DJ Shadow – Endtroducing (Mo’Wax)

Publié par le 17 février 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

shadowLe sampling est une bien belle invention. Un truc de roublard à la base faut bien le dire : piquer les sons des autres c’est moche. Sauf que… Sauf que quand on fait ça bien, personne ne nous en veut car ça permet de faire (re)découvrir la musique sous un autre angle.

J’ose donc imaginer que personne n’en a jamais voulu à Josh Davis aka DJ Shadow (moi pas en tout cas) vu le résultat qu’il a obtenu en allant faire ses courses dans son impressionnante collection de vinyles pour confectionner un album uniquement à base de samples. Une sacrée perf qui inspirera bon nombre d’autres DJ par la suite.

Fondu de hip hop depuis qu’il est gamin, il rend ici le plus bel hommage possible à ce genre alors en perte de vitesse (comme il le dénonce lui-même avec son titre « Why Hip Hop Sucks In 96 ? »).

Sur ce disque, Shadow nous donne d’abord une grande leçon de turntablism. Il s’amuse à varier les tempos, accélérer le beat soudainement, poser ici et là un break ravageur totalement inattendu mais tout en gardant constamment une grande cohérence. Parfois on jurerait entendre un batteur mais non c’est bien le monsieur tout seul avec ses petits doigts qui fait évoluer constamment les parties rythmiques (« Stem/Long Stem » est à ce titre assez ahurissante et la célèbre « Organ Donor » et son « solo » d’orgue fleure bon la prouesse également).

Chaque morceau possède sa propre identité, véritable tour de force quand on sait qu’il s’agit ni plus ni moins de collages sonores, de bricolages. Donc OK techniquement c’est fort mais musicalement ça donne quoi ?

Tantôt ravageur (« The Number Song ») tantôt contemplatif (les magnifiques « Midnight In A Perfect World » et « Building Steam With A Grain Of Salt » avec ses voix fantômatiques envoûtantes) et parfois les deux à la fois (« Stem/ Long Stem »), l’album varie les plaisirs. Il emprunte aussi bien à la soul ou au jazz qu’au hip hop, évidemment.

Mais du hip hop d’un genre nouveau (de l’abstract hip hop donc si vous avez un peu suivi), immédiatement reconnaissable avec ses beats très marqués mais on est très loin des longues boucles répétitives – sauf quelques passages de « Napalm brain » par exemple, un brin chiante – que l’on retrouve habituellement quand un rappeur vient poser sa voix sur des instrus.

La liste des samples est évidemment longue comme le bras (petit aperçu ici) et ça ne surprendra personne que se côtoient des grands groupes hip hop (Grandmaster Flash, Beastie Boys, A Tribe Called Quest, Jeru The Damaja, Kurtis Blow…) et rock ou funk (T Rex, Björk, Metallica, The Alan Parsons Project, The Meters) à des formations plus obscures (comme Nirvana, le groupe… anglais). DJ Shadow raffole aussi des samples tirés de films et on retrouve avec plaisir le « It is happening again… » du géant de Twin Peaks, série mythique dont l’univers singulier a dû inspirer le bricoleur de génie au moment de tisser ses ambiances.

L’écoute de l’album est un plaisir constant et le tout est d’une grande homogénéité telle une bande-annonce de film. Un album qui s’écoute d’une traite, quand on le met dans la platine c’est qu’on a le temps de se l’enfiler en entier sinon si c’est pour écouter deux, trois titres comme ça en passant la frustration est de mise.

Shadow est donc le premier à l’avoir fait : fouiner dans sa collec de vinyles à la recherche des samples qui tuent et bâtir un titre comme ça, puis deux, puis trois. Puis un album entier. Tout seul avec ses platines, le père Josh nous a pondu un sacré disque. Un album qui l’a placé d’emblée au firmament et imposé comme le maître absolu de l’abstract hip hop. Et s’il a désormais de nombreux disciples, personne n’est en mesure de lui contester ce statut.

JL

 

Écoutez « Building Steam With A Grain Of Salt »

 

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