vénères…

Sonicdragao

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